L’échange de vues avce le ministre du Climat, Jean-Luc-Crucke sur les canicules et le plan chaleur. Le compte-rendu peut être retrouvé ici.
Ma question :
Monsieur le ministre, la canicule, enfin les deux canicules que nous avons déjà traversées et la troisième qui vient de débuter alors que nous ne sommes que début juillet, est aujourd’hui clairement un risque climatique structurel, qui a des impacts à la fois sur la santé publique, sur les droits sociaux, sur l’accès au travail, sur l’économie également et sur les infrastructures. Le problème de ce gouvernement est de n’avoir aucune capacité; aucune possibilité d’anticipation, de vision, de proposition globale. En effet, nous avons assisté à un grand branle-bas de combat où chacun a campé sur ses postures dans une stratégie purement électorale, et non pas pour protéger la population et s’assurer de la durabilité de nos systèmes.
Je vous livre un petit bilan rapide. Durant la canicule, entre le 17 juin et le 2 juillet, il a fait jusqu’à 40°C dans les grandes villes, avec des nuits autour de 24°C, ce qui empêche le rafraîchissement nocturne pourtant indispensable. Vous comprendrez donc que la comparaison de votre collègue, le ministre de la Défense M. Francken – qui comparait 2026 à 1986, année durant laquelle il a fait au-delà des 30°C un jour, à savoir 34°C le 3 août – est évidemment complètement inconsciente.
Minimiser et traiter de paranoïaque ou de personne qui dramatiserait trop à la fois les journalistes, les scientifiques et les lanceurs d’alerte qui attirent l’attention du politique sur ces questions et sur les dangers qu’elles entraînent, est totalement inconscient, d’autant plus de la part d’un ministre de la Défense. Lorsqu’une personne censée assurer notre protection – certes sur un autre plan – tient de tels propos, elle suscite l’impression que nous ne nous trouvons pas entre de bonnes mains. Ce type de réaction demeure très interpellant.
On peut également évoquer la surcharge dans les hôpitaux et les urgences: certaines zones ont connu jusqu’à trois fois l’activité normale et le nombre d’appels au 112 a doublé, avec plus de 12 000 appels le seul samedi. On peut encore évoquer les impacts sur nos productions agricoles, et les volailles et bovins qui sont morts dans des élevages intensifs surchauffés, les poissons morts par milliers dans des étangs de pisciculture, mais aussi des cultures totalement brûlées dans des serres, avec des pertes potentielles de 20 à 30 % sur certaines céréales, cette charge devant, aujourd’hui, être assumée par les particuliers, les éleveurs et les producteurs. Sans parler de la surmortalité, estimée pour le moment à 1222 décès supplémentaires par rapport à la même période, ou encore du bébé mort d’hyperthermie.
Plus globalement, nous avons également vu des écoles fermer à certains endroits, tandis que d’autres restaient ouvertes. Certains travailleurs n’étaient plus physiquement en mesure d’aller travailler dans de telles chaleurs mais ne savaient en réalité pas à quoi ils avaient droit ou comment ils seraient protégés s’ils n’y allaient pas. Nous avons aussi vu des lieux de travail qui sont soit totalement inadaptés, soit où l’on vit hors sol, où l’on continue à mettre la climatisation à fond, où l’on continue d’imposer le costume cravate comme si de rien n’était.
Tous ces éléments démontrent une impréparation totale et un manque à la fois d’anticipation mais également de capacité de gestion de crise, cette gestion de crise qui ne peut passer, chers collègues, que par une coordination entre les différents niveaux de pouvoir.
Je suis sidérée d’entendre encore aujourd’hui, après ce bilan terrible qui va peut-être encore s’alourdir – on sait en effet que tous les morts n’ont pas encore été véritablement décomptés – je suis abasourdie d’entendre certains continuer de défendre le fait que tout se passe bien quand on gère de cette manière, certains prenant leurs petites mesures au niveau communal, d’autres au niveau provincial, au niveau des régions, etc. C’est pourtant totalement inconscient, quelles que soient ses priorités d’ailleurs: qu’on soit préoccupé par la santé et la qualité de l’environnement de nos concitoyens – c’est mon cas – ou par l’économie et le PIB, se préoccuper du climat est un enjeu essentiel. Cette désinvolture à laquelle nous assistons est totalement irresponsable et déconnectée de la réalité. Mon temps de parole touche à sa fin et ce qui m’intéresse, c’est également d’entendre les réactions du ministre.
