Question posée au Premier ministre, Bart De Wever. Le compte-rendu est à retrouver ici.

Monsieur le premier ministre,

Votre gouvernement prépare actuellement le budget 2027 et la trajectoire budgétaire jusqu’en 2029. Ces préparatifs étaient à l’agenda du kern de ce week-end, mais vous avez préféré vous disputer et atterrir sur un blocage des lois concernant l’IVG et l’importation des produits des colonies illégales.

Selon les dernières informations de la Banque nationale, un effort supplémentaire de 7 milliards d’euros devra être réalisé en 2027, suivi d’un effort identique en 2028, soit 14 milliards d’euros d’ici la fin de la législature – en plus de toutes les mesures déjà extrêmement dures que vous avez mises en place et qui impactent fortement l’ensemble de la population.

À votre demande, le Bureau du Plan a remis un catalogue de plus de 260 mesures envisageables pour assainir les finances publiques. Parmi celles-ci figurent des pistes qui touchent à une minorité plus aisée: la suppression de certaines niches fiscales et une taxation accrue du capital, des très hauts revenus et des établissements bancaires. Ce week-end d’ailleurs, vos partenaires de majorité Les Engagés se sont même prononcés pour une contribution supplémentaire des hauts patrimoines. Comptez-vous avancer sur cette piste?

Le Bureau du Plan suggère également d’autres mesures qui impactent à nouveau la majorité de la population: un ralentissement de la croissance des dépenses de santé, des économies dans la fonction publique, un gel des salaires des fonctionnaires, des modifications de l’index et des restrictions supplémentaires pour les malades de longue durée.

Certains experts ont également suggéré la suppression des subsides aux énergies fossiles. Cette idée est évoquée depuis de nombreuses années. Monsieur le premier ministre, en pleine canicule – le deuxième épisode de l’année alors que l’été a commencé il y a à peine quatre jours – aurez-vous le courage de poser les choix nécessaires pour le futur de nos concitoyens et d’économiser sur les milliards de subsides fossiles octroyés par votre gouvernement? La taxation des surprofits réalisés par les compagnies pétrolières à la suite de la guerre en Iran sera-t-elle seulement sur la table ou la question est-elle toujours taboue pour votre gouvernement?

Le catalogue du Bureau du Plan met en lumière un choix fondamental: qui paiera l’effort budgétaire? Depuis le début de la législature, votre gouvernement affirme vouloir protéger le pouvoir d’achat des travailleurs tout en poursuivant un assainissement budgétaire d’une ampleur inédite. Dans le même temps, vous refusez systématiquement les propositions visant à davantage faire contribuer les grandes fortunes et le revenu du capital. La Banque nationale elle-même observe pourtant un décrochage entre la croissance du PIB et les recettes. Sur la période 2024-2028, les recettes se sont érodées à hauteur de 1,2 % du PIB et le gouverneur indique expressément qu’on n’y arrivera pas sans avoir parallèlement un débat sur les recettes.

Monsieur le premier ministre, pouvez-vous m’indiquer clairement quelles pistes sont aujourd’hui étudiées par le gouvernement? Pouvez-vous garantir que le prochain budget ne sera pas financé par un ralentissement des dépenses de santé, par une remise en cause des droits sociaux ou par de nouvelles restrictions imposées aux malades de longue durée?

À l’inverse, êtes-vous prêt à envisager des mesures qui feraient davantage contribuer les hauts patrimoines, le revenu du capital ou les secteurs qui ont réalisé des profits exceptionnels ces dernières années?

Autrement dit, l’effort budgétaire sera‑t‑il supporté principalement par les travailleurs, les usagers des services publics et les bénéficiaires de la sécurité sociale, par ceux qui disposent aujourd’hui des plus grandes capacités contributives, par ceux qui font tourner notre société ou par ceux qui brûlent notre planète pour réaliser des bénéfices?

La réponse du Premier ministre : 

Ces derniers mois, toutes sortes de chiffres circulent concernant l’ampleur de l’effort budgétaire que le gouvernement doit fournir. Je ne vais pas me cantonner à un seul chiffre, mais je peux affirmer que le col que nous devons gravir, qui était déjà considérable au départ, semble devenir de plus en plus raide au fil du temps.

J’ai parfois l’impression d’être comme le personnage de Sisyphe : dans le contexte géopolitique et géoéconomique actuel, je pousse la petite boule vers le haut, mais elle redescend aussitôt.

Les variables qui déterminent le montant à assainir évoluent constamment et, malheureusement, pas dans le bon sens. La Banque nationale constate que la situation géopolitique reste incertaine et que la croissance économique sera, dans le meilleur des cas, modérée. Comme le Fonds monétaire international (FMI) et les agences de notation, le gouverneur de la Banque nationale reconnaît en outre que le gouvernement a déjà fourni un bon travail en réduisant les dépenses. Il constate que la hausse des charges d’intérêt, entre autres, annihile en partie cet effort. C’est une analyse correcte. Nous avons déjà abattu un travail colossal, mais il en faut davantage pour sortir ce pays de l’ornière financière.

En attendant, nous travaillons en coulisses à la conception du plan d’assainissement. Le Comité de suivi fournira une nouvelle estimation de l’objectif le 6 juillet 2026.

Je constate avec vous que, sur la scène publique également, tout bouge et que de nombreuses déclarations sont faites. Je les lis juste après avoir lu l’interview de Paul De Grauwe, si vous voyez ce que je veux dire. Ce n’est donc pas le cas.

