Ma question au ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke, le 1 juillet 2026. Le compte rendu peut être lu ici.

Ma question : 

Monsieur le Ministre,

Gardez fenêtre et tentures fermées, buvez de l’eau, mangez léger, évitez les efforts, restez solidaires!

Ces consignent qui entérinent le règnent de la débrouille et de la responsabilité individuelle interpelle parmi les soignants qui dénoncent les conséquences des vagues de chaleur sur les patients hopitalisés, sur les équipes soignantes et sur les urgences qui ont été submergées. Ils dénoncent une réponse des autorités publiques pas du tout à la hauteur. “On a l’impression que c’est un peu le règne de la débrouille : on mise sur la responsabilité de chacun, mais je ne suis pas sûr qu’on ait suffisamment anticipé une aggravation soudaine de la situation”, confiait un secouriste mobilisé ce week-end.

Ces épisodes montrent à quel point nos infrastructures hospitalières ne sont absolument pas adaptées à ces fortes chaleurs.

Une infi témoigne : « A chaque épisode de canicule, nos établissement de soins deviennent des lieux où la chaleur aggrave la souffrance au lieu de permettre le soin, le repos et la dignité. Dans certaines chambres, les températures deviennent insoutenables. Les personnes agées, les patients fragiles n’ont souvent aucuns moyens de se protéger. Les équipes mettent en place ce qu’elles peuvent pour soulager les patients, mais rien de remplacera des infrastructures adaptées. »

Les équipes, sursollicitées, travaillent elles aussi dans une chaleur écrasante, au prix d’une fatigue considérable et avec la crainte permanente de ne pas pouvoir offrir les conditions de soins que les patients méritent.

La réponse éparse aussi interpelle. Dans le BW, le Gouverneur a réuni sa cellule de sécurité face à la pression sur les hopitaux et les ambulances qui tournent en permanence. Mais quid des autres provinces?

Et puis, dire de prendre soin de ses proches : 30% vivent seuls

Mes questions sont les suivantes :

  • Quel bilan tirez vous de l’impact sur nos services d’urgence?
  • Quelles actions allez-vous déployer?
  • L’adaptation thermique des hôpitaux fait-elle partie de vos priorités?
  • Si oui, quelles actions envisagez-vous? Selon quel calendrier? Allez-vous mettre cette demande sur la table des négociations budgétaires?

La réponse du ministre : 

Collègues, je suis satisfait que nous puissions tenir ce débat d’actualité très rapidement. C’est important, car ce ne sera pas la dernière vague de chaleur à laquelle nous serons confrontés.

Permettez-moi d’être clair, la chaleur de ces derniers jours était sérieuse. Elle est le signe d’une crise climatique croissante, mais aussi d’une question sociale. Elle touche les personnes de manière très inégale. Les personnes âgées, les personnes atteintes de maladies chroniques, les personnes vivant seules, celles qui habitent dans des logements de mauvaise qualité, les personnes vulnérables et les personnes socialement fragilisées en sont bien davantage victimes que le reste de la population. Elles sont doublement touchées. Il s’agit donc aussi d’une question sociale qui appelle une réponse fondée sur la solidarité.

En même temps, cette vague de chaleur montre que nous devons continuer à investir dans notre système de soins de santé, dans l’aide médicale urgente, mais aussi dans les services organisés par le SPF Intérieur, comme le service 112. Nous devons également continuer à investir dans notre tissu social et dans la solidarité.

Je pense que nous devons tirer rapidement des enseignements de cette situation. J’ai demandé au Risk Management Group de se réunir demain afin de réfléchir aux leçons à en tirer et, le cas échéant, de formuler des recommandations en vue d’une prochaine vague de chaleur. J’ai également demandé à mes collègues ministres de la Santé publique de se réunir rapidement au sein de la Conférence interministérielle Santé publique, sur la base du rapport du Risk Management Group, afin d’examiner comment mieux préparer une prochaine vague de chaleur.

Je souhaite également profiter de cette occasion pour remercier très sincèrement tous les professionnels de la santé sur le terrain, les services de secours, le personnel des services d’urgence, les équipes des hôpitaux ainsi que les médecins généralistes qui ont été mobilisés. Je les remercie d’avoir, une fois encore, donné le meilleur d’eux-mêmes malgré une pression extrêmement forte. Il ne fait aucun doute que cette vague de chaleur a créé une pression importante sur les hôpitaux et sur notre système de soins de santé.

Je reviendrai tout à l’heure plus en détail sur la pression exercée sur les services d’urgence et les hôpitaux. À vrai dire, le constat est nuancé. Il n’est pas exact de dire que la capacité de nos hôpitaux s’est effondrée, heureusement. Nous avons certes observé des difficultés dans plusieurs établissements. Samedi, nous étions proches de nos limites. Heureusement, dans l’ensemble, la capacité de notre système a permis de faire face à cette crise.

