Question orale posée le 27 janvier 2026 au Ministre de l’Énergie. Le compte-rendu intégral est à retrouver ici.
Ma question :
Monsieur le Ministre,
J’aimerais vous interroger à propos du dossier de l’éolien offshore, récemment remis à l’agenda par la presse.
En 2023, lorsque nous siégions ensemble au sein du même gouvernement, la Belgique accueillait le North Sea Summit. Nous pouvions alors, à juste titre, nous targuer de disposer d’un parc éolien offshore pionnier. Aujourd’hui, alors que le troisième sommet s’ouvre en Allemagne, notre pays semble faire profil bas. Que s’est-il passé, Monsieur le Ministre ?
En replongeant dans ce dossier — puisque je ne suis pas l’énergie au quotidien — je constate que vous avez interrompu l’appel d’offres pour l’attribution du premier lot du parc éolien Princesse Élisabeth, moins de deux mois avant son échéance. Je rappelle que cet appel d’offres était ouvert depuis sept mois et que les candidats avaient déjà investi des milliers d’heures de travail dans la préparation de leurs dossiers. Vous avez donc, en quelque sorte, débranché la prise à deux mois de l’attribution.
À l’époque, vous aviez annoncé vouloir relancer la procédure en mars 2026, tout en promettant des clarifications en octobre 2025. Nous sommes aujourd’hui fin janvier 2026, et aucune information n’a été communiquée. Le flou est total. Le secteur est de plus en plus inquiet, au point d’avoir formalisé ses préoccupations dans un courrier qui vous a été adressé la semaine dernière et qui a été relayé par L’Echo.
Un autre sujet d’inquiétude, qui me tient particulièrement à cœur, concerne votre volonté supposée d’exclure les citoyens du financement du projet. Pourtant, la participation citoyenne — notamment via les coopératives énergétiques — constitue une fierté belge et un levier essentiel de la transition énergétique. Elle permet aux citoyens de s’impliquer concrètement et d’en retirer des bénéfices directs. C’est un modèle gagnant-gagnant.
La coopérative SeaCoop rappelle d’ailleurs que la participation citoyenne représente une opportunité stratégique : elle garantit des financements stables, renforce l’adhésion sociale et réduit notre dépendance à de grands acteurs étrangers. Dans le contexte actuel, ce sont précisément les objectifs que nous devrions poursuivre.
Monsieur le Ministre,
Pouvez-vous rassurer les citoyens et les coopératives quant à leur place dans le prochain appel d’offres ?
Concernant le calendrier, quand celui-ci sera-t-il publié ? La date de mars prochain sera-t-elle respectée ou faut-il craindre un nouveau report ?
Par ailleurs, quelles actions menez-vous pour accélérer la réalisation des infrastructures terrestres associées, notamment Ventilus et la Boucle du Hainaut ?
Enfin, quelle a été la position de la Belgique — et quels ont été ses acquis — lors du North Sea Summit ?
Réponse du Ministre, Mathieu Bihet :
En juin 2025, le gouvernement a décidé de mettre fin à la procédure d’appel d’offres en cours pour le premier lot de la zone Princesse Élisabeth – le premier lot offshore – en raison d’une incertitude juridique susceptible de compromettre le bon déroulement de cet appel d’offres. À la fin de l’année dernière, le kern a, sur ma proposition, approuvé de nouveaux principes en vue de relancer l’appel d’offres dans un cadre modernisé et transparent. Ce nouveau cadre doit permettre d’assurer une concurrence suffisante, bénéfique tant pour les pouvoirs publics que pour les citoyens.
Ces éléments sont actuellement intégrés dans le nouveau cadre d’attribution, qui nécessite en partie une proposition de la CREG. Celle-ci est attendue début février. Les décisions déjà intégrables par l’administration dans l’arrêté royal relatif au tender ont été traitées et transmises pour remarques au groupe de travail intercabinets.
Une fois cette proposition intégrée, nous prévoyons d’organiser une phase supplémentaire d’information et de consultation avec le secteur, afin de lever d’éventuelles ambiguïtés et de garantir un appel d’offres compétitif. Nous continuons donc à travailler étroitement avec le secteur, comme nous l’avons fait jusqu’ici, notamment lors de plusieurs moments de concertation, dont ma visite à la Belgian Offshore Platform (BOP) à Ostende en décembre dernier.
