Question posée au ministre Vandenbroucke lors de la commission Santé, le 10 mars 2026. Le compte rendu intégral peut être lu ici.
Ma question :
Monsieur le ministre,
le cancer colorectal est la deuxième cause de décès par cancer en Belgique. On compte 8 000 diagnostics et 2 600 décès par an. Pourtant, les chances de guérison sont élevées si le diagnostic est posé à temps. Le cancer du côlon ne provoque pas de symptômes tant qu’il n’est pas à un stade très avancé. La seule manière de le détecter suffisamment tôt pour le prendre à temps, c’est le dépistage, d’où l’importance qu’un maximum de citoyens y recourent. Chez nous, le dépistage est gratuit à partir de 50 ans. Il est largement utilisé en Flandre – une personne concernée sur deux réalise le test – mais très peu en Wallonie et presque pas à Bruxelles. D’après mes recherches, la différence s’explique par l’accès au test. En Flandre, il est envoyé par la poste à toutes les personnes éligibles, à partir de 50 ans, tous les deux ans. En Wallonie et à Bruxelles, il faut aller chercher le kit en pharmacie. Autrement dit, il faut faire la démarche soi‑même. Manifestement, cela ne fonctionne pas, trop peu de personnes y recourent.
Monsieur le ministre,
qu’allez‑vous mettre en place pour réduire ces différences de diagnostic ? Pourriez‑vous, par exemple, inscrire ce point à l’agenda de la Conférence interministérielle (CIM) Santé, étant donné qu’une grande partie de la responsabilité relève des régions? En février, ce cancer a fait la une de l’actualité avec le décès de l’acteur américain James Van Der Beek, célèbre pour son rôle de Dawson. Dans tous les groupes WhatsApp des millennials, cela a été un choc. Il est mort à 48 ans d’un cancer colorectal. Cette tragédie a mis en lumière une augmentation marquée de ce cancer chez les plus jeunes. Selon une étude publiée dans The Journal of the National Cancer Institute (JNCI), il serait même devenu le premier cancer aux États‑Unis.
Monsieur le Ministre,
envisagez‑vous d’abaisser l’âge d’accès au dépistage, par exemple à 45 ans ? Des campagnes de prévention ciblant les plus jeunes sont‑elles prévues? Il existe aussi des facteurs comportementaux même si ce ne sont pas les seuls. Des campagnes de sensibilisation sur ces facteurs de risque sont‑elles programmées ?
La réponse du ministre :
L’organisation des dépistages du cancer, en Belgique, relève de la compétence des entités fédérées. En l’occurrence, le dépistage du cancer du côlon est organisé par les Communautés. En ce qui concerne l’évolution de l’incidence et de la mortalité du cancer colorectal, je renvoie aux données du Registre belge du cancer, qui publie des statistiques détaillées accessibles au public. En ce qui concerne les dépenses de l’assurance maladie fédérale pour le traitement du cancer colorectal, en particulier chez les 45-50 ans, nous ne disposons pas d’analyses distinctes. Le site web « Vers une Gezond België, les coûts médicaux par groupe de maladies sont indiqués pour certains cancers, mais ces chiffres ne sont pas ventilés par catégorie d’âge. Pour obtenir des estimations plus détaillées, par exemple sur l’impact budgétaire potentiel d’une extension du dépistage à un groupe d’âge plus jeune et les effets potentiels d’une détection précoce sur les coûts de traitement, une analyse plus approfondie est nécessaire. De telles évaluations sont généralement réalisées dans le cadre d’une évaluation des technologies de la santé, qui examine à la fois les aspects médico-épidémiologiques et budgétaires. Mais, comme nous l’avons dit, cela relève en fait de la compétence des États fédérés.
Ma réplique :
Monsieur le ministre,
je vous entends indiquer que cela relève des entités fédérées. Pour ma part, j’estime qu’il s’agit malgré tout d’une politique globale. Le ministre fédéral peut également mettre ce sujet sur la table de la Conférence interministérielle Santé publique étant donné que, lorsqu’une personne passe à travers les mailles du filet du dépistage, c’est finalement le fédéral qui doit assumer, puisque c’est lui qui finance les soins de santé. Pour les personnes concernées, l’objectif est évidemment d’éviter la maladie. À tout le moins, lorsqu’un cancer survient, il faut qu’il soit détecté à temps afin que les chances de guérison soient maximales. Nous avons toutes et tous intérêt à ce que ce dépistage fonctionne correctement. D’autre part, du point de vue des finances publiques, il s’agit également d’un raisonnement objectif. Au niveau fédéral, il est légitime de taper du poing sur la table et de dire aux entités fédérées qu’elles doivent prendre ce problème à bras-le-corps. Il est inadmissible qu’il n’y ait quasiment pas de dépistage à Bruxelles. Des vies sont ainsi sacrifiées sans raison. Je pense qu’il s’agit d’un bon sujet à mettre à l’ordre du jour de la Conférence interministérielle lors de sa prochaine réunion.

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