Monsieur le ministre, quel bilan allez-vous tirer de l’ensemble de cette séquence? Quelles solutions en seront dégagées pour la suite? Des plans d’urgence seront-ils également établis, à la fois à court, à moyen et à long terme, afin de rendre notre société plus résiliente? Je vous remercie.
La réponse du ministre :
Chers collègues, la Belgique, comme une grande partie de l’Europe, traverse actuellement une nouvelle vague de chaleur exceptionnelle. Cette situation nous rappelle une évidence, déjà soulignée par plusieurs d’entre vous: le changement climatique n’est plus une perspective lointaine ni une hypothèse théorique. Il influence déjà notre quotidien, notre santé, notre économie, nos infrastructures et le fonctionnement de nombreux services publics.
Avec un réchauffement mondial désormais supérieur à 1,3°C par rapport à l’ère préindustrielle, et un continent européen qui se réchauffe près de deux fois plus rapidement que la moyenne mondiale, les conséquences sont aujourd’hui bien concrètes. Le changement climatique n’est plus uniquement une question de fonte des glaciers ou de disparition de la biodiversité, même si cela en fait partie. Il se traduit par des infrastructures mises sous pression lors des épisodes de chaleur, des récoltes affectées par la sécheresse, des services d’urgence confrontés à une hausse des interventions, des entreprises contraintes d’adapter leurs activités ou encore des personnes particulièrement vulnérables dont la santé est directement menacée.
La question n’est donc plus de savoir si nous devons nous adapter, la véritable question est désormais de savoir comment préparer notre pays à faire face à ces nouvelles réalités. Cette analyse ne relève pas d’une appréciation politique. Elle repose sur les constats établis par les instances scientifiques et, pour la Belgique, par le CERAC, qui constitue aujourd’hui notre principale référence en matière d’adaptation.
Comme pour toute politique publique, nous devons accepter que nos décisions évoluent au rythme des connaissances scientifiques. C’est précisément le rôle du CERAC, qui est notre boussole en matière d’adaptation au changement climatique.
Le Centre d’analyse des risques du changement climatique a identifié 28 risques climatiques majeurs pour notre pays et conclut que la Belgique n’est aujourd’hui pas suffisamment préparée à leurs conséquences. Le rapport conjoint du CERAC et du Bureau fédéral du Plan estime que, dans un scénario plausible, les seuls phénomènes météorologiques extrêmes pourraient représenter jusqu’à 12 % du PIB chaque année, indépendamment des autres effets économiques du changement climatique.
L’OCDE souligne également la nécessité de renforcer la cohérence de nos politiques d’adaptation.
Ces constats expliquent pourquoi l’accord de gouvernement fédéral prévoit explicitement « l’élaboration d’un plan interfédéral consacré aux phénomènes météorologiques extrêmes ». Il ne s’agit donc pas d’une réaction à l’actualité de ces derniers jours. Il s’agit de la mise en œuvre d’un engagement pris par la majorité gouvernementale afin de mieux préparer notre pays à des phénomènes qui, selon l’ensemble de la communauté scientifique, seront plus fréquents, plus intenses et plus coûteux.
J’aimerais ajouter un élément essentiel: l’adaptation au changement climatique ne peut être réduite à une simple politique environnementale et climatique. Elle constitue également une politique de santé publique, de protection civile, d’économie, de résilience, de pouvoir d’achat et de bonne gouvernance. Préparer notre pays aujourd’hui, c’est protéger nos concitoyens, préserver nos infrastructures et limiter des coûts humains et économiques qui seraient bien plus importants si nous n’anticipons pas. Investir aujourd’hui dans l’adaptation n’est pas une charge supplémentaire; c’est éviter demain des dépenses publiques, des pertes économiques et des coûts humains. C’est précisément dans cet esprit que j’ai souhaité engager cette démarche.
