Question d’actualité posée en séance plénière au ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke. Le compte-rendu intégral est à retrouver ici.
Ma question :
Monsieur le ministre, pour boucler votre budget, vous et votre gouvernement êtes à la recherche de 10 milliards d’euros. Or il apparaît de plus en plus clairement que vous puiserez de l’argent dans les soins de santé. Certes, ce ne sera clairement pas via cette mesure loufoque visant à mettre en place une franchise de 500 euros – nous savons très bien que ce n’est pas cela qui décidé –, mais via des économies, comme vous en avez déjà prévu: à savoir un montant de 638 millions d’euros d’ici 2029, qui sera déjà difficile à atteindre. Ces économies ont non seulement été acceptées par des partis comme Les Engagés, qui avaient pourtant promis d’augmenter le budget de la santé, soit dit en passant, mais vous en préparez d’autres, alors qu’il faudrait faire exactement le contraire. Nous vivons en effet dans un pays où une personne sur deux reporte des soins, faute de moyens, alors que nous connaissons la nécessité de se soigner rapidement pour éviter des surcoûts ultérieurs, dans un pays où il faut attendre six mois pour obtenir un rendez-vous chez l’ophtalmologue, dans un pays où 60 % des infirmières ne travaillent pas en tant qu’infirmières, dans un pays où les services d’urgence débordaient voici à peine deux semaines en raison de la vague de chaleur.
Vous l’aurez compris, monsieur le ministre, je ne veux pas savoir si vous allez instaurer une franchise de 500 euros. En revanche, je souhaite savoir quel montant vous comptez récupérer dans le secteur des soins de santé. Quelle facture arrivera, in fine, sur la table des patients? Comptez-vous également plafonner le salaire des soignants, dégrader leur qualité de vie ou augmenter leur temps de travail? Bref, dites-nous ce qui est sur la table en matière d’économies dans les soins de santé.
Réponse du ministre :
Chers collègues, je tiens à être très clair dès le départ : nous ne comblerons jamais le déficit budgétaire aux dépens des personnes malades. Tant que je ferai partie du gouvernement fédéral, cela n’arrivera pas. Il est facile et lâche de dire qu’avec l’idée d’une telle franchise, nous faisons payer immédiatement les personnes qui tombent malades, ainsi que chaque enfant malade et chaque conjoint malade, afin de récolter ainsi quelques milliards. C’est tellement lâche, tellement effronté, tellement injuste. Jamais.
Chers collègues, il y a peut-être d’autres partis qui voient les choses différemment, car sinon, l’INAMI n’aurait pas reçu pour instruction de calculer cela. On a demandé d’où cela venait. Eh bien, le Premier ministre et le ministre du Budget ont recueilli les propositions des partis. Les partis ont soumis des propositions et, apparemment, celles-ci en faisaient partie. L’INAMI a reçu pour instruction de calculer cela. Il ne s’agit donc pas non plus d’un rapport de l’INAMI. Si vous le lisez, vous constaterez en effet que même parmi les collaborateurs de l’INAMI, des questions se sont posées sans grand doute quant à ce qui était réellement proposé ici.
Reconnaissons que nous sommes confrontés à une tâche budgétaire extrêmement difficile. Je pense que nous devons être clairs quant à l’objectif et à la méthode. L’objectif est d’assurer l’avenir de l’État-providence et de veiller à ce qu’il reste debout, et non de le détruire. L’objectif est également de pouvoir continuer à investir à l’avenir dans les soins de santé, dans de meilleurs soins dentaires, dans de meilleurs soins de santé mentale, dans de nouveaux médicaments indispensables et souvent coûteux, ainsi que dans le personnel soignant. Nous devons nous laisser une marge de manœuvre pour réaliser ces investissements indispensables. Pour cela, il faut réformer. Pour cela, il faut également mettre de l’ordre dans le budget. Tel est l’objectif, et aucun autre.
Chers collègues, en ce qui concerne la méthode, je tiens à dire ceci. Nous n’y parviendrons pas si nous érigeons d’emblée toutes sortes de tabous ou si nous disons ce qui n’est pas possible. Soyons donc honnêtes et clairs.
Nous devrons rechercher des recettes supplémentaires de manière équitable et réfléchir aux dépenses. Tous les ministres devront présenter des propositions, qu’il s’agisse des Affaires intérieures, des Affaires étrangères, de la Justice, de la Fonction publique, des Affaires sociales ou de la Santé. Chacun devra faire des propositions. Je m’y attelle moi-même pleinement et je m’y prépare.
J’ai toutefois un tabou. Il faut en effet que cela soit équitable. L’objectif est de maintenir le système de santé à flot. Il serait donc totalement injuste de faire payer d’avance à tout le monde, de manière brutale, les soins de santé.
C’est en effet notre tabou.
Donc, que les choses soient claires : jamais nous ne comblerons le déficit budgétaire sur le dos des personnes malades. Cela n’arrivera pas, tant que je ferai partie du gouvernement fédéral. Comme je viens de le dire, une tâche difficile nous attend. Il faudra agir dans tous les secteurs, partout, sans aucun doute, mais la justice sociale et l’équité dans l’effort constituent pour nous un tabou essentiel.
J’en viens à quelques questions qui ont été posées.
J’espère que nous pourrons discuter de ce type de propositions lors de l’élaboration du budget, afin de réformer ce qui doit l’être, de redresser ce qui doit l’être et, surtout, de garantir davantage de justice sociale, aujourd’hui et à l’avenir.
Ma réplique :
Monsieur le ministre, merci pour vos réponses.
Savez-vous ce qui rapporte gros? Une population en bonne santé et bien soignée. Avec ce gouvernement, vous devez effectuer un travail de pédagogie pour investir davantage dans la prévention. Car ce gouvernement continue à donner des dérogations qui exposent nos citoyens à des pesticides et des substances néfastes, alors qu’on peut protéger leur santé. Vous pouvez par exemple interdire la publicité pour la malbouffe, il y a des tas de choses qu’on peut faire dans ce genre.
Ensuite, vous pouvez faire en sorte qu’il y ait davantage de spécialistes, et réduire les délais d’attente. C’est essentiel pour soigner assez tôt les pathologies.
Troisièmement, vous pouvez soutenir les dispositifs de première ligne, comme les maisons médicales qui, le rapport du KCE le prouve, font faire des économies au secteur des soins de santé. Ou encore agir pour le bien-être au travail plutôt que d’en demander toujours plus aux travailleurs et aux travailleuses. Voilà un plan de bataille efficace et utile sur le long terme!

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