Question d’actualité posée au ministre Jean-Luc Crucke en séance plénière ce jeudi 21 mai 2026. Le compte-rendu est à retrouver ici.

Monsieur le ministre, on le redoutait, et c’est arrivé. La dernière flottille a été illégalement interceptée par l’armée israélienne. Parmi ses passagers, il y a de nombreux Belges. D’après les témoignages qui nous arrivent maintenant, ils auraient subi des violences physiques graves, des humiliations, des faits de harcèlement sexuel. Ils auraient également subi l’usage fréquent de tasers, ou de balles en caoutchouc. C’est évidemment bien peu de choses par rapport au sort réservé aux prisonniers palestiniens.

L’attitude du ministre israélien de la Sécurité nationale, que nous avons tous pu voir sur les réseaux sociaux, est glaçante. Il se met en scène, fanfaronne, au milieu d’otages agenouillés et menottés. Il se gargarise de leurs arrestations en agitant un drapeau israélien. Ne soyons pas naïfs. Ces images s’inscrivent totalement dans la ligne de l’ensemble du gouvernement Netanyahu. Et cela ne doit évidemment pas occulter la situation bien pire des Gazaouis, qui sont sous blocus depuis 18 ans et subissent encore aujourd’hui des actes de torture, qui sont soumis à la famine, alors que des épidémies font rage à Gaza et que les journalistes y sont encore aujourd’hui interdits d’accès.

Monsieur le ministre de la Mobilité et du Climat, c’est vous qui avez tiré la courte paille pour répondre à la place du premier ministre aujourd’hui. Allez-vous, comme votre collègue des Engagés, nous faire part de votre opinion personnelle, avec une petite larme de crocodile? Ou bien allons-nous enfin connaître la ligne de ce gouvernement et, encore mieux, ce qu’il s’apprête à mettre en place pour enfin stopper cet État génocidaire?

Monsieur le ministre, où en est la mise en œuvre de vos engagements, qui datent d’il y a un an? Où en sont les sanctions contre les colons israéliens? Où en est la fin de l’importation des produits issus des colonies israéliennes? À quand la fin de nos partenariats économiques, de nos relations diplomatiques et culturelles? Où en est l’exécution des visas pour rapatrier des familles palestiniennes? Où en sont les enquêtes sur les Belges qui combattent actuellement dans l’armée israélienne?

Réponse du ministre : 

Chers collègues, permettez-moi de préciser que je réponds à vos questions d’actualité initialement adressées au premier ministre et au ministre Prévot, ce dernier étant en route pour une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’OTAN en Suède.

Vous avez grandement raison de souligner l’aspect choquant et inacceptable du traitement des membres des flottilles, apparu sur les images circulant depuis hier. Le ministre des Affaires étrangères a immédiatement réagi publiquement en déclarant notre profonde indignation. Nous avons vu des images de personnes retenues captives, ligotées, forcées de se mettre face contre terre, et un ministre du gouvernement israélien diffusant leur humiliation sur les réseaux sociaux. Cette situation est inacceptable, et viole les normes les plus élémentaires de la dignité humaine. Même le premier ministre Netanyahu et le ministre israélien des Affaires étrangères Sa’ar ont réagi en désavouant ce ministre.

Notre ministre des Affaires étrangères a immédiatement donné instruction à ses services afin que l’ambassadrice d’Israël soit convoquée dès hier soir afin d’exprimer l’indignation de la Belgique, demander des explications et insister pour que tous les détenus soient traités avec dignité et libérés sans délai. Il a également été insisté sur la nécessité pour l’une des personnes de recevoir sans délai les médicaments dont elle a besoin.

On compte également plusieurs citoyens belges parmi les prisonniers. Les services du SPF Affaires étrangères restent en contact étroit avec leurs familles et leur transmettent les informations que l’ambassade de Belgique à Tel-Aviv, qui suit bien sûr la situation de près, reçoit des autorités israéliennes.

Selon les informations dont nous disposons actuellement, tous les détenus seront transférés cet après-midi par avion d’Eilat vers l’aéroport d’Istanbul. Le consul belge à Istanbul sera présent à l’aéroport pour apporter l’aide nécessaire le cas échéant.

Enfin, sachez que la situation au Moyen-Orient sera à l’ordre du jour de la prochaine réunion du Conseil européen.

Ma réplique : 

C’est tout? Je ne m’attendais pas à grand-chose, mais vous ne nous amenez aucun engagement, vous nous répétez les mots de Maxime Prévot qui, j’imagine, ont été savamment concertés avec le gouvernement. On est en dessous de tout! Ici, ce dont nous avons besoin, c’est d’une ligne rouge claire, d’un stop. Nous avons besoin de dire à cet État génocidaire ce que l’on n’accepte plus. Tout ce qui se passe aujourd’hui, ce que vous condamnez du bout des lèvres, est rendu possible par la passivité de nos démocraties européennes, par leur complicité. Ces démocraties continuent à faire du commerce avec un État génocidaire.

Et en fait, ce qui s’est passé, ce qu’on voit sur les réseaux sociaux, c’est le symptôme de ce sentiment d’impunité qui est nourri et légitimé. Il grandit grâce à cette passivité, monsieur le ministre. Ce que nous voyons sur les réseaux, et le sort réservé aux militants, aux civils, aux humanitaires, nous en sommes les complices. C’est scandaleux!