Pourquoi cette initiative fédérale? J’entends parfois dire que l’adaptation au changement climatique relève principalement des régions et que le niveau fédéral aurait dès lors un rôle limité. Cette affirmation n’est vraie qu’en partie. En matière d’adaptation au changement climatique, une grande partie des leviers d’action relèvent effectivement des régions, des communautés et des pouvoirs locaux. Les politiques d’aménagement du territoire, de gestion de l’eau, de prévention des inondations, de protection de la biodiversité ou encore de rénovation du bâti sont principalement exercées à ces niveaux de pouvoir.
Cette réalité institutionnelle, je la connais et la respecte pleinement. Mais il serait tout aussi erroné d’en conclure que le niveau fédéral n’aurait aucun rôle à jouer. Le fédéral dispose de compétences en matière ferroviaire, dans le cadre de la Régie des Bâtiments, en matière de défense et de protection civile ou encore en matière d’investissements stratégiques via son bras financier, la SFPIM.
Les phénomènes météorologiques extrêmes ne connaissent pas les frontières administratives. Une vague de chaleur, une sécheresse, un incendie de forêt ou une inondation ne s’arrêtent pas aux limites d’une région. Ils affectent simultanément les infrastructures de transports, les services de secours, les soins de santé, la sécurité civile, les assurances, les entreprises et, plus largement, l’ensemble de notre économie.
Autrement dit, lorsque les conséquences d’un phénomène dépassent les compétences d’un seul niveau de pouvoir, la coordination devient une responsabilité en soi. C’est précisément dans cette logique que s’inscrit l’accord de gouvernement fédéral. Celui-ci prévoit explicitement l’élaboration d’un plan interfédéral consacré aux phénomènes météorologiques extrêmes.
Il ne s’agit donc ni d’une initiative personnelle ni d’une volonté de redessiner la répartition des compétences. Il s’agit de mettre en œuvre un engagement pris par l’ensemble des partis constituant la majorité fédérale et visant à renforcer la coopération entre toutes les autorités concernées.
L’objectif n’est pas de centraliser les compétences, mais bien de mieux coordonner les politiques publiques lorsque différents niveaux de pouvoir poursuivent le même objectif. Le gouvernement fédéral n’a pas l’intention de se substituer aux régions, mais il a en revanche la responsabilité de créer les conditions d’une collaboration efficace lorsque les défis dépassent les frontières institutionnelles.
C’est dans cet esprit que j’ai pris l’initiative de réunir le ministre-président et les ministres compétents afin de travailler ensemble à la gestion des phénomènes météorologiques extrêmes, en accordant une attention particulière aux incendies de forêt, aux vagues de chaleur, aux sécheresses et aux inondations. L’accord de gouvernement fédéral part d’un constat simple : chaque niveau de pouvoir sera d’autant plus à même d’exercer ses compétences que le partage de l’information sera amélioré, que les procédures seront mieux coordonnées et que les différents niveaux de pouvoir développeront une vision commune des risques auxquels nous sommes confrontés.
Je me réjouis donc que tous les niveaux de pouvoir aient réagi positivement à cette dynamique de concertation. Les discussions ont confirmé l’existence d’une volonté commune d’aller de l’avant, dans le respect des compétences de chacun, et de mettre en place ensemble un cadre de coopération renforcé. En effet, les citoyens ne raisonnent pas en termes de répartition institutionnelle des compétences.
Ils attendent des autorités qu’elles travaillent ensemble lorsque les défis dépassent les frontières administratives. C’est cette responsabilité collective que nous avons commencé à appliquer. Notre responsabilité est donc de continuer à mieux comprendre les risques grâce à la science, à coordonner l’action publique dans le respect des compétences de chacun, à protéger nos concitoyens et à anticiper plutôt que de subir. C’est cette méthode qui guide mon action et qui continuera à la guider.
Une partie des questions qui m’ont été posées portent sur les actions déjà engagées dans le cadre des compétences fédérales. Si l’élaboration du plan interfédéral constitue une étape importante, il serait inexact de laisser penser que nous aurions attendu cette réunion pour agir. Depuis le début de la législature, j’ai poursuivi, dans le cadre de mes compétences fédérales, plusieurs chantiers qui contribuent directement à renforcer la résilience de notre pays face aux conséquences du changement climatique. Une priorité consiste à mieux connaître les risques afin de mieux les anticiper, parce qu’on ne peut protéger efficacement que ce que l’on connaît.
