Question écrite posée au ministre des Affaires sociales, David Clarinval. Le compte-rendu intégral est à retrouver ici.
Ma question :
Monsieur le ministre,
Selon un récent rapport du Bureau du Plan consacré au travail étudiant, le recours à celui-ci a fortement augmenté ces dernières années (+58 % entre 2017 et 2024), à un rythme largement supérieur à celui de l’emploi régulier.
Le rapport rappelle également que la littérature scientifique met en évidence qu’au plus un étudiant travaille, au plus les effets négatifs se répercute sur les performances scolaires et la durée des études. Les effets positifs sur l’insertion professionnelle apparaissent, quant à eux, limités et concernent surtout les emplois en lien avec les études. Enfin, le Bureau du Plan estime que ses analyses suggèrent l’existence d’un phénomène de substitution entre travail étudiant et emploi régulier peu qualifié.
Ces constats sont à l’opposé de la trajectoire poursuivie par le gouvernement, qui consiste à élargir progressivement le recours au travail étudiant (augmentation à 650h et élargissement à 15 ans). Le rôle premier d’un étudiant est d’aller au cours, de rédiger ses travaux et d’étudier et non de travailler pour financer ses études ou et besoins essentiels.
Monsieur le ministre,
- Comment interprétez-vous les conclusions du Bureau du Plan relatives aux effets d’un travail étudiant intensif sur la réussite des études ?
- Considérez-vous préoccupant le risque de substitution entre travail étudiant et emploi régulier peu qualifié mis en évidence par le rapport ? Entendez-vous objectiver ce phénomène et, le cas échéant, prendre des mesures pour l’éviter ?
- Êtes-vous disposé à examiner une évolution du statut afin que les périodes de travail étudiant ouvrent également des droits sociaux, notamment en matière de pension et d’assurance chômage, au lieu de constituer une forme d’emploi largement exonérée de cotisations sociales ?
Je vous remercie.
Réponse du ministre :
Le travail étudiant remplit un double rôle : d’une part, il aide les entreprises à faire face aux pics temporaires de la demande de main-d’œuvre; d’autre part, il offre aux jeunes une première expérience professionnelle et une première entrée en matière accessible du marché du travail. Ils apprennent à connaître le marché du travail, développent un réseau, apprennent à gérer des responsabilités et leur premier salaire. Ce sont là autant d’atouts précieux pour la suite de leur carrière. Cette vision est à la base de la réforme du travail étudiant comme cela a été repris dans l’accord de gouvernement. Cette réforme peut ainsi contribuer à atteindre un taux d’emploi élevé.
L’analyse du Bureau fédéral montre que l’on fait de plus en plus appel aux étudiants jobistes ces dernières années, que le travail étudiant, lorsqu’il dépasse un certain niveau, peut avoir une incidence tant sur les résultats scolaires que sur la durée des études, mais que l’on observe également des effets positifs sur l’insertion sur le marché du travail après les études.
Par ailleurs, elle pointe également que l’extension à 650 heures de travail ne concerne que 5 % des étudiants jobistes. La réduction d’impôt n’aurait aucun impact, et l’extension à tous les étudiants âgés de 15 ans ne concernerait que 1 % des étudiants jobistes.
Enfin, l’analyse met en évidence des similitudes entre les jobs étudiants et les emplois peu qualifiés. Le Bureau du Plan affirme que cela pourrait indiquer un éventuel effet de substitution entre les deux, mais ajoute immédiatement que cet état de chose ne peut être confirmé – ou justement pas – que par des analyses complémentaires s’appuyant sur des données plus complètes.
Il va de soi qu’il convient d’assurer un bon suivi de ces réformes. Il est toutefois trop tôt pour tirer des conclusions à ce stade. En effet, bien que l’étude montre que nous devons rester vigilants face à d’éventuels effets secondaires, il est loin d’être certain que ceux-ci se produiront effectivement. Le Bureau du Plan souligne lui-même explicitement que les travailleurs classiques et les étudiants présentent des caractéristiques très différentes en ce qui concerne la durée hebdomadaire du travail, le travail le week-end et les coûts de main-d’œuvre. Dans les secteurs économiques où l’on a besoin d’une main-d’œuvre bon marché et travaillant à temps très partiel le week-end, il semble donc que le recours à des travailleurs classiques serait difficile. Dans ces cas-là, le travail étudiant ne serait guère, voire pas du tout, substituable au travail classique. Les chiffres dont nous disposons à ce jour montrent également que l’emploi classique a lui aussi continué à progresser, ce qui corrobore la nuance apportée par le Bureau du Plan.
Enfin, il est important de rappeler que le rapport du Bureau fédéral du Plan porte sur le travail étudiant et non sur la réforme de l’assurance chômage. Il ne constitue donc pas, en tant que tel, une base d’évaluation de la limitation des allocations dans le temps. Cette réforme devra être suivie et évaluée sur la base de ses propres indicateurs.

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