Question écrite posée à David Clarinval, ministre de l’Emploi, posée le 21 novembre 2025.
Ma question :
Monsieur le Ministre,
Trois journées de grève se profilent : le 24 novembre, d’abord, dans le secteur des transports publics ; le 25 novembre, ensuite, au sein de l’ensemble des services publics ; et enfin le 26 novembre, où tous les secteurs seront à l’arrêt afin d’exprimer leur soutien à des revendications sociales claires.
Celles-ci comprennent notamment le maintien de l’index pour toutes et tous, afin de préserver le pouvoir d’achat des Belges, dans un contexte où votre gouvernement démantèle progressivement la sécurité sociale et fragilise le marché du travail.
L’exclusion annoncée de plus de 180 000 demandeurs d’emploi dans les années à venir, l’élargissement des flexi-jobs et l’extension du travail étudiant figurent parmi les décisions particulièrement préoccupantes, qui nous mènent tout droit vers un véritable bain de sang social.
Monsieur le Ministre,
- Quels contacts avez-vous eus avec les organisations syndicales concernant leurs revendications ?
- Comptez-vous vous rendre sur le terrain pour écouter les personnes qui feront grève la semaine prochaine ?
Je vous remercie.
La réponse du Ministre :
Je voudrais d’abord dire, avec toute la considération que je dois à celles et ceux qui se sont exprimés les 24, 25 et 26 novembre, que je comprends la préoccupation réelle qui traverse une partie du monde du travail. Les tensions économiques, l’évolution rapide des métiers et le coût de la vie pèsent sur nos concitoyens. Nous ne l’ignorons pas et nous ne le méprisons certainement pas. Mon rôle, comme ministre de l’Emploi, est de veiller à ce que chaque réforme s’inscrive dans un cadre équilibré, fondé sur le dialogue et sur l’amélioration concrète du marché du travail.
Je tiens à rappeler que notre gouvernement a fait de la concertation sociale un pilier central. La concertation sociale joue un rôle fondamental dans l’agenda de réformes du gouvernement et la participation active des partenaires sociaux est essentielle. Cette approche se retrouve dans l’ensemble des réformes que nous portons, y compris les plus sensibles. Depuis le début de la législature, les organes de concertation ont été systématiquement sollicités, et leurs avis nourrissent le travail gouvernemental.
S’agissant du droit de grève, je veux être parfaitement clair. L’accord de gouvernement affirme que le droit à la liberté d’expression et le droit de manifester sont des piliers fondamentaux de notre démocratie et que le droit de grève doit être garanti. Il n’y a donc aucun projet visant à restreindre ce droit fondamental. Son exercice doit se faire dans le respect de l’ordre public et des droits des tiers. Dans cet esprit d’équilibre, il est demandé aux partenaires sociaux de clarifier, d’ici le 31 décembre 2025, les principes de l’Accord de 2002. Rien n’est imposé : nous confions ce travail à la concertation.
Affirmer que le gouvernement resterait silencieux ou sourd aux inquiétudes exprimées n’est pas conforme à la réalité. Une concertation approfondie a été, est et continuera à être menée sur plusieurs thématiques structurantes, dont ces réformes. Les partenaires sociaux ont été saisis et le resteront.
Je veux également rappeler que le gouvernement agit pour améliorer les conditions de travail là où des besoins existent.
Madame la Députée, il est important de corriger l’idée selon laquelle nous mènerions une politique d’austérité. La Belgique consacre l’un des niveaux les plus élevés d’Europe à la protection sociale : les données d’Eurostat confirment des dépenses sociales avoisinant 28 % du PIB, parmi les plus élevées de l’Union européenne. Pour autant, nous devons garantir la soutenabilité de ce modèle.
C’est pourquoi l’accord de gouvernement prévoit une réforme du chômage et de l’activation, afin de protéger, responsabiliser et dynamiser le retour au travail. Il s’agit d’un modèle équilibré : plus de soutien au début du parcours, mais aussi une incitation progressive à retrouver un emploi, comme cela existe chez nos voisins européens.
Enfin, j’entends l’inquiétude relative à la fracture sociale. Mais la fracture se combat par le travail, par la participation accrue au marché de l’emploi, par le soutien aux personnes éloignées de l’activité, et aussi par la lutte contre la fraude sociale, que l’accord de gouvernement qualifie de concurrence déloyale qui affaiblit la base de notre sécurité sociale.
Moderniser notre marché du travail, remettre davantage de personnes en emploi et garantir un système juste pour les générations futures : c’est cela qui nous permet de réduire les inégalités, pas l’immobilisme.
La colère sociale mérite d’être entendue. Mais elle ne doit pas empêcher la responsabilité. Nous continuerons à écouter, à consulter, à ajuster lorsque c’est nécessaire. Et nous continuerons surtout à agir. Notre cap reste celui défini dans l’accord de coalition : une Belgique où davantage de personnes travaillent, où la croissance nourrit la cohésion sociale, et où les libertés fondamentales — dont le droit de grève — sont pleinement respectées.

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