Questions jointes écrites posées au ministre des Affaires sociales, David Clarinval. Le compte-rendu intégral est à retrouver ici.
Mes questions :
Monsieur le Ministre,
Selon une étude de Solidaris de juillet 2026, une personne exclue sur six est à la tête d’une famille monoparentale. Au total, 9.225 familles monoparentales perdront leur droit aux allocations de chômage durant les vagues d’exclusions prévues.
Les familles monoparentales occupent une position particulièrement vulnérable. Les membres des familles monoparentales courent un risque quatre fois plus élevé de basculer dans la précarité (41%) que les membres d’une famille composée de deux adultes et deux enfants (10%).
Le seuil de pauvreté pour une famille monoparentale avec deux enfants de moins de 14 ans s’élève à 2.431 € par mois. Ce montant est nettement supérieur aux principales allocations ou revenus de remplacement disponibles.
Ces familles ont des besoins liés au logement, à l’alimentation, à la scolarité, à la mobilité ou à la garde qui pèsent plus lourd proportionnellement dans un budget déjà contraint. Ces difficultés limitent aussi la capacité des parents à se rendre disponibles pour un emploi, notamment lorsque l’accès à un logement sain et abordable ou à des solutions de garde financièrement accessibles n’est pas garanti.
Dans 85% des cas de ménages monoparentaux, il s’agit de mères seules. Or on le sait, les femmes sont davantage fragilisées sur le marché de l’emploi : plus représentées dans les emplois à temps partiels, horaires flexibles et décalées, et par conséquent avec un salaire permettant difficilement de couvrir l’ensemble de leurs besoins.
Mes questions sont les suivantes :
- Quelles mesures comptez-vous prendre pour assurer un accompagnement de qualité et adapté aux besoins des familles monoparentales afin de permettre une insertion durable et réaliste de ces familles sur le marché de l’emploi (horaires réalistes pour pouvoir assurer la charge familiale, lutte contre le non-recours aux droits) ?
- Comment comptez-vous travailler avec les entités fédérées pour améliorer l’accès à des services qui constituent aujourd’hui des barrières à l’emploi pour les familles, et en particulier monoparentales :
- accès au logement notamment en luttant contre la discrimination et en renforçant l’offre ?
- accès à des places d’accueil disponibles pour la petite enfance ?
Je vous remercie.
Monsieur le Ministre,
Une étude de Solidaris met en évidence qu’une grande partie de ses affiliés exclus du chômage est plus âgée et présente un état de santé plus dégradé que la population active. Et ce, même concernant les affiliés exclus de la 4ème vague, pourtant les moins éloignés de l’emploi, car au chômage depuis 24 mois au plus.
Par exemple, parmi les personnes de la première vague d’exclusion du chômage, 28% souffrent de problèmes cardiovasculaires, contre 12% dans la population active. Elles sont également davantage concernées par les maladies chroniques, le diabète et les troubles de santé mentale.
L’âge représente également un facteur déterminant dans les perspectives de retour à l’emploi. Alors que le taux d’emploi des 20-54 ans s’élève à 76%, celui des 55-64 ans n’est que de 61%. La Belgique demeure en outre en retrait par rapport à la moyenne européenne : en 2025, le taux d’emploi des 55-64 ans y est inférieur à celui observé dans l’Union européenne.
La limitation des allocations de chômage à deux ans fait peser sur les personnes âgées exclues l’obligation de retrouver rapidement un emploi, alors même que les données disponibles indiquent qu’elles sont confrontées à des probabilités de réinsertion nettement plus faibles.
Voici mes questions :
- Comment comptez-vous renforcer les politiques permettant l’accès, le maintien et l’aménagement de l’emploi pour promouvoir un retour durable, adapté, convenable, et humain ?
- Comment articulez-vous votre volonté de remettre au travail davantage de personnes, tout en coupant les possibilités d’aménagement de fin de carrière ?
- En collaboration avec le ministre de la Santé, comment comptez-vous améliorer l’accessibilité aux soins de santé pour ces personnes dont la situation déjà fragile est davantage précarisée ?
Je vous remercie.
Réponse du ministre :
Mesdames les députées,
Je comprends évidemment les préoccupations relatives aux familles monoparentales, aux travailleurs plus âgés et aux personnes présentant des problèmes de santé. Ces publics peuvent cumuler plusieurs fragilités : charges familiales importantes, contraintes horaires, problèmes de garde, mobilité, logement, état de santé ou éloignement progressif du marché du travail.
Mais il faut aussi avoir le courage de regarder comment ces situations ont pu se créer. Le fait qu’une personne reste 8, 10 ou 20 ans dans le chômage n’est pas la preuve que le système la protégeait correctement. C’est au contraire souvent la preuve que cette personne n’a pas reçu la protection adaptée dont elle avait besoin.
La fragilité de ces publics n’a donc pas été créée par la réforme. Elle est révélée par une réforme qui met fin à une anomalie belge : des allocations de chômage sans limitation dans le temps.