Le Centre d’analyse des risques du changement climatique (CERAC) nous a, par ailleurs, indiqué que les incendies de feux de végétation seront plus fréquents, plus intenses et plus difficiles à maîtriser à l’avenir. Par conséquent, nous avons financé le programme Fire4Be afin de disposer demain d’une cartographie plus précise des risques d’incendie. C’est bien dans cette logique que nous avons mobilisé 850 000 euros issus des recettes du système européen d’échange des quotas d’émissions ETS pour financer le projet Fire4Be.
Ce programme permettra d’améliorer la modélisation et la cartographie des risques futurs d’incendies de forêt sur l’ensemble du territoire belge, en complément des travaux déjà menés par le CERAC et les autres partenaires scientifiques. L’objectif est simple: disposer d’outils d’aide à la décision toujours plus fiables afin d’anticiper plutôt que de subir.
Ensuite, nous avons œuvré à la protection des citoyens et des entreprises. Avec le ministre Clarinval, nous avons engagé une réflexion sur l’évolution du cadre assurantiel applicable aux catastrophes naturelles. L’objectif est de garantir une meilleure indemnisation des victimes tout en faisant évoluer progressivement le système afin qu’il tienne davantage compte de l’évolution des risques climatiques. Cette réflexion devrait également s’inscrire à l’avenir dans une logique de prévention.
En encourageant également les investissements permettant de rendre les bâtiments plus résilients face aux conséquences du changement climatique, l’objectif n’est pas seulement d’indemniser davantage, il est aussi d’encourager progressivement les investissements qui réduisent le risque lui-même. C’est aussi dans cet esprit que le gouvernement a pris la décision de permettre la déduction fiscale à 40 % des investissements non seulement énergétiques, mais aussi climatiques. Une politique moderne d’adaptation ne consiste pas uniquement à réparer les dommages; elle consiste aussi à créer les conditions pour qu’ils surviennent moins souvent.
Par ailleurs, nous avons mis un focus sur la protection de la santé publique. En étroite collaboration avec le ministre Frank Vandenbroucke, nous poursuivons le renforcement du plan national d’action environnement-santé, le NEHAP. Les travaux portent notamment sur des alertes canicules plus intelligentes, le suivi des effets sanitaires des vagues de chaleur et le renforcement de nos systèmes de soins.
Nous travaillons également avec le ministre Bernard Quintin afin de renforcer BE-Alert, afin que chaque citoyen puisse être informé rapidement et utilement lors d’épisodes de chaleur extrême. Une attention particulière sera accordée aux personnes les plus vulnérables, qui recevront des recommandations claires sur les gestes de protection, l’importance de l’hydratation et les espaces de fraîcheur accessibles à proximité. Car il n’est pas contestable que les chaleurs extrêmes divisent cette société encore plus et créent davantage encore de différentiels entre ses différentes strates. Ce sont les personnes les plus démunies et les plus fragiles qui subissent les conséquences les plus lourdes de ces événements météorologiques.
Parallèlement, nous avons souhaité renforcer la diffusion des connaissances scientifiques et lutter contre la désinformation climatique. Face à des enjeux qui concernent directement la sécurité, la santé et l’économie du pays, les décisions publiques doivent pouvoir s’appuyer sur une information fiable, accessible et fondée sur les faits. Cette démarche s’inscrit également dans une dimension européenne et internationale.
La meilleure politique d’adaptation reste encore de limiter autant que possible l’ampleur du changement climatique. L’origine du dérèglement climatique se trouve dans émissions de CO₂, essentiellement issues des énergies fossiles.
J’ai précédemment obtenu le soutien du gouvernement fédéral pour représenter la Belgique lors de la première conférence internationale consacrée à une sortie progressive, pragmatique et socialement juste des énergies fossiles, organisée à Santa Marta. J’y ai joué, du reste, un rôle actif.
Depuis cette conférence qui a réuni une soixantaine de pays, les pays du Benelux ont exprimé le souhait de travailler sur un cadre commun qui permette la programmation structurée et structurelle de la sortie progressive des énergies fossiles à l’horizon 2050. Nous espérons que l’Allemagne, l’Espagne et le Portugal puissent rejoindre notre dynamique afin de soumettre une proposition au Conseil européen.
