Question d’actualité posée en séance plénière au ministre de l’Intérieur, Bernard Quintin. Le compte-rendu intégral est à retrouver ici.
Ma question :
Monsieur le ministre, il paraît que vous étiez à Liège ce matin. C’est dommage, nous nous sommes loupés. En revanche, j’ai pu lire dans la presse que vous aviez déjà trouvé les coupables des dégradations: les parents et les écoles.
Laissez-moi vous dire, monsieur le ministre, que les pillages n’ont fait plaisir à personne à Liège. Nous espérons que les commerçants, les restaurateurs, qui se trouvent déjà dans de grandes difficultés, notamment en raison de mesures prises par votre gouvernement, rouvriront rapidement, avec l’aide de la Ville. Non, les dégradations ne font plaisir à personne: ni aux parents qui sont inquiets pour leurs enfants ni aux écoles qui font face, chaque jour, à la détresse de leurs élèves.
Monsieur le ministre, avez-vous au moins entendu les élèves qui manifestent? Il est quand même dommage que vous ne soyez pas resté un peu plus longtemps ce matin pour entendre les revendications extrêmement légitimes et concrètes qu’ils avaient à vous adresser.
Avez-vous même conscience du malaise énorme présent dans la jeunesse? Cela fait des mois qu’ils le disent, mais c’est seulement maintenant que vous vous en préoccupez. Les élèves aujourd’hui, dans les classes, sont face à des profs qui sont acculés et désespérés, dans des bâtiments délabrés. À présent, on leur annonce que l’abonnement de bus va passer de 12 à 384 euros. Le minerval, quand ils voudront débuter des études supérieures, va leur coûter 1 200 euros. Les kots sont hors de prix, et ils devront bosser toujours plus pour payer leurs études.
Quid des jeunes qui veulent trouver un boulot? La fin des quotas de jeunes en entreprise, la réintroduction des périodes d’essai: voilà le bilan de votre gouvernement. À plus long terme, c’est travailler plus longtemps, dans de moins bonnes conditions pour toucher, au bout du compte, une pension moindre. Face à la menace d’être remplacé par l’IA, aucune solution n’est apportée et, évidemment, rien du tout pour le climat!
Alors, monsieur le ministre, quelle réponse politique allez-vous apporter à ce mouvement? Je vous remercie.
Réponse du ministre :
Mijnheer de voorzitter, mesdames et messieurs les représentants de la Nation, j’ai eu l’occasion de le dire ce matin à Liège – où, madame Schlitz, nous ne nous sommes pas croisés parce que je suis arrivé probablement un peu tôt –, les débordements qui ont eu lieu ces derniers jours sont absolument inacceptables!
La preuve qu’il est possible de manifester pour ses droits sans tout casser, c’est que cela s’est fait. Je l’ai vu hier des fenêtres de mon bureau. Deux cents ou 300 élèves sont venus manifester à Bruxelles aux abords du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles sans rien casser, sans rien brûler. C’est donc possible, et cela rend d’autant plus inacceptable ce qu’il s’est passé ces derniers jours à Liège. Cela doit être clair pour moi – et, j’espère, pour tout le monde.
Mon soutien aux forces de police, qu’elles soient locales ou fédérales, est évidemment plein et entier. Je tiens à signaler qu’il y a une quarantaine de blessés du côté des forces de l’ordre – heureusement, des blessés légers. Il n’y en a aucun du côté des protestataires. Cela, je veux aussi le souligner.
Je veux souligner le renforcement qui a été donné à la zone de police de Liège, dont je salue le travail, par les zones de police locale de Bruxelles, d’Anvers et de Gand ainsi que par la police fédérale.
Laat me duidelijk zeggen dat geweld tegen politie onaanvaardbaar is. Personen die geweld plegen op politieagenten, zullen mij op hun weg vinden. Rust en veiligheid zijn het belangrijkste.
