Question posée le 20 octobre 2026 en commission au ministre de l’Égalité des Chances, Rob Beenders. Le compte-rendu est à retrouver ici.

Monsieur le ministre,

Un rapport 2025 d’Unia démontre une grande prévalence de discrimination basée sur l’âge dans notre pays. En effet, plus de la moitié des personnes de moins de 30 ans déclarent avoir été victimes de discrimination, après quoi ce pourcentage diminue fortement, puis augmente à nouveau progressivement avec l’âge, pour atteindre plus de 53% dans le groupe d’âge le plus âgé. Ces chiffres sont très élevés, mais correspondent à d’autres résultats passés: 41% des belges francophones de 55ans+ ont déclaré avoir déjà été traités de manière injuste en raison de leur âge et 44% des belges ont répondu être victime d’âgisme et jeunisme dans le European Social Survey de 2008.

Les domaines où ces personnes étaient discriminées varient selon l’âge : c’est surtout le domaine de la digitalisation (30%) et le travail (21.5% pour les 51-60 ans) pour les personnes âgées, et pour les jeunes on retrouve de la discrimination à l’emploi également (>30% avant 30 ans) et à la location et l’achat de biens immobiliers (36% pour les 20-24 ans). D’autres domaines comme les services financiers, les soins de santé et la mobilité sont concernés.

Au niveau de l’emploi spécifiquement, il s’agit principalement d’être rejeté pour un poste chez les groupes d’âge plus jeunes et plus âgés. Chez les jeunes (16-30 ans), il s’agit aussi de ne pas être pris au sérieux par des collègues ou des clients. Ils sont également plus souvent victimes de remarques ou de blagues déplacées sur leur âge. À partir de 61 ans, la discrimination fondée sur l’âge concerne aussi le départ à la retraite forcé.

Monsieur le ministre,

  • Face à ces constats, quelles mesures comptez-vous entreprendre ?
  • Comment articulez-vous les discriminations à l’emploi des jeunes avec les décisions prises dans votre gouvernement rendant l’accès au marché du travail plus dur pour les jeunes, comme la suppressions de quotas ?
  • Comment articulez-vous les discriminations à l’emploi des personnes âgées de 51-60ans et la non-prise en compte de l’age dans la réforme de votre collègue Clarinval sur l’exclusion des demandeurs d’emploi ? Pourquoi ne pas avoir fait une exception pour ce groupe-cible ? Pourquoi n’avoir pas mis en place des structures d’accompagnement plus poussés ?

Je vous remercie.

La réponse du ministre :

Madame Schlitz, je vous remercie pour votre question très importante.

L’âge reste un facteur de discrimination trop souvent négligé. L’étude d’ Unia a le mérite de mettre cette réalité en lumière et d’en mesurer l’ampleur. C’est pourquoi j’ai prévu de lancer d’ici la fin de l’année une campagne de sensibilisation aux discriminations liées à l’âge sur le marché du travail. Cette campagne visera à déconstruire les stéréotypes qui touchent les chercheurs d’emploi et les travailleurs de plus de cinquante ans. Elle devra également fournir aux entreprises des outils concrets pour adapter leurs procédures de recrutement et prévenir les discriminations liées à l’âge tout le long de la relation de travail.

En ce qui concerne les jeunes, nous maintenons la convention du premier emploi. Il s’agit d’un outil flexible qui préserve les mécanismes favorisant l’insertion sur le marché du travail, tout en limitant la charge administrative pour les entreprises. Plus largement, je suis en train d’examiner les recommandations formulées par Unia en avril dernier afin d’identifier les mesures complémentaires qui pourraient être prises pour lutter contre ce type de discrimination.

Il importe également de rappeler que les discriminations liées à l’âge se combinent souvent avec d’autres critères discriminatoires, notamment le genre, l’origine ou l’état de santé – ce qui en renforce les effets. C’est pourquoi notre action doit être transversale. Plusieurs initiatives sont prévues sur ces différents fronts, notamment dans le cadre du plan d’action contre le racisme, du plan d’action contre les violences fondées sur le genre et du plan d’action LGBTQIA+. Ces différents plans contribueront également à la lutte contre les discriminations liées à l’âge. Je vous remercie de votre attention. 

Ma réplique : 

Monsieur le ministre, je vous remercie. 

L’annonce d’une nouvelle campagne constitue une bonne nouvelle. Cependant, des réformes socio-économiques de grande ampleur ont été entreprises par ce gouvernement, en particulier l’exclusion des chômeurs et de personnes de plus de cinquante-cinq ans qui ont parfois été éloignées de l’emploi pendant des années. Les intéressés nous rapportent qu’il est difficile d’obtenir, ne fût-ce qu’une réponse d’un employeur ou une invitation à un entretien en vue de décrocher un emploi, étant donné l’état du marché du travail: les postes sont en effet bien moins nombreux que les candidats à un emploi.

Par ailleurs, d’autres réformes viennent contrecarrer leurs démarches. Je pense à la généralisation des flexi-jobs, les jobs étudiants, l’extension des heures supplémentaires volontaires, à telle enseigne que de nombreuses heures de travail sont accaparées par des gens qui travaillent déjà au détriment de ceux qui cherchent désespérément un boulot.