Question posée en commission au ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke. Le compte-rendu intégral est à retrouver ici.

Ma question : 

Monsieur le ministre, j’ai déposé cette question il y a quelques semaines. Alors qu’une nouvelle vague de chaleur était annoncée, l’OMS rappelait un chiffre extrêmement lourd: plus de 200 000 personnes sont décédées en Europe ces quatre dernières années en raison des vagues de chaleur extrême. L’OMS insiste sur un point essentiel: ces décès ne relèvent pas d’une fatalité. Une grande partie d’entre eux pourraient être évités par des politiques de prévention et de protection adaptées.

Les vagues de chaleur ne sont plus des anomalies météorologiques exceptionnelles, comme certains de vos collègues aiment le penser. Elles deviennent un risque récurrent, prévisible, aggravé par le dérèglement climatique, avec des effets importants sur la santé physique et mentale.

Elles ne touchent pas tout le monde de la même manière. Les personnes âgées, les personnes malades chroniques, les personnes en situation de handicap, les personnes isolées, les travailleurs exposés à la chaleur, mais aussi les personnes vivant dans des logements mal isolés ou dans des quartiers très minéralisés, sont davantage vulnérables à ces vagues de chaleur. 

Vous l’aurez compris: c’est une question d’inégalités sociales, de santé publique et de protection sociale. 

Plusieurs travaux récents, notamment le rapport PRETS piloté par l’UCLouvain avec l’ULB et Sciences Po Paris, posent une question de fond: notre sécurité sociale est-elle suffisamment armée pour protéger les citoyens face aux risques sociaux-écologiques? Elle a été construite pour répondre aux grands risques sociaux classiques (maladie, chômage, vieillesse, invalidité) mais elle doit désormais aussi intégrer des risques liés au dérèglement climatique (vagues de chaleur, inondations, pandémies, pertes de revenus liées aux catastrophes, ou encore transformations de l’emploi liées à la transition).

Monsieur le ministre, partagez-vous le constat selon lequel les risques climatiques, et en particulier les vagues de chaleur, doivent désormais être pensés comme des risques sociaux à part entière, appelant une réponse de la sécurité sociale?

Une réflexion est-elle menée au niveau fédéral sur l’adaptation de notre sécurité sociale à ces risques socio-écologiques, afin de passer d’une logique de réparation après crise à une logique d’anticipation, de prévention et de protection?

Comment entendez-vous prendre en compte les vulnérabilités spécifiques liées à la chaleur (santé, âge, handicap, isolement, précarité, logement, exposition professionnelle) dans les politiques de santé publique et de sécurité sociale? 

Réponse du ministre :

Madame Schlitz, je partage votre constat sur la gravité du phénomène. Les chiffres de l’Organisation mondiale de la Santé sont préoccupants et confirment ce que les services de santé publique observent déjà depuis plusieurs étés. Les vagues de chaleur ne sont plus des épisodes exceptionnels, mais un risque climatique récurrent dont l’impact sanitaire touche de manière disproportionnée les personnes âgées, malades chroniques, isolées ou en situation de précarité de logement. Cet été l’a une nouvelle fois montré de manière particulièrement claire.

À la suite de la surmortalité importante observée lors des épisodes de chaleur, j’ai demandé au Risk Management Group de formuler des recommandations afin de renforcer notre approche.

En juillet, le Conseil des ministres fédéral a par ailleurs donné son feu vert à l’élaboration d’un plan chaleur renouvelé, qui placera encore davantage la protection des personnes vulnérables au centre de notre action. Une attention particulière est notamment accordée aux personnes souffrant de problèmes de santé préexistants, y compris des troubles psychiques, aux personnes prenant certains médicaments, aux personnes âgées, aux personnes socialement isolées, aux personnes en situation de vulnérabilité socio-économique ainsi qu’aux résidents des établissements de soins et d’hébergement.

Le dérèglement climatique modifie les risques auxquels notre société doit répondre, y compris notre protection sociale. Les différentes branches à risque de la sécurité sociale intègrent déjà les conséquences de la dimension climatique. À mon avis, créer un nouveau risque social au sens technique du terme, avec ce que cela implique en matière de financement, de gestion et de répartition des compétences, ne semble donc pas l’approche qui doit être envisagée.

Par exemple, mon administration a commandité en 2024 la recherche universitaire que vous mentionnez, le projet PRETS – mené par l’UCLouvain, l’ULB et Sciences Po Paris, de manière indépendante – précisément pour examiner cette question. Le rapport a été remis en 2025.

Vu que notre sécurité sociale repose sur une gestion paritaire, une question de cette portée, qui touche à la définition même des risques couverts et à leur financement, ne peut se construire sans les partenaires sociaux qui sont cogestionnaires du système. Concrètement, j’entends donc saisir le Conseil National du Travail de cette question prospective et de la réflexion menée.

Ma réplique :

Monsieur le ministre, je vous remercie pour vos réponses.

Vous évoquiez certaines pistes et un certain volontarisme pour avancer sur la question. Je pense qu’aujourd’hui, cette question doit s’inviter dans l’ensemble des discussions du gouvernement. Le conclave budgétaire est désormais entamé. Sachant que les vagues de chaleur de cet été ont coûté 6 milliards d’euros à l’économie, aujourd’hui, on ne peut plus nier ce risque, nier ses conséquences et simplement faire reposer sur les individus les impacts, aussi bien financiers qu’en matière de santé, de ces vagues de chaleur.

Une demi-journée de canicule équivaut à un jour de grève en termes d’impact sur nos entreprises. C’est donc pour un ensemble de secteurs, et à tous les niveaux, qu’il faut agir dès maintenant pour faire en sorte d’avoir une approche collective, pour collectiviser davantage les risques liés à cette nouvelle réalité.

Cela va évidemment de pair avec des mesures fortes visant à atténuer nos émissions et ainsi limiter l’impact du dérèglement climatique, afin que la situation ne s’aggrave pas encore davantage.