Question posée en commission à Mathieu Bihet, ministre de l’Energie. Compte rendu intégral à retrouver ici.

Monsieur le ministre,

le 30 avril dernier, vous nous annonciez la signature d’une lettre d’intention avec ENGIE pour le rachat potentiel de l’intégralité du parc nucléaire belge. Il s’agit d’une opération sans précédent dans notre histoire! Vous projetez de racheter sept vieilles centrales, parmi lesquelles cinq sont à l’arrêt définitif et dont le démantèlement a déjà commencé.

Pour nous, c’est une très mauvaise idée. L’opération s’annonce particulièrement coûteuse et, surtout, particulièrement risquée. Le secteur privé n’en veut plus. ENGIE a redit que « le nucléaire ne fait plus partie de sa stratégie », tandis qu’OPG a explicitement refusé de reprendre nos vieilles centrales. Quand tous les acteurs privés disent non, c’est rarement parce que l’opération est rentable ou intéressante. En définitive, c’est le contribuable belge – nos enfants et leurs enfants après eux – qui en paiera la facture pendant des décennies. Privatiser les profits pendant cinquante ans et socialiser les pertes au moment où elles deviennent les plus lourdes: ce n’est pas du pragmatisme; c’est un mauvais calcul. Le tout après avoir interrompu l’appel d’offres pour le projet éolien en mer, qui avance beaucoup trop péniblement depuis lors. Nous n’avons pas été informés d’une date pour le lancement de l’appel à projets en vue de faire enfin aboutir ce projet d’éolien en mer.

Bref, nous ne trouvons pas la boussole de ce gouvernement.

Ma question est simple. Pour permettre ces négociations, ENGIE a accepté que tous les travaux de démantèlement en cours soient suspendus. ENGIE n’a pas accepté gratuitement – il y a un prix qui n’a pas été communiqué. Le contribuable a le droit de savoir ce que coûte, dès aujourd’hui, une opération dont nul ne sait si elle aboutira.

Je n’ai donc qu’une question, monsieur le ministre: combien l’État belge a-t-il payé ou va-t-il payer à ENGIE pour compenser la suspension des travaux de démantèlement?

 

Ma réplique :

Monsieur le ministre, je vous remercie pour votre réponse.

Enfin, pour être honnête, je n’ai toujours pas obtenu de réponse à la seule question que j’ai posée. C’était déjà le cas lors du débat précédent: nous n’avons pas davantage de clarté sur les délais.

Dans le cas présent, la situation devient problématique. Le Parlement ne reçoit pas les éléments pourtant indispensables au suivi correct du dossier. Nous les attendons avec impatience et, je le répète, ils sont essentiels.

Vous nous avez également indiqué que nous n’étions pas dans le dogme. Permettezmoi donc d’extrapoler: si les conditions de la négociation avec ENGIE s’avéraient défavorables pour les citoyens, votre gouvernement seraitil prêt à y renoncer? C’est cela, la vraie question! Allezvous vous entêter dans cette négociation, ou accepterezvous, si elle nous mène sur un terrain déraisonnable, d’y mettre un terme?

Pour ma part, j’ai des doutes.

J’espère que vous pourrez faire preuve du même pragmatisme que celui qui a guidé la Vivaldi. Nous avons à l’époque pris nos responsabilités. Vous dites qu’il aurait fallu agir il y a vingt ans. En effet!Et lorsque nous étions au gouvernement, nous avons prolongé les centrales qu’il était possible – et sûr – de prolonger.

J’ose espérer que vous ferez preuve du même sens des responsabilités et que, si les négociations dérapent ou deviennent défavorables à notre État,vous saurez y renoncer.