Indépendamment de toutes les déclarations possibles auxquelles vous aimez faire référence et sur lesquelles vous me demandez bien sûr mon avis…

Au-delà de toutes les explications possibles auxquelles vous aimez faire référence et sur lesquelles vous me demandez bien sûr mon avis, que je ne vous donnerai toutefois pas, la voie à suivre est claire. Ce sera difficile. Il faudra mettre sur la table plusieurs milliards d’euros pour maintenir la viabilité financière de ce pays. Il s’agit en effet de la viabilité financière de ce pays.

Si vous me demandez quel est l’effort minimal requis, c’est celui qui est nécessaire pour respecter la norme européenne en matière de dépenses. Pour être honnête, des efforts plus importants que cela sont nécessaires. Ce n’est que la première étape. La Banque nationale de Belgique le souligne également. Nous espérons toutefois atteindre notre but étape par étape.

Le contenu du paquet fera l’objet d’une discussion au sein du gouvernement. Vous le comprenez bien. Je comprends l’empressement que vous avez à vouloir que tout soit débattu maintenant et que vous ayez également de fantastiques propositions. Je l’apprécie et j’en prends note. Vous savez très bien que ce paquet ne fera pas l’objet d’un débat public, du moins pas entre vous et moi. Je ne peux que souscrire aux propos du gouverneur Wunsch lorsqu’il affirme qu’il serait bon de ne pas tracer trop de lignes rouges dans un exercice d’une telle envergure.

J’aimerais peut-être y ajouter, à titre personnel et à bon entendeur, qu’il est également bon de ne pas mettre trop de propositions farfelues sur la scène. En général, cela n’aide pas vraiment à parvenir à un résultat. Je peux me tromper.

Que l’appel de Wunsch et l’appel que je viens de lancer fassent impression sur les présidents de parti de la coalition, j’en doute. Qu’ils fassent la moindre impression sur vous, j’en suis certain que non. Ce n’est cependant pas ma tâche de mener ici un débat enflammé avec vous. Ma tâche est de parvenir au sein du gouvernement à un accord budgétaire largement soutenu dans des circonstances extraordinairement difficiles. Je ne ferai donc pas de déclarations publiques supplémentaires à ce sujet. Je ne donnerai pas suite à vos suggestions. Je ne donnerai pas suite non plus aux suggestions des présidents de parti de l’opposition ou de la majorité.

Nous prendrons connaissance dans les prochains temps des chiffres du Comité de monitoring et, à partir de là, nous pourrons espérer engager une discussion au sein du gouvernement. Cette discussion ne prendra fin que lorsqu’il y aura pour moi un résultat satisfaisant pour faire bonne figure en Europe.

Ma réplique : 

Monsieur le premier ministre, c’est toujours la même rengaine. Vous nous dites que l’effort sera difficile, que la situation est terrible et que nous devons atteindre des objectifs budgétaires. Pourtant, monsieur le premier ministre, vous savez très bien qu’un budget est un projet de société destiné aussi à réaliser des objectifs politiques. On n’atteint pas un budget pour un budget, pas plus qu’on n’atteint un équilibre budgétaire pour un équilibre budgétaire. Quand on est premier ministre, contrairement peut-être à un chef d’entreprise, on résout les problèmes et les difficultés, et on fait face à des enjeux adressés aux politiques à travers des choix politiques budgétaires. C’est précisément là que vous tentez de modifier le cadrage du débat, alors que ce sont les vrais enjeux que vous devez mettre sur la table.

La crise climatique, qui frappe aujourd’hui notre population de plein fouet et qui fera des morts, nous le savons, doit figurer parmi les projets que vous mettez sur la table et qui orientent vos choix politiques. Agir autrement relève de l’irresponsabilité. Voilà pour mon premier point.

Mon second point concerne le train de réformes extrêmement dures que vous imposez à la population depuis un an et demi, au motif qu’il s’agit d’efforts nécessaires. Quel est le constat aujourd’hui? Vous êtes en échec. Ces mesures n’ont pas porté leurs fruits et vous devez absolument revoir votre logiciel. Par ailleurs, ces mesures lourdes que vous mettez en place au niveau fédéral sont renforcées par des mesures régionales qui impactent les finances communales et pèsent, elles aussi, sur la population.

À tous les étages – puisque ce sont les mêmes partis qui dirigent au gouvernement wallon, à la Fédération Wallonie-Bruxelles et au fédéral du côté francophone –, vous nous affirmez, le MR et Les Engagés à vos côtés, que, quand tout le monde doit faire des efforts, les services publics doivent participer à l’effort collectif. C’est un mensonge! Faire des économies dans les services publics revient inévitablement à en diminuer la qualité. Finalement, on demande aux citoyens une contribution plus importante à l’État tout en réduisant leur pouvoir d’achat. Et le service rendu en contrepartie, principe même des service publics, est dégradé ou son coût augmente et devient moins accessible.

 Je voudrais donc que l’on cesse de prendre les citoyens pour des imbéciles et que l’on s’attaque véritablement à l’injustice fiscale qui frappe notre pays. Allons enfin chercher l’argent là où il se trouve: dans les poches des grands patrimoines, des grosses fortunes et des entreprises qui réalisent des surprofits, notamment dans le secteur de l’énergie.