Question posée en commission au ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot. Le compte-rendu intégral à retrouver ici.

Ma question : 

Monsieur le ministre, comme chaque semaine, je reviens vers vous pour savoir où en est l’application de l’accord de votre gouvernement concernant la reconnaissance de la Palestine par le biais de l’arrêté royal, mais également les sanctions économiques et la fin de l’importation des produits issus des colonies. Aujourd’hui, monsieur le ministre, je ne sais pas comment vous pouvez supporter le manque de respect de vos partenaires dans ce dossier. On vous fait payer deux fois l’addition et vous, vous dites merci! C’est incompréhensible!

Vous avez un accord avec des conditions extrêmement restrictives qui ont été adoptées il y a un an. Aujourd’hui, ces conditions sont remplies et il faut que vos partenaires de majorité poursuivent le blocage en amenant autour de la table des négociations des dossiers qui n’ont absolument rien à voir, tels que l’annualisation du temps de travail, autrement dit des marchandages abjects, et du temps qui est perdu. Et chaque jour, ce sont des vies qui sont perdues en raison du temps qui s’écoule.

S’il s’agissait d’un blocage, par exemple, autour de la SNCB, cela aurait pour effet de créer des tensions entre la STIB, De Lijn, le TEC ou la SNCB, et les usagers en pâtiraient. Certes, mais personne ne serait mort.

En l’occurrence, cela a des conséquences concrètes sur le terrain. D’une part, c’est chaque jour un état génocidaire qui continue des exactions sur le terrain, qui continue à voler des terres en Cisjordanie, à bombarder, à empêcher les aides humanitaires de parvenir à Gaza. Ce sont également des journalistes qui ne peuvent toujours pas faire leur travail. Et d’autre part, c’est un sentiment d’impunité qui se renforce chaque jour dans le chef d’un état génocidaire à qui, en fait, on laisse tout faire.

Et donc, aujourd’hui, il faut que cela cesse. Il faut mettre fin à ces marchandages ignobles, alors que vous avez un accord qui, aujourd’hui, doit être respecté sans contrepartie. Aussi, monsieur le ministre, où en sont les négociations et quand pensez-vous pouvoir atterrir?

Ma réplique : 

Monsieur le ministre, d’abord, vous nous faites systématiquement un commentaire sur l’attitude de l’opposition à votre égard, et vous nous dites: « Ah, on est vraiment bien mieux reçus à l’international. » Certes, je suis consciente du climat au niveau européen ou international: des salons feutrés, des mots qu’on utilise, mais qui ne mettent pas vraiment les bons mots sur la situation, on enrobe toujours tout élégamment. Mais en fait, nous, les partis de l’opposition au niveau belge, je suis désolée mais nous ne sommes pas là pour vous dorloter.

Il y a un accord au sein de votre gouvernement qui n’est pas mis en œuvre en raison des blocages internes. Oui, c’est notre rôle – nous en sommes désolés – de vous demander des comptes, de vous demander où en sont les blocages, et de vous demander comment vous comptez sortir de cette situation. C’est notre travail, et vous faites le vôtre.

Autre élément, vous nous dites: « Cette reconnaissance de la Palestine est symbolique, arrêtez un peu de vous agiter avec cela. » Si c’est si symbolique que cela, pourquoi ne pas le faire, tout simplement? Cela couperait court aux discussions et nous pourrions passer à autre chose.

Par ailleurs, si ce n’est pas cela qui va aider les Palestiniens sur le terrain, nous avons également posé de multiples questions sur d’autres aspects, notamment les accords commerciaux et l’importation de produits. Je pense que ce sont des éléments qui peuvent faire mal à Israël et envoyer un signal clair. Il me semble que cela peut faire poids. S’il y en a d’autres, s’il y a d’autres leviers que vous identifiez, nous vous en prions: allez-y.

Ce que nous vous reprochons, en effet, c’est l’immobilisme à tous les étages. Chacun se renvoie la balle, ce n’est jamais la faute de personne, et à la fin, la situation se déroule froidement. Les violences continuent, les morts continuent sur le terrain. C’est pour cela que nous sommes obligés de vous interpeller chaque semaine.

Encore aujourd’hui, des visas ne sont pas exécutés. En tant que députés, nous recevons tous les jours des messages sur Instagram, sur Facebook, des emails de personnes palestiniennes qui n’en peuvent plus, soit d’attendre que des visas de leurs proches restés bloqués là-bas soient  exécutés, ou bien de personnes là-bas qui nous expliquent à quel point la situation est catastrophique.

Nous aussi, nous sommes interpellés; et moi, je ne réponds pas aux gens: « Écoutez, vous êtes quand même un peu embêtants à me poser tout le temps les mêmes questions. »

Chacun son rôle. Chacun ses leviers. Chacun ses responsabilités. Vous levez les yeux au ciel, monsieur le ministre, mais nous continuerons inlassablement à vous interpeller sur le dossier jusqu’à ce que les choses bougent. C’est notre rôle!