C’est cela qui est important. Les jeunes ont le droit de s’exprimer pacifiquement mais il faut aussi que l’on prenne toutes les mesures.
Alle maatregelen van het nieuwe Strafwetboek moeten worden toegepast. Onmiddellijk moet het principe worden ingevoerd dat wie schade aanricht, betaalt. Tal van maatregelen, zoals de identificatie via camera’s, moeten nu worden genomen.
Les autorités locales doivent aussi activer tous les leviers qui sont en leur possession – je dis bien tous les leviers qui sont en leur possession –, entre autres via la police administrative et l’approche administrative. Une mesure d’interdiction comme celle qui a été prise ce matin et annoncée hier soir aurait, à mon sens, pu être prise plus tôt. Elle aurait probablement évité les très graves problèmes que nous avons connus hier, dont le pillage de certains magasins.
Ces mesures doivent être prises. Qu’on le veuille ou non, vous les avez votées ici à la Chambre. Elles sont donc légales. Je trouve un peu bizarre qu’aujourd’hui, dans cette même Chambre, on considère qu’elles ne sont pas démocratiques alors qu’elles ont été votées ici, à la Nation représentée. Il me semble dès lors qu’elles ont tout leur lieu d’être. Elles n’empêchent pas de manifester. Elles empêchent simplement de tout casser et on les met en place. De même, il faut continuer à renforcer les sanctions administratives avec une augmentation du montant des amendes et un accès rapide aux bases de données.
Iedereen moet echter zijn verantwoordelijkheid nemen. De politie heeft haar verantwoordelijkheid genomen, maar er zijn ook andere verantwoordelijkheden. Zoals ik vanmorgen heb gezegd, dragen ook de ouders verantwoordelijkheid. Ze moeten hun kinderen in de gaten houden. Dat is voor mij heel duidelijk.
On parle ici d’élèves. Je suis peut-être un peu vieux mais pour moi, on est étudiant une fois qu’on rentre dans l’enseignement supérieur. On parle donc ici d’élèves, donc de mineurs. On parle d’un garçon de 13 ans qui a été arrêté parce que sur internet, il annonçait à ses camarades comment il pouvait aller mettre le feu à son école. C’est de ça dont on parle. On parle de jeunes qui cassent des abribus, qui brûlent des poubelles, qui pillent des magasins. Il me semble qu’il y a une responsabilité pour les parents. Ils doivent être tenus responsables et ils doivent en assumer les conséquences jusqu’au bout.
Il y a une responsabilité, me semble-t-il, aussi au niveau du corps enseignant, et peut-être aussi au niveau d’un certain nombre de regroupements d’entre eux. Peut-être Mars Attack ferait-il bien de revenir sur Terre. Il faudrait des professeurs qui pourraient encourager leurs élèves à aller au cours plutôt que d’aller protester violemment dans la rue.
Il y a aussi une responsabilité des mouvements extrémistes. Oui, j’ai parlé des antifa ce matin dans les médias, parce que j’ai assisté aux deux briefings qui ont été donnés au cours desquels il a été indiqué par les forces de l’ordre, qui me semblent mieux renseignées que quiconque sur le sujet, que les antifas infiltrent ces mouvements d’élèves et les invitent à la violence, ce que je trouve singulièrement irresponsable. J’en ai vu trois à mon arrivée à 6 h 20 au commissariat. Les trois qui étaient devant le commissariat, étaient un peu surpris d’ailleurs de nous voir arriver. Ils n’avaient pas entre 12 et 16 ans. C’étaient des adultes, certainement aussi de ce groupement antifa. À 6 h 30 les jeunes dormaient peut-être encore.
Il me semble qu’on peut attendre ici de chacune et de chacun qu’on puisse dénoncer la violence sans détour et de ne pas trouver d’excuse. Je sens qu’on veut me rendre comptable de ce qui doit se passer au niveau du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles et des décisions du gouvernement. Je serai comptable, en tout cas, de mon action.