Par ailleurs, j’ai décidé d’apporter un soutien financier à l’organisation de la Conférence européenne sur l’adaptation au changement climatique, tenue à Bruxelles, au cours de laquelle la Déclaration de Bruxelles a été remise au Commissaire européen chargé du climat, Wopke Hoekstra, afin de contribuer aux réflexions sur le futur cadre européen en matière d’adaptation. La Belgique a vocation à alimenter le débat européen et international en collaboration étroite avec les pays du Benelux.
Enfin, dans le cadre de mes compétences en matière de mobilité, dès juillet 2025, la SNCB a installé des points d’eau potable dans plus de 80 gares belges. Je soutiens également les décisions prises par la SNCB et Infrabel lorsque celles-ci activent leur plan canicule. Celui-ci permet notamment de prendre, à titre préventif, la décision de ne pas faire circuler certains trains qui ne sont pas équipés du système d’air conditionné. Si vous entrez dans la cabine de pilotage d’un train où il n’y a pas d’air conditionné, vous vous rendrez compte que c’est humainement impossible d’assurer ses responsabilités.
Ainsi, lors de la dernière vague de chaleur, la SNCB a pris une mesure – certes impopulaire, mais nécessaire – en supprimant environ 200 trains qui n’étaient pas équipés de climatisation et en les remplaçant, dans la mesure du possible, par du matériel roulant plus récent ou par des bus de substitution. J’ai complètement assumé cette responsabilité lorsque la CEO de la SNCB m’a téléphoné pour savoir si j’étais d’accord avec cette décision.
Afin d’éviter que ce type de situation ne se reproduise et parce que nous savons que ces vagues de chaleur seront amenées à se répéter, j’ai validé aussi rapidement que possible, dans le respect des règles entourant la conclusion des marchés publics, la commande de nos prochains trains appelée « commande du siècle ». Ceux-ci seront mieux adaptés aux fortes chaleurs, notamment grâce à la climatisation. Je rappelle qu’il s’agit d’un marché de 3,5 milliards d’euros. Au terme de l’exécution de cette commande, le nouveau matériel roulant sera entièrement équipé d’un système de climatisation.
L’infrastructure est également sensible à la chaleur: de fortes variations de température entraînent une dilatation du métal. La température sur les rails peut être jusqu’à 20°C plus élevée qu’ailleurs. Il peut en résulter des serpentages de la voie. Infrabel a donc développé une série d’actions préventives afin de garantir la sécurité du réseau ferroviaire.
Parmi ces actions, je peux citer le contrôle des infrastructures ferroviaires – les voies, les aiguillages et les caténaires – ainsi que la climatisation des installations électriques et des datacenters. Infrabel identifie également les talus vulnérables au risque d’incendie. Les équipes sont mobilisées à tout moment et maintenues en stand-by pour intervenir rapidement en cas de problème.
Comme vous le comprenez, adapter nos infrastructures au changement climatique n’est donc plus une option, mais bien une condition indispensable pour garantir la continuité des services publics et protéger les usagers comme les travailleurs.
Afin d’alimenter le débat interfédéral, le cabinet a proposé aux entités, dans le cadre de leurs compétences respectives, de travailler sur 12 priorités – ce qui ne signifie pas qu’il n’en existe pas d’autres.
- Il importe de moderniser les alertes canicule. Il faut revoir les critères d’alerte afin d’intégrer les températures nocturnes, l’humidité de l’air, la durée des épisodes de chaleur et l’impact sanitaire réel des vagues de chaleur. Je me réjouis, à cet égard, de l’appel formulé par le ministre Vandenbroucke.
- Il s’agit de renforcer BE-Alert. Nous devons développer un système d’alerte renforcé permettant d’atteindre rapidement les citoyens et les publics les plus vulnérables lors des épisodes extrêmes, mais avec des messages utiles, compréhensibles, efficaces et efficients.
- Il convient de créer un réseau national de lieux de fraîcheur: identification et activation coordonnées des bâtiments publics accessibles à la population lors des périodes de chaleur intense. Comme dans d’autres pays, il faut que chacun puisse, à moins de 10 minutes de chez soi, pouvoir disposer d’un de ces lieux pour s’y réfugier en cas de besoin.
- Il faut déployer des points d’eau potables supplémentaires: installation de dispositifs temporaires dans les gares, centres-villes, pôles de mobilité, lieux touristiques et grands événements.