Cela souligne une nouvelle fois la nécessité de continuer à investir dans les soins de santé. Je reviendrai tout à l’heure sur plusieurs points critiques.

Vous m’interrogez, à juste titre, sur les chiffres de la surmortalité. Je ne les ai pas encore aujourd’hui. J’espère disposer demain des premiers chiffres partiels pour le Risk Management Group, que je rendrai immédiatement publics, même s’il s’agira de données partielles qui devront être interprétées avec prudence. La semaine prochaine, je m’attends à disposer de chiffres plus complets sur la surmortalité, que je publierai également sans délai.

Nous nous attendons à constater un impact significatif sur la surmortalité. C’est ce que nous avons observé par le passé et c’est également ce que nous entendons sur le terrain. Je ne suis toutefois pas encore en mesure d’en quantifier précisément l’ampleur aujourd’hui. J’aurai probablement des chiffres partiels dès demain et, dès que je les recevrai, je les rendrai publics.

Je souhaite corriger une certaine image qui a été donnée. Il a été dit que je me contentais de répéter qu’il fallait boire suffisamment d’eau. Bien entendu, il fallait le dire. Il était tout aussi indispensable de rappeler qu’il fallait être attentif aux personnes vulnérables de son entourage, notamment aux personnes âgées. Madame Merckx, si vous pensez que je me contente de donner de temps à autre une interview avant de retourner m’asseoir dans mon fauteuil, c’est une image qui ne correspond pas à la réalité.

Les hauts fonctionnaires du SPF Santé publique, les responsables de l’aide médicale urgente ainsi que les inspecteurs de la Santé publique sur le terrain ont été mobilisés en permanence. Avec les responsables administratifs, j’ai suivi heure par heure l’évolution de la situation. Des capacités supplémentaires en ambulances ont été déployées lorsque cela était nécessaire. Nous avons été en contact permanent avec les hôpitaux afin de suivre la situation sur le terrain et de déterminer les besoins. Dans le cadre de nos compétences en matière de Santé publique, nous avons également alimenté en continu le Centre national de crise en informations et participé activement à sa mobilisation.

Cela m’amène à la manière dont la crise a été gérée. J’ose dire, chers collègues, que la coordination entre les différents niveaux de pouvoir s’est bien déroulée et qu’elle a été menée de manière très professionnelle. La coopération avec les entités fédérées a également été très bonne.

Vous savez que le premier organe compétent est le Risk Assessment Group. C’est lui qui a évalué les risques. Ensuite, le Risk Management Group (RMG) a décidé, lundi dernier, qu’il était opportun de déclarer une phase d’alerte. Des représentants des entités fédérées siègent également au sein du RMG. Nous travaillons en permanence avec elles à ce niveau. Je peux dire que, depuis la crise du Covid, notre niveau de préparation s’est amélioré. La coopération est mieux rodée, les relations sont bonnes et le travail s’effectue dans un esprit de grande loyauté.

Le Risk Management Group a ensuite demandé au Centre national de crise de se réunir. Celui-ci a confirmé, mardi, qu’une phase d’alerte fédérale était en vigueur et a examiné les mesures qui devaient être prises.

Des messages de sensibilisation et de promotion des bonnes pratiques ont ainsi été diffusés dans le secteur des soins de santé — auprès des médecins généralistes, des hôpitaux, des collectivités, des maisons de repos et de soins — ainsi qu’auprès de l’ensemble de la population. Ces messages portaient notamment sur la nécessité de bien s’hydrater, d’être prudent lors de la pratique d’un sport, de limiter la consommation de boissons alcoolisées, de prendre soin de ses proches et des personnes vivant seules, ainsi que sur la distribution d’eau et l’accès à des espaces ombragés. Par ailleurs, plusieurs réunions du Centre national de crise ont été organisées à la demande de mes fonctionnaires et du Risk Management Group, qui a pleinement exercé son rôle dans le cadre de ses compétences.

Une phase nationale, c’est-à-dire un plan d’urgence national, relève de la responsabilité du ministre de l’Intérieur. Les plans d’urgence provinciaux, éventuellement dans le cadre d’une phase fédérale, relèvent quant à eux de la responsabilité des gouverneurs de province et du SPF Intérieur.

Un tel plan d’urgence n’a pas été déclenché. En revanche, je peux vous dire que, du point de vue de la Santé publique, nous avons alimenté en permanence le Centre national de crise avec les informations nécessaires. Nous avons travaillé en étroite collaboration avec lui, informé continuellement les gouverneurs et attiré directement leur attention sur la situation ainsi que sur la nécessité d’agir.

