La Cour des Comptes est venue au Parlement pour échanger avec les députés sur son rapport sur le budget de l’Arizona. Celui-ci est particulièrement sévère. Face à un gouvernement pour lequel la vérité a peu d’importance, qui manie l’art du gaslighting, il est précieux de disposer d’une institution spécialisée en la matière qui objective les choses.
« On n’a pas le choix, il n’y a pas d’alternative » selon le gouvernement (Matthieu Michel a même eu le culot de dire devant les membres de la Cour que ce budget est une nécessité suite à la mauvaise gestion du pays par les gouvernements précédents, lui dont le parti est au pouvoir depuis 27 ans sans interruption). Pourtant, l’impression qui se dégage à la lecture du rapport de la Cour des comptes, c’est que ce gouvernement adopte des mesures idéologiques au nom de la rigueur budgétaire, très dures envers la majorité des travailleurs, des pensionnés et des demandeurs d’emploi, et qu’à coté de cela, il se montre très indulgent envers lui même, s’autorisant le dépôt d’un budget avec plus de deux mois de retard, truffé d’approximations, de lignes budgétaires erronées, grossies ou obsolètes.
Un budget qui, quoiqu’il arrive, passera à côté de son objectif annoncé de réduire le défit public. Malgré les mesures très dures imposées à la population – exclusion du chômage, saut d’index, hausse de la TVA, etc. – le déficit de l’État fédéral s’élèvera à 32 milliards d’euros en 2029, contre un peu plus de 17 milliards à la fin de la Vivaldi. En plus, la Cour des comptes, comme le Bureau du plan avant elle, estime que le taux d’emploi de 80% sur lequel compte l’Arizona pour tenir sa trajectoire budgétaire ne sera pas atteint et atteindra tout au plus les 74 % en 2029.
Ce budget fait également l’objet de nombreuses incohérences selon la Cour. Par exemple, là ou le gouvernement comptabilise les effets retours positifs de sa réforme du chômage sur le taux d’emploi, il évite de tenir compte de l’effet négatif à court terme provoqué par la diminution de revenu disponible des personnes exclues du chômage ». De même, la Cour estime que les montants prévus pour les CPAS en vue de compenser la réforme du chômage sont vraisemblablement sous-estimés. Selon les estimations de l’administration, le budget devrait comptabiliser 1,5 milliards d’euros de dépenses supplémentaires sur la législature (520 millions en 2027, 585 en 2028 et 367 en 2029).
Ces montants sont d’autant plus insuffisants qu’ils sont basés sur le mythe des trois 1/3 aujourd’hui invalidé par la pratique. Dans les grandes villes, on constate que ce ne sont pas 1/3 des exclus du chômage qui vont vers les CPAS mais plutôt 40 à 50%. Et la BNB estime que seul 10 à 20 % des personnes exclues retrouveront un emploi, et non pas 1/3. Improbable également l’hypothèse du gouvernement selon laquelle la moitié des bénéficiaires du RIS sortiront du système endéans les 2 ans. Cela fait le lien avec un autre mythe démonté par la Cour : celui du travail à foison. Selon la Cour, « l’offre de main-d’œuvre en Wallonie restait élevée (272.000 chômeurs selon le Forem) en décembre 2025, tandis que la demande de main-d’œuvre restait en retrait (38.000 postes). » Le gouvernement n’a pas plus tenu compte du transfert de certaines personnes malades et actuellement sur l’assurance chômage vers l’incapacité de travail à la suite de leur exclusion du chômage, et donc d’un budget fédéral à un autre.
La Cour établi que le rendement de plusieurs réformes est surestimé :
- La suppression de la réduction d’impôt sur les allocations de chômage (qui coûtera environ 165€/mois aux chômeurs). Outre le fait que cette mesure va à l’encontre des déclarations de ce gouvernement qui prétendait vouloir maintenir un niveau de vie identique à celui qui perd son emploi sur une période limitée dans le temps, la Cour épingle le fait que le gouvernement s’est basé sur les chiffres du chômage de 2022 pour calculer ses estimations d’économies générées par la suppression de la mesure. Il ne tient donc pas compte de ses propres réformes, puisque le nombre de chômeurs indemnisés va diminuer !
- Le Gouvernement a inscrit dans son budget les économies réalisées grâce à un saut d’index sur le salaires des fonctionnaires en 2026, alors qu’ils savait qu’ils seraient bien indexés au moment de déposer son budget au Parlement puisque l’indice-pivot a été dépassé en décembre 2025, soit avant l’adoption des dispositions légales relatives au saut d’index.
- En matière de lutte contre la fraude fiscale : le gouvernement s’attend à des recettes de 300 millions d’euros en 2026 à 600 millions à l’horizon 2029. Mais la Cour indique ne pas avoir obtenu du SPF Finances la méthodologie utilisée pour déterminer ce rendement et indique que « l’intention du gouvernement d’arrêter le plan d’action en la matière avant la confection du budget 2026 initial ne s’est pas encore concrétisée. »
- Sur la taxation des plus-values, la cour estime que « Les recettes sont trop incertaines pour être inscrites de manière structurelle. » Le Gouvernement oublie par exemple de tenir compte de l’exonération sur la première tranche de 10.000 euros dans son estimation du rendement de la mesure (qu’il a lui-même décidé de mettre en place).
- En matière d’accises de gaz : les recettes attendues sont surestimées de 195 millions d’euros par rapport aux calculs du SPF Finances.
- Autre problème important : suite à l’avis du Conseil d’État la hausse de la TVA sur la culture et les plats à emporter a été annulée. Le Gouvernement ne peut plus compter sur les 362 millions d’euros attendus sur les plats à emporter et les 253 millions sur la culture et les loisirs, soit un trou additionnel de plus de 600 millions.
- Enfin, il y a le chèque en blanc de 17 milliards d’euros que le gouvernement s’octroie. En principe, le gouvernement doit soumettre au parlement la ventilation de ses dépenses. L’Arizona, elle, s’accorde non seulement une enveloppe non répartie de 2,1 milliards, dans laquelle les différent ministres pourront puiser librement pendant l’année, mais elle se permet en plus d’allouer 15 milliards répartis entre 3 ministères : 2,8 milliards pour la Justice, 1,6 milliard pour la police fédérale, et 10,7 milliards pour la Défense et le ministre Théo Francken qu’ils pourront dépenser comme ils l’entendent. Cette façon de procéder pose un grave problème de contrôle du budget par le Parlement et de transparence envers les citoyens.

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