- La résilience des infrastructures critiques doit être renforcée: adaptation des infrastructures de transport, de santé, d’énergie et des bâtiments publics aux températures extrêmes et aux autres risques climatiques.
- Les travailleurs exposés à la chaleur doivent être mieux protégés: développement, avec les partenaires sociaux, de mesures spécifiques pour les travailleurs exerçant leur activité en extérieur et parfois aussi à l’intérieur.
- La protection active des personnes vulnérables est nécessaire: renforcement des dispositifs de suivi et d’accompagnement des personnes âgées, des malades chroniques, des jeunes enfants, des femmes enceintes et des personnes sans domicile.
- L’adaptation thermique du patrimoine public est indispensable: accélération des investissements dans la ventilation, le refroidissement passif, l’isolation, les protections solaires et les toitures végétalisées. Reconnaissons que le sale-and-lease-back qui a été, à l’époque, mobilisé par le gouvernement Verhofstadt, ne nous facilite pas la tâche. Dans la plupart des cas, nous ne sommes même plus propriétaires de nos bâtiments.
- Il faut renforcer les capacités de la défense et de la protection civile: développement de moyens spécialisés pour les feux de forêt, les sécheresses prolongées et les autres conséquences des conditions météorologiques extrêmes.
- Campagne nationale d’information et de sensibilisation: information coordonnée des citoyens sur les comportements à adopter, les lieux de fraîcheur disponibles et les dispositifs d’assistance existants, en parfaite et étroite collaboration avec les Régions.
- Clarification du cadre juridique applicable aux situations critiques: examen des mesures pouvant être activées rapidement dans les zones particulièrement exposées à certains risques climatiques.
- Développement des infrastructures naturelles de résilience: renforcement des investissements en matière de végétalisation, d’ombrage urbain, de lutte contre les îlots de chaleur et de gestion durable de l’eau.
Quant à votre cinquième question sur les enseignements de la réunion interministérielle et les prochaines étapes. Cela répond également à plusieurs autres questions qui m’ont été posées. La réunion interministérielle que j’ai souhaité organiser constitue une étape importante dans la mise en œuvre de l’accord de gouvernement, comme vous l’avez compris.
Son objectif n’était pas de produire en quelques heures un plan d’action relatif aux phénomènes météorologiques extrêmes. Notre ambition était de réunir autour de la même table l’ensemble des niveaux de pouvoir concernés afin de partager un diagnostic commun, d’identifier les priorités et de définir une méthode de travail. Je tiens à souligner l’esprit constructif dans lequel cette concertation s’est déroulée. L’ensemble des cabinets représentés ont toujours contribué aux échanges. Certes, cette diversité d’acteurs reflète la réalité institutionnelle du pays et, face aux conséquences du changement climatique, aucun niveau de pouvoir ne dispose à lui seul de toutes les réponses.
Comme je l’ai expliqué la semaine dernière en séance plénière de la Chambre, les discussions ont permis de dégager plusieurs axes de travail. Un premier point concerne l’amélioration de notre capacité d’anticipation. Les phénomènes météorologiques extrêmes exigent des décisions rapides, fondées sur des données fiables et partagées. Nous avons dès lors convenu de travailler au renforcement de la coordination entre les différents systèmes d’observation, de prévision et d’alerte, afin que l’ensemble des autorités disposent d’une information commune lorsqu’une situation de crise survient. Nous avons également discuté du développement d’un réseau de lieux de fraîcheur. La ministre Matz a d’ailleurs d’ores et déjà posé un premier jalon en annonçant l’ouverture gratuite des musées fédéraux au public durant cette période. Je tiens également à saluer les initiatives qui ont été évoquées concernant la réduction du prix d’accès aux piscines, ramené à un euro.
Une mobilisation plus rapide de la Défense et de la protection civile a également été avancée, conformément à ce que prévoit l’accord de gouvernement. Je m’entretiendrai prochainement avec le ministre Francken sur ce sujet. Chacun des cabinets est désormais chargé de travailler sur ce dossier dans le cadre de ses compétences propres.