Je partage entièrement l’avis de ceux qui estiment que les actions individuelles ne suffisent pas. Il est indispensable que les autorités locales et les gouverneurs de province interviennent. Nous avons besoin de solidarité et d’un véritable tissu social.

J’en ai d’ailleurs encore discuté ce matin avec les dirigeants des mutualités, qui ont mis en place de très belles initiatives. Les mutualités de Bruxelles et de Wallonie sont également présentes sur le terrain avec du personnel chargé de la prévention. Elles ont joué leur rôle. Je pense par exemple à une très belle initiative de Solidaris, mais aussi, en Flandre, au système des bénévoles qui passent des appels téléphoniques aux personnes vivant seules. Je trouve qu’il s’agit d’une très belle initiative de solidarité. Les mutualités ont un rôle important à jouer dans ce domaine. J’appelle d’ailleurs les mutualités, mais aussi les autres organisations sociales, à développer encore davantage ce type d’initiatives à l’avenir.

Si je regarde au-delà de mes compétences fédérales, je pense qu’il faut également réfléchir aux espaces publics, aux plaines de jeux, au logement, à la rénovation des habitations, aux infrastructures ainsi qu’aux infrastructures des maisons de repos et de soins. Je sors certes du cadre de mes compétences, mais il est évident que les vagues de chaleur et l’aggravation de la crise climatique exigent des adaptations et des réponses fondées sur la solidarité et l’action collective. C’est ce qui devra être fait. Pour revenir à mes compétences, je pense néanmoins que nous avons bien accompli ce que nous devions faire.

L’infrastructure des hôpitaux relève désormais de la compétence des Régions. Il m’est donc difficile de répondre à cette question. Il est néanmoins légitime de s’interroger sur les adaptations qui devront encore être apportées aux infrastructures hospitalières et sur les investissements qui devront être réalisés à l’avenir.

Je me permets maintenant d’aborder ce qui a, selon moi, constitué le point le plus critique.

Ces dernières années, nous avons énormément investi dans l’aide médicale urgente, notamment dans les services d’ambulance, ce qui relève de mes compétences. En revanche, là où des efforts supplémentaires sont réellement nécessaires, c’est au niveau des centrales d’appels d’urgence 112. Cette compétence relève du ministre de l’Intérieur. Je pense que le gouvernement fédéral doit investir davantage dans ce domaine.

Depuis plusieurs années déjà, je plaide personnellement pour que des moyens supplémentaires soient accordés aux centrales d’urgence et que ces moyens soient effectivement consacrés au recrutement de personnel supplémentaire pour le 112.

Soyons honnêtes : la pression sur le 112 a été énorme. J’ai moi-même publié ces chiffres, et ce n’était pas sans raison. Nous avons effectivement constaté une augmentation importante des temps d’attente. Je vais vous donner un chiffre. Durant le week-end des 13 et 14 juin, un week-end ordinaire, le temps d’attente moyen maximal par heure au 112 était de 38 secondes. Ce maximum avait été enregistré le samedi entre 10 h et 11 h. En revanche, durant le week-end de la vague de chaleur, les 27 et 28 juin, le temps d’attente moyen maximal a atteint 600 secondes, soit 10 minutes, le samedi entre 12 h et 13 h. C’est beaucoup trop long. Permettez-moi de constater avec vous que cette situation n’est pas acceptable.

Comment expliquer cela ? Cela a déjà été évoqué, et j’ai d’ailleurs moi-même publié ces chiffres. Nous avons observé une très forte augmentation du nombre d’appels vers le 112, alors que les effectifs réels des centrales d’urgence n’étaient pas supérieurs à la normale, voire étaient légèrement inférieurs. Malgré un appel lancé aux volontaires afin de renforcer les centrales d’urgence, cette initiative n’a produit aucun effet.

J’en tire donc une conclusion : nous ne devons pas seulement renforcer la capacité de base du 112 — ce que je défends depuis plusieurs années avec mon collègue ministre de l’Intérieur.

Dans ce type de circonstances, il faudra peut-être aller plus loin que le simple appel à des volontaires. Cela pourrait signifier qu’il faudra, le cas échéant, réquisitionner du personnel. Une telle mesure suppose évidemment la déclaration d’une phase fédérale ou provinciale.

Je considère que ce point critique, cette faiblesse de notre dispositif, à savoir le fonctionnement du service 112, doit être au cœur de notre évaluation. Derrière cela se cache un véritable problème de fond.

En résumé, ces derniers jours ont été particulièrement éprouvants pour les opérateurs du 112, les services d’ambulance et l’ensemble du personnel de santé.

