Question posée au ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot. Le compte-rendu est à retrouver ici.

Monsieur le ministre, je souhaite avec cette question attirer votre attention sur la situation extrêmement préoccupante de Suzon Doppagne, une citoyenne belge qui réside au sein de la communauté de Prosfygika à Athènes, en Grèce, et qui a débuté, le 1er mai 2026, une grève de la faim en protestation contre un projet immobilier des autorités grecques.

Prosfygika est constitué d’un ensemble de bâtiments datant des années 30 et qui héberge actuellement et depuis 15 ans une communauté intergénérationnelle de plus de 400 personnes. Cette communauté a développé un système de solidarité et de services essentiels qu’actuellement la Grèce, dans son contexte de crise économique et sociale que je ne dois pas vous décrire, n’est plus en mesure d’offrir à ses citoyens les plus vulnérables. On parle d’une pharmacie solidaire, de distributions de repas, d’hébergement de familles malades dont les proches sont soignés dans l’hôpital situé juste à côté de Prosfygika, d’un espace pour les enfants, d’une bibliothèque, etc.

Ce projet est aujourd’hui menacé par un projet de réaménagement porté par la Région de l’Attique et financé – tenez-vous bien – par des fonds européens: 15 millions d’euros pour expulser 300 familles, raser des bâtiments de grande valeur historique et patrimoniale, dans le but de recréer une zone gentrifiée en plein cœur d’Athènes.

Cette situation m’inquiète à quatre égards.

Premièrement, il s’agit des fausses déclarations dans le dossier d’obtention des fonds européens régionaux. Les porteurs de projet ont déclaré que les bâtiments étaient vacants, niant l’existence des 400 occupants qui cherchent, depuis des années, à transformer leur communauté en un véritable quartier durable, vert et inclusif. 

Deuxièmement, les autorités refusent d’organiser une consultation citoyenne, pourtant obligatoire dans le cadre de l’obtention de ces fonds.

Troisièmement, je relève la violation des droits fondamentaux des occupants, notamment les articles 7 et 34 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, qui imposent aux États de respecter le domicile et encadrent strictement les expulsions, ainsi que la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme, qui exige que toute expulsion soit proportionnée et précédée d’un examen individuel de chacune des situations des personnes, accompagné de garanties procédurales effectives.

Quatrième point d’inquiétude, je signale la destruction d’un patrimoine remarquable, ces bâtiments étant des témoins de l’architecture Bauhaus du siècle passé.

Au vu de la gravité de la situation et du danger immédiat que représente cette grève de la faim pour la vie de cette citoyenne belge, mes questions sont les suivantes.

Quel contact avez-vous eu avec l’ambassadeur grec? Quelles initiatives avez-vous prises vis-à-vis de votre homologue du gouvernement grec? Surtout, quelles initiatives avez-vous prises ou envisagez-vous de prendre quant à l’utilisation potentiellement illégale de fonds européens?

Réponse du ministre :

Madame Schlitz, la grève de la faim de cette citoyenne belge a été signalée à l’ambassade de Belgique à Athènes le 22 mai dernier. L’ambassade a alors tenté de contacter la personne concernée elle-même, mais jusqu’à présent sans succès. Par l’intermédiaire des services consulaires basés à Bruxelles, sa famille a été informée qu’elle pouvait soumettre une demande d’assistance consulaire à l’ambassade. 

À ce jour, aucune demande d’assistance consulaire n’a été introduite par cette citoyenne ou sa famille, ni auprès de l’ambassade de Belgique à Athènes ni auprès des services consulaires à Bruxelles. Le cadre juridique de l’assistance consulaire limite par ailleurs l’intervention de mes services sur le plan consulaire. Ceux-ci ne peuvent ni intervenir dans le projet pour lequel notre compatriote se bat – ce n’est pas leur rôle – ni imposer à cette dame de mettre fin à sa grève de la faim.

Quant à vos autres questions, permettez-moi d’indiquer qu’il ne m’appartient pas, en tant que ministre des Affaires étrangères, de m’exprimer sur un projet immobilier porté par les autorités grecques. Je m’en tiens donc aux considérations relatives à la situation sanitaire de la ressortissante belge que vous avez évoquée, tout en réitérant que nous restons à sa disposition pour lui prêter assistance.

Ma réplique : 

Merci, monsieur le ministre, pour vos réponses.

Bien évidemment, la revendication de Suzon Doppagne n’est pas d’obtenir une aide consulaire. Il s’agit d’une grève de la faim qu’elle a commencée de son plein gré dans un but de protestation politique. Ce qu’elle souhaite de la part des autorités de son pays, c’est qu’elles prennent des contacts diplomatiques afin de pouvoir exercer une pression sur le gouvernement grec par rapport à une situation qui ne respecte ni les droits humains ni les droits des habitants de ce quartier. Par ailleurs, il est également question de l’utilisation de fonds publics européens. On parle quand même d’argent public, donc notamment de l’argent des citoyens belges, utilisé pour détruire et expulser et jeter à la rue des personnes extrêmement fragiles, qui disposent aujourd’hui, grâce à ce projet de solidarité, d’un toit au-dessus de la tête et qui, une fois ce projet transformé par un quartier bourgeois, n’auront plus la possibilité d’être hébergées ailleurs, compte tenu de l’absence de services publics à la hauteur des enjeux en Grèce et de la grave crise du logement que connaît l’Europe, à laquelle Athènes n’échappe évidemment pas. 

Ce qui est souhaité ici, c’est donc un appui de votre part concernant les investigations relatives à une utilisation illégale de fonds publics et la possibilité de signaler à la Grèce le caractère illégal des opérations qui semblent être menées à Athènes. Telle est la demande de cette ressortissante, qu’elle m’a chargée de vous transmettre. Je lui transmettrai également le message que vous m’avez adressé.

Je pense qu’il s’agit, quoi qu’il en soit, d’une information qui mérite d’être relayée. Je vous remercie donc pour les démarches qui ont pu être entreprises de votre côté.