Cela étant, la réforme de l’assurance chômage doit être replacée dans sa finalité propre. L’assurance chômage est un régime assurantiel destiné à compenser temporairement la perte involontaire d’un revenu professionnel et à accompagner le retour vers l’emploi. Elle ne constitue pas, en tant que telle, un instrument général de prise en charge des charges familiales, des coûts liés aux études, du logement, de la garde d’enfants ou des problèmes de santé.
La limitation dans le temps du droit aux allocations vise précisément à réorienter le régime vers cette finalité : une protection temporaire, accompagnée d’une activation renforcée vers l’emploi, la formation ou un accompagnement adapté.
Pour les familles monoparentales, l’accès ou le retour à l’emploi reste le levier le plus structurel pour garantir l’autonomie financière du ménage et permettre de soutenir les enfants. Je n’ignore pas la réalité des contraintes spécifiques, notamment pour les mères seules, mais la réponse ne peut pas consister à maintenir durablement ces familles dans l’inactivité. Elle doit consister à lever les obstacles concrets à l’emploi.
L’accompagnement individualisé, la formation, l’orientation, la disponibilité d’offres adaptées ou la prise en compte des contraintes familiales relèvent principalement des services régionaux de l’emploi. Le logement et l’accueil de la petite enfance relèvent, eux aussi, largement des entités fédérées. Je ne me substituerai donc pas aux ministres compétents.
Au niveau fédéral, nous agissons sur les leviers qui relèvent de nos compétences : rendre le travail plus rémunérateur, réduire les charges sur le travail, renforcer l’écart entre travail et inactivité, moderniser le marché du travail et prévoir des mécanismes spécifiques dans la réforme. Je pense notamment aux formations vers les métiers en pénurie, aux formations de soignant et d’infirmier, aux aidants proches, aux bénéficiaires de l’allocation de garantie de revenus travaillant au moins à mi-temps, ainsi qu’aux règles relatives aux longues carrières.
Dans le cadre des conférences interministérielles Emploi, les différents niveaux de pouvoir contribuent ensemble à l’élaboration d’une politique du marché du travail cohérente et mutuellement renforcée.
Je rappelle également les différentes possibilités qui existent afin de mieux concilier vie professionnelle et vie privée, en particulier dans le cadre de l’éducation des enfants. Le congé parental constitue en effet un instrument essentiel permettant aux parents de concilier la prise en charge de leurs enfants avec leur vie professionnelle. Dans le secteur privé, il existe également la possibilité de recourir au crédit-temps pour motif de soins à un ou plusieurs enfants de moins de 8 ans, tandis que, dans le secteur public, le dispositif d’interruption de carrière offre une flexibilité similaire.
D’autres mesures peuvent également aider les travailleurs à mieux concilier vie professionnelle et vie privée. Il est ainsi possible de convenir, par exemple, d’un horaire de travail différent au sein du même régime de travail ou de recourir au télétravail, pour des périodes renouvelables pouvant aller jusqu’à 12 mois.
Pour les personnes âgées de 55 ans et plus, la réforme prévoit également une exception lorsqu’elles disposent d’un passé professionnel suffisant. C’est une application concrète du principe assurantiel. Je rappelle aussi que le taux d’emploi des 55-64 ans a fortement progressé en Belgique au cours des dernières décennies. Cette évolution ne peut pas être dissociée d’une politique poursuivie avec constance visant à limiter les différents mécanismes de sortie anticipée du marché du travail durant cette même période. Il faut poursuivre cette évolution, lutter contre les discriminations liées à l’âge et adapter le travail lorsque c’est nécessaire, plutôt que considérer que les travailleurs plus âgés n’ont plus leur place sur le marché du travail.
Je rappelle également les mesures qui existent pour les travailleurs à partir de 55 ans afin de faciliter des carrières plus longues, notamment les emplois de fin de carrière, que ce gouvernement a réformés en accord avec les partenaires sociaux.
S’agissant des personnes présentant des problèmes de santé, la réponse doit également être correcte. Une personne malade doit être évaluée et protégée par l’assurance maladie-invalidité. Une personne qui peut travailler doit être accompagnée vers l’emploi ou la formation. Une personne qui relève de l’aide sociale doit pouvoir être accompagnée par le CPAS. Le véritable enjeu est de ne laisser personne sans réponse, mais aussi de donner la bonne réponse.
Enfin, la réforme fait l’objet d’un monitoring précis par l’ONEM, en collaboration avec les SPF Sécurité sociale et Emploi, le SPP Intégration sociale, l’INAMI, les services régionaux de l’emploi et d’autres institutions. Si des effets spécifiques et objectivés apparaissent pour certains publics, ils devront être analysés sérieusement.
Je ne nie donc pas les fragilités. Mais je refuse l’idée selon laquelle maintenir des personnes pendant des années dans le chômage, sans perspective réelle de retour à l’emploi, constituait une politique sociale satisfaisante. La meilleure protection durable reste l’emploi lorsque le travail est possible, une formation lorsqu’elle est nécessaire, et une protection sociale adaptée lorsque la personne ne peut réellement pas travailler.

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