Je pense néanmoins que la réalité observée dans les hôpitaux doit être nuancée. Les services d’urgence agréés sont tenus d’être disponibles 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 afin de prendre en charge les demandes de soins urgents non programmés. Ils disposent des équipements nécessaires pour faire face aux fluctuations de la demande, de systèmes de tri validés ainsi que de procédures organisationnelles internes leur permettant de prioriser les patients en fonction de la gravité de leur état. En outre, lors de pics de demande de soins, notamment en cas de conditions météorologiques extrêmes, les hôpitaux peuvent augmenter leurs capacités internes conformément à leur plan d’urgence hospitalier. Ainsi, la continuité des soins urgents est assurée autant que possible.

Lorsque la capacité hospitalière risque d’être dépassée, l’hôpital doit activer son plan d’urgence. Cela permet la mise en œuvre de mesures coordonnées, telles que la mobilisation du personnel, la suspension temporaire des appels au 112 ou encore la réorientation des patients. Ces possibilités existent. Lors de la récente vague de chaleur, ces mesures n’ont été appliquées que de manière exceptionnelle et localisée. Aucune conclusion générale ne peut donc être tirée pour une région en particulier. La pression accrue observée dans un nombre — heureusement limité — d’hôpitaux était locale, multifactorielle et variait d’un établissement à l’autre. Dans la majorité des hôpitaux, aucune augmentation significative de la pression n’a été constatée. La situation a été suivie en permanence par l’Inspection fédérale de la Santé.

Ma réplique : 

Monsieur le ministre, merci pour vos propos. Nous entendons votre volontarisme. Mais admettez qu’il est incroyable – et quand même révoltant pour toutes les personnes qui travaillent dans le milieu des soins de santé et dans le secteur hospitalier – de devoir à chaque fois en arriver à des crises pareilles et à des saturations des urgences pour qu’on se dise que la question du réinvestissement dans les soins de santé devrait quand même être une priorité.

J’imagine que vous comptez amener cet élément dans les négociations budgétaires qui vont s’intensifier dans les jours prochains. C’est une bonne chose. Maintenant, permettez-moi de douter de la réceptivité de vos collègues de majorité. Sur l’attitude du ministre Francken, nous n’en attendions pas moins. L’indécence est sa marque de fabrique.

Mais le premier ministre devrait être le visage de la gestion de crise aujourd’hui. Il devrait prendre les choses en main et donner des directions claires pour que cela puisse, en cascade, découler à tous les niveaux de pouvoir, jusqu’aux provinces et jusqu’aux communes. Nous sommes tous logés à la même enseigne. Pourquoi y a-t-il une telle disparité dans les consignes? Cela n’a pas de sens. Nous avons besoin d’un pilote dans la gestion de cette crise, et il faut constater que ce n’est pas le cas.

Deuxième élément, cette crise est en effet un révélateur et un amplificateur des inégalités, dans un pays où, en ce moment même, les réformes mises en place visent à affaiblir encore des populations entières. Les générations futures vont se retrouver dans de plus grandes difficultés, tandis que d’autres sont toujours plus riches.

Nous pouvons également constater que la richesse, dans un certain nombre de cas, va avec l’aggravation de la crise climatique. C’est aussi un paradoxe face auquel nous sommes, parce que quand on laisse des personnes posséder des millions, voire des milliards, ces personnes vont avoir un mode de vie davantage destructeur de notre planète.

Vous nous parlez de solidarité, de prendre soin les uns des autres, alors que votre collègue, la ministre Van Bossuyt, renforce encore le statut de cohabitant et fait en sorte que les gens puissent de moins en moins être solidaires et, par exemple, vivre sous un même toit pour prendre soin les uns des autres. Les mesures mises en place actuellement visent à casser les solidarités. Il faut que vous vous en rendiez compte.

L’organisation du marché du travail est complètement hors-sol par rapport aux réalités de la crise actuelle. Votre collègue M. Clarinval veut faire travailler les gens toujours plus aux horaires qui arrangent le patron, alors que les conditions climatiques empêchent de travailler, ou bien alors que les écoles ferment et que les parents ne savent pas quoi faire de leurs enfants, alors qu’ils ont un boulot principal et même parfois un flexi-job.

Les réformes structurelles qui sont mises en place aujourd’hui par votre gouvernement sont en décalage total avec les réalités climatiques auxquelles nous faisons et allons faire face, mais également avec les réponses à apporter aux besoins structurels en lien avec le défi climatique qui se dresse devant nous.

Je vous remercie pour votre volontarisme, mais j’espère que vous arriverez à convaincre vos collègues. Ce n’est pas gagné.