Question orale posée le 20 janvier 2025 à Franck Vandenbroucke, ministre de la Santé Publique. Le compte-rendu est disponible ici.

Ma question : 

Monsieur le Ministre,

Le groupe hospitalier Helora a annoncé la fermeture définitive de la maternité de l’hopital de Lobbes, effective au 15 janvier 2026.
Cette décision, justifiée par une baisse de la natalité et des difficultés de recrutement médical, concernera 24 membres du personnel et impactera directement les familles de tout le Sud-Hainaut, déjà touchées par les récentes fermetures des maternités de Chimay et de Vésale.

Cette fermeture suscite de vives inquiétudes locales, tant du côté des travailleuses et travailleurs que des autorités communales et des usagères du service. Les syndicats pointent notamment :

  • le risque accru de désert médical dans une région déjà fragile sur le plan de l’accès aux soins ;
  • les distances supplémentaires que devront parcourir les patientes pour accoucher, souvent dans des conditions d’urgence ;
  • et la nécessité d’un accompagnement humain et professionnel des équipes concernées.

Dans un contexte où la Wallonie ambitionne de garantir une proximité des soins et une égalité territoriale d’accès à la santé, cette fermeture interroge profondément.

Monsieur le Ministre,

  • Comment votre cabinet évalue-t-il l’impact territorial de cette fermeture sur l’accès aux soins obstétriques dans le Sud-Hainaut ?
  • Quelles mesures de coordination ou de soutien sont envisagées, en concertation avec Helora et les autorités locales, pour préserver un suivi périnatal de proximité (consultations prénatales, post-partum, accompagnement sage-femme, etc.) ?
  • Le Gouvernement wallon prévoit-il une réflexion stratégique régionale sur la répartition des maternités et des services d’urgence afin d’éviter une aggravation du désert médical dans les zones rurales?
  • Enfin, quelles garanties concrètes peuvent être apportées quant au reclassement et à l’accompagnement professionnel des 24 membres du personnel de la maternité de Lobbes ?

Je vous remercie pour les précisions que vous voudrez bien apporter.

La réponse du ministre : 

Madame Schlitz, 

Lafermeture d’un service de maternité suscite toujours des réactions, parfois émotionnelles, ce qui est parfaitement compréhensible. Je tiens toutefois à rappeler que les choix de gestion relèvent de la responsabilité des hôpitaux, tandis que les reconnaissances et l’offre de soins relèvent de la compétence du ministre de la communauté concernée.

Dans une logique d’utilisation optimale des ressources, il est évident que lorsqu’un service n’atteint plus un certain niveau d’activité, il représente une charge importante pour l’institution. Pour les maternités, cette évolution doit être analysée à la lumière de la baisse du nombre de naissances.

Je comprends que l’hôpital a mis en place des mesures d’accompagnement, en concertation avec les autorités locales, afin de préserver un suivi périnatal de proximité. Les futures mamans actuellement suivies sont redirigées, depuis le 15 janvier, vers les deux autres maternités du groupe, à savoir le site Jolimont à La Louvière et le site Kennedy à Mons, si elles le souhaitent, où elles pourront poursuivre leur suivi sereinement. Les consultations prénatales et postpartum continueront d’être assurées sur le site de Lobbes, avec le concours des sages-femmes pour un accompagnement de terrain. Seuls les accouchements sont redirigés vers les maternités voisines du groupe Helora, c’est-à-dire les hôpitaux de Jolimont à La Louvière et de Mons (site Kennedy). Même en cas d’urgence obstétricale, l’hôpital de Lobbes assurera la prise en charge initiale de la patiente, puis son transfert vers une autre maternité équipée. Ces dispositions atténuent l’impact pour les patientes et garantissent la continuité des soins dans la région. Je cite ici les éléments communiqués par les autorités qui ont pris cette décision. Ce n’est pas de ma responsabilité directe, et je n’ai pas de raison de mettre en doute les informations qui ont été fournies.

La question de la répartition des maternités et des services d’urgence fait l’objet d’une réflexion stratégique à l’échelle régionale. Il convient de rappeler qu’aucune norme fédérale n’impose la fermeture automatique d’une maternité en dessous d’un certain volume d’accouchements. Le seuil minimal légal est actuellement fixé à 400 accouchements par an, mais ce sont les entités fédérées (régions) qui doivent en tirer les conclusions et décider d’une éventuelle fermeture lorsqu’un service se situe en dessous de ce seuil. En pratique, cela ne se fait pas de donner des agréments sine die, ils sont accordés au cas par cas. Il ne s’agit donc pas d’une décision relevant du niveau fédéral, même s’il existe une législation qui fixe un seuil.

Le Centre Fédéral d’Expertise des Soins de Santé (KCE) recommande un volume de 557 accouchements par an pour une efficience optimale, particulièrement en ce qui concerne la mise à disposition et la valorisation réelle du personnel. Mais il s’agit d’une recommandation sans aucun caractère obligatoire. Comme vous le savez, des initiatives fédérales et interfédérales sont en cours, notamment dans le cadre du programme périnatal de soins dont la mise en œuvre débute progressivement à Wallonie.

Les coachs d’implémentation ont réalisé des analyses territoriales et travaillent actuellement à l’élaboration d’une approche méthodologique. Ce programme périnatal vise notamment à renforcer la dynamique des réseaux existants en périnatalité afin de mieux répondre aux besoins des femmes enceintes. Il devrait également contribuer à améliorer l’accès à certains services grâce à une collaboration renforcée entre les différents acteurs.

Enfin, je rappelle que, dans le cadre de la Conférence interministérielle, un groupe d’experts a été mis en place afin d’établir un rapport sur l’évolution future du paysage hospitalier. Ses recommandations nous aideront à prendre des décisions fondées et durables en matière d’organisation des soins.