L’ambition reste de lancer le tender au printemps 2026, dès que le cadre réglementaire révisé aura été adopté et validé au regard des règles européennes en matière d’aides d’État, en particulier dans le contexte du nouveau cadre NZIA.
Pour répondre plus précisément à votre question, je ne suis pas en mesure, à ce stade, de confirmer si le tender des Pays-Bas a été validé par la Commission européenne. Je ne peux donc pas dire si nous sommes les premiers, ni situer précisément l’état d’avancement comparé. Quoi qu’il en soit, les Pays-Bas adoptent une approche similaire à la nôtre.
Cette méthode vise à garantir un cadre juridiquement solide, offrant un climat d’investissement attractif et stable, afin que l’appel d’offres puisse être lancé dans des conditions qualitatives optimales et que la concurrence soit maximisée.
En ce qui concerne Ventilus, il est essentiel de trouver une solution équilibrée, dans laquelle le producteur est correctement couvert sans transférer des risques excessifs au consommateur, car toute garantie implique un transfert de risque ayant un impact direct sur le prix. La proposition de la CREG relative à l’arrêté royal « Liabilities », qui prévoit un mécanisme d’indemnisation au profit des détenteurs concernés d’une concession domaniale en cas de retard de mise en œuvre ou d’indisponibilité totale ou partielle du MOG, sera prochainement validée par le Conseil des ministres.
Enfin, je peux vous assurer que l’ambition belge en matière d’éolien offshore demeure pleinement intacte. La décision de réviser le cadre de l’appel d’offres — précisément pour en garantir une mise en œuvre durable — repose sur des bases juridiques solides et vise à obtenir les meilleures conditions économiques pour tous. C’est cette même approche qui guidera également le lancement du second tender à venir.
Ma réplique :
Mille milliards d’euros, c’est une somme considérable. C’est le montant que le secteur éolien s’est engagé à investir en mer du Nord lors du North Sea Summit, avec à la clé la création de 91 000 emplois — si les objectifs, certes très ambitieux, sont atteints. Ce dossier illustre de manière très concrète à quel point l’écologie, si c’est l’option réellement choisie, représente l’avenir de notre économie : des emplois locaux et de qualité, un renforcement de l’autonomie européenne et, surtout, une énergie propre et abordable pour nos concitoyens, afin qu’ils puissent payer leurs factures à la fin du mois.
La Belgique a toujours été pionnière en matière d’éolien offshore. Nous devons aujourd’hui maintenir cette position de leader mondial et accélérer la transition nécessaire sur tous les plans. Vous affirmez vouloir poursuivre ces objectifs, mais, dans les faits, rien ne bouge à l’heure actuelle — et ce n’est pas moi qui le dis, c’est le secteur.
Je cite : les règles envisagées « reviennent à affaiblir la concurrence entre les soumissionnaires et conduiront à un prix de l’électricité structurellement plus élevé pour l’industrie belge si la mise aux enchères échoue ». Cela signifie que vous êtes potentiellement en train de mettre en péril un projet essentiel pour une énergie propre et à bas prix, pourtant indispensable à notre autonomie énergétique dans un contexte d’instabilité internationale majeure.
Vous parliez de mars, vous évoquez désormais le printemps… on connaît la technique. Quelle est la réalité du calendrier ? Le 20 juin, peut-être ? Est-ce l’objectif ?
Par ailleurs, aucune réponse claire n’a été apportée quant au rôle que les citoyens pourront jouer dans ce nouvel appel d’offres. C’est profondément regrettable. Nous savons à quel point la participation citoyenne est cruciale pour l’adhésion sociale à la transition énergétique, mais aussi pour permettre aux coopératives et aux citoyens d’investir dans ce secteur d’avenir. Il n’y a aucune raison valable de les en exclure.
Je compte donc sur vous pour maintenir le cap et préserver la réputation d’excellence de la Belgique en matière d’éolien offshore. Je vous remercie.

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