Vous m’expliquerez, monsieur Magnette, en quoi détruire des abribus va régler l’état du monde, puisque vous avez dit qu’ils étaient inquiets à ce sujet. Je me soucie, en tout cas, de faire mon job, qui est d’assurer l’ordre et la tranquillité publique. C’est le rôle du ministre de la Sécurité et de l’Intérieur et c’est ce que je fais.
Mijnheer Depoortere, dat de daders de schade moeten betalen, is voor mij heel duidelijk. Zowel de lokale als de federale politie zullen klacht indienen.
Monsieur Boukili, nous n’apportons pas une réponse répressive à des revendications. En revanche, nous devons répondre aux actes de vandalisme, et il me semble que c’est précisément notre responsabilité. C’est d’ailleurs la mission qui m’incombe en tant que ministre de l’Intérieur: veiller à ce que l’ordre et le calme règnent. Nous ne nous attaquons pas aux jeunes; au contraire, nous les protégeons. Nous les protégeons notamment en les empêchant de commettre des actes irréparables.
Madame Hansez, en ce qui concerne la gestion négociée de l’espace public, celle-ci prévoit effectivement une gestion différenciée selon les publics qui participent aux manifestations. De la même manière, la formation de base et la formation continuée des policiers prévoient une approche spécifique lorsqu’il s’agit d’appréhender des mineurs ou des adultes. Cela est parfaitement clair.
Monsieur Bouchez, oui, je pense qu’il est temps d’agir vis-à-vis des réseaux sociaux, en particulier d’interdire TikTok. Je rappelle d’ailleurs que cette application est interdite pour les ministres. Chacun devrait dès lors se poser la question de l’utilisation de TikTok, surtout lorsque l’application se trouve sur le même téléphone que celui qui contient l’ensemble de nos échanges.
Mijnheer Dedecker, ik heb over antifa gesproken. Als het regent in Parijs, dan druppelt het in Brussel, hebt u gezegd.
Alors, vous me trouverez comme parapluie. Je vous remercie.
Ma réplique :
Monsieur le ministre, je vous ai parlé des revendications des jeunes, du malaise profond qui existe aujourd’hui au sein de notre jeunesse, une jeunesse qui se sent acculée par l’ensemble des mesures prises par les différents niveaux de pouvoir auxquels votre parti participe. Vous me répondez par du sécuritaire, de la musculation et quelques provocations.
J’avais pourtant adressé cette question au premier ministre. C’est vous qui représentez aujourd’hui le gouvernement et qui vous exprimez en son nom. Vous méprisez les enseignants, qui attendent depuis des mois un dialogue et des solutions concrètes, et les élèves, en les présentant comme de petites choses manipulées, incapables de penser par elles-mêmes. Je me demande comment vous étiez, vous, à leur âge.
J’entends certains collègues répéter qu’il faut que les auteurs des dégradations paient. Mais enfin, c’est la loi! La loi prévoit déjà que quelqu’un qui casse quelque chose paie les dégâts. Nul besoin de le rappeler ici.
Je voudrais tout de même vous suggérer quelques idées. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à une jeunesse en souffrance face à un manque de respect démocratique. La jeunesse n’a pas le droit de vote et, dans le même temps, ne dispose d’aucun véritable espace pour peser sur les décisions qui la concernent directement. À quel moment associe-t-on ces jeunes aux décisions qui hypothèquent leur futur à court, moyen et long terme?
Plutôt que de nous servir votre soupe sécuritaire, discutez avec vos homologues des régions. Parlez du refinancement de l’enseignement. Aujourd’hui, nous avons besoin d’investir dans notre jeunesse et dans nos écoles. Il est inacceptable d’avoir des bâtiments dans un tel état.
Monsieur le ministre, vous pouvez afficher cet air de mépris, mais si vous souhaitez une sortie de crise par le haut, il faudra apporter des solutions constructives (…)

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