Question posée au ministre de la Mobilité, Jean-Luc Crucke. Le compte-rendu est à retrouver ici.
Ma question :
Monsieur le ministre, alors que les prix du carburant ne cessent d’augmenter depuis le début de la crise liée aux tensions géopolitiques et aux perturbations des routes d’approvisionnement, votre gouvernement peine, selon nous, à proposer des réponses rapides et directement perceptibles pour les citoyens.
Mon parti propose de ramener à un euro les tickets de la SNCB ainsi que les parkings de gare, le temps de la crise énergétique. Il s’agirait d’une mesure concrète, immédiatement lisible, permettant de réduire le coût des déplacements et d’offrir une alternative crédible à la voiture, y compris en zone rurale, notamment dans les logiques d’intermodalité.
Cette idée n’est pas isolée. D’autres pays ont adopté des mesures rapides en ce sens. La Lituanie, par exemple, a décidé dès le 31 mars de réduire de moitié le prix de tous les billets de train sur son réseau national. Une décision simple, rapide et directement bénéfique pour les usagers.
Au niveau européen, la Commission a par ailleurs publié le 22 avril une « toolbox » regroupant des recommandations destinées à aider les États membres à mettre en place des mesures à impact immédiat. Parmi celles-ci figure notamment la recommandation de réduire les prix des transports publics, voire de les rendre gratuits pour les publics les plus vulnérables.
Monsieur le ministre, que pensez-vous de la proposition visant à fixer à un euro le prix des tickets de train et des parkings de gare pendant la durée de la crise ? Envisagez-vous une mesure en ce sens ? Comment votre gouvernement entend-il tenir compte des recommandations de la Commission européenne et les traduire concrètement dans la politique de mobilité ?
Réponse du ministre :
Madame Schlitz, comme je l’ai déjà communiqué publiquement à plusieurs reprises, dans le contexte budgétaire particulièrement contraint que nous connaissons, je ne suis pas favorable à une gratuité généralisée du train ni à une quasi-gratuité uniforme, par exemple sous la forme d’un billet symbolique à un euro.
Je constate d’ailleurs que, sous mon prédécesseur le ministre Gilkinet, un tel système n’a pas été mis en œuvre, alors même que le contexte budgétaire était plus favorable.
Je considère qu’une politique publique doit prioritairement concentrer les moyens disponibles vers celles et ceux qui en ont réellement besoin, plutôt que de mettre en place une mesure indistincte bénéficiant également à des usagers parfaitement capables d’assumer le coût normal de leur mobilité.
La Belgique applique déjà une politique tarifaire parmi les plus accessibles en Europe pour le transport ferroviaire. Ce n’est pas moi qui le dis, mais les statistiques de l’Union européenne. De nombreuses réductions existent déjà, notamment pour les publics les plus exposés économiquement, via le statut BIM, avec des réductions pouvant atteindre 40 %, auxquelles s’ajoutent des avantages tarifaires en heures creuses et le week-end pour les usagers fréquents titulaires d’une carte Train+, qui rencontre un succès incontestable.
Par ailleurs, une large part des abonnements domicile-travail est déjà financée par les employeurs dans un cadre fiscal favorable. Le rail bénéficie donc d’un soutien public et collectif important. Je rappelle également que, grâce aux tarifs attractifs pratiqués par la SNCB — la Belgique se situant dans la fourchette basse des coûts en Europe — le transport public est fortement subsidié par l’ensemble des citoyens, comme c’est aussi le cas pour d’autres modes de transport.
Dans un contexte où les ressources financières sont limitées, chaque euro consacré à une généralisation de la gratuité ou à une tarification symbolique est un euro qui ne peut plus être investi dans l’amélioration du réseau, la sécurité, l’offre de transport ou l’entretien des infrastructures.
Une gratuité totale ou quasi généralisée apparaît dès lors difficilement conciliable avec les objectifs de soutenabilité financière, d’investissement dans le réseau et d’efficacité globale du système ferroviaire.
Je constate néanmoins que les ajustements tarifaires récents de la SNCB rencontrent un certain succès, avec une hausse de la fréquentation. Je défends donc une approche équilibrée : maintenir une forte accessibilité sociale des transports publics, cibler les aides vers les publics qui en ont besoin, soutenir le report modal vers des mobilités plus durables, tout en garantissant la viabilité financière du système ferroviaire à long terme.
Ma réplique :
Merci, monsieur le ministre, pour vos réponses qui ont le mérite d’être claires.
Cette mesure figurait parmi les différentes initiatives proposées au niveau européen dans la toolbox de la Commission. Il ne s’agit donc pas d’une idée isolée, mais d’une piste également évoquée dans le cadre des politiques européennes. Je pense que vous pouvez faire différemment de votre prédécesseur. Vous dites souvent : « mon prédécesseur ne l’a pas fait », mais il est vrai que celui-ci, bien qu’exemplaire, n’a pas nécessairement eu toutes les bonnes idées au même moment.
Par ailleurs, un soutien considérable a été mis en place pendant la crise énergétique liée à l’agression russe en Ukraine, contrairement à celui dégagé par l’Arizona en faveur des citoyens, qui reste selon nous extrêmement limité. On parle de 80 millions d’euros, avec des surprofits qui n’ont pas été mobilisés alors qu’ils auraient pu l’être. Ces moyens auraient pu être orientés différemment, notamment vers le financement d’un dispositif de tickets de train et de parkings de gare à un euro.
Je tiens à insister sur un point : le prix constitue aujourd’hui un véritable facteur de dissuasion. Pour des personnes qui supportent déjà des coûts fixes élevés liés à leur voiture, une telle mesure aurait pu permettre de tester le train et de découvrir des alternatives de mobilité sur des trajets de proximité. Il ne s’agit pas d’un manque à gagner massif pour la SNCB, mais bien d’un investissement ciblé pour toucher de nouveaux publics.
Dans ce type de contexte, il me semble important de faire preuve de créativité et de sortir des schémas habituels. À défaut, nous risquons de passer à côté de solutions efficaces.
Par ailleurs, vous évoquez un monde budgétaire aux ressources limitées. Je vous répondrai que nous faisons face, en parallèle, à des limites planétaires tout aussi réelles, que nous continuons de dépasser année après année, et de plus en plus tôt. Il devient donc urgent d’investir davantage dans la préservation de notre environnement et de notre planète.

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