La protection des travailleurs a également été identifiée comme un enjeu majeur. Un engagement a été pris afin de renforcer la sensibilisation, notamment au travers d’une campagne annuelle destinée aux employeurs, aux travailleurs et aux indépendants concernant les risques liés aux fortes chaleurs et les règles de prévention applicables. Les participants ont également souligné la nécessité de poursuivre les travaux visant à améliorer la coordination des services de secours et des moyens fédéraux mobilisables en cas de catastrophe météorologique extrême. Là encore, l’objectif n’est pas de modifier les compétences existantes, mais de garantir que les différents dispositifs puissent fonctionner de manière fluide lorsque la situation l’exige.
Au-delà de ces premières mesures, un constat s’est imposé à l’ensemble des participants: les décisions publiques devront, plus encore qu’aujourd’hui, s’appuyer sur les connaissances scientifiques. C’est pourquoi je solliciterai du CERAC un rapport contenant des recommandations actualisées pour faire face aux conditions météorologiques extrêmes, telles que les vagues de chaleur et les tempêtes qui ont suivi, dont nous avons tous été témoins, sans s’y limiter. Ce rapport portera également sur les mesures de coordination à prendre au niveau interfédéral afin d’éclairer les décisions publiques sur la base des meilleures connaissances scientifiques disponibles. Ce rapport sera, bien entendu, communiqué dès sa réception à l’ensemble des autorités compétentes. Il constituera une pièce maîtresse qui devra faire l’objet d’un débat et d’une concertation.
En parallèle, je solliciterai le même CERAC, conformément aux engagements de l’accord de gouvernement, afin qu’il mette à jour son étude concernant l’identification, en collaboration avec les régions, des domaines nécessitant des efforts supplémentaires en matière d’adaptation au changement climatique. Nous attendons l’approbation du procès-verbal d’ici la fin de cette semaine et rédigerons ensuite une note d’approbation à l’attention du gouvernement fédéral. Je considère cette décision comme essentielle. Les conséquences du changement climatique évolueront au cours des prochaines décennies. Les réponses publiques devront évoluer avec elles. La science doit donc rester le socle sur lequel nous construisons nos politiques d’adaptation.
Enfin, les échanges ont également permis d’ouvrir une réflexion sur le financement de ces politiques. Adapter notre pays représentera des investissements importants. Ces investissements concernent la protection des infrastructures, la résilience des réseaux, la prévention des risques ou encore la sécurité des citoyens. Ils permettent d’éviter, demain, des coûts humains, économiques et budgétaires beaucoup plus élevés.
Dans ce contexte, plusieurs participants ont estimé qu’il convenait de poursuivre la réflexion sur la manière dont ces investissements pourraient être mieux pris en compte dans le cadre budgétaire européen, sans préjuger des positions qui seront arrêtées par le gouvernement. Il existe un intérêt partagé à examiner la façon dont les investissements qui renforcent durablement la résilience de nos sociétés pourraient être distingués des dépenses de fonctionnement courantes.
C’est la raison pour laquelle nous devons ouvrir le débat au niveau européen sur une meilleure prise en compte de ces investissements d’adaptation dans les règles budgétaires de l’Union. Les travaux engagés lors de cette réunion ne seraient donc pas cette première concertation. Ils se poursuivront dans les prochains mois afin d’aboutir à un plan interfédéral qui respecte les compétences de chacun, tout en renforçant la capacité collective du pays à faire face de manière coordonnée aux conséquences du changement climatique.
Quant à l’évaluation des précédentes vagues de chaleur, c’est aussi une question qui a été posée. Les vagues de chaleur et les pics d’ozone de l’été 2003, qui ont coûté la vie à près de 45 000 personnes en Europe, ont constitué une véritable prise de conscience. Ils ont démontré que les épisodes de fortes chaleurs et les pics d’ozone entraînent une surmortalité importante.
La mortalité ne représente toutefois que la partie émergée de l’iceberg. Les effets sur la santé sont beaucoup plus larges et parfois plus difficiles à mesurer. Tous les groupes d’âge sont concernés, même si certains facteurs augmentent la vulnérabilité, notamment les comorbidités, l’isolement social, une situation socioéconomique défavorisée, un logement mal isolé ou encore le grand âge. Or, ces vagues de chaleur deviennent de plus en plus fréquentes et de plus en plus intenses.
Face à cette évolution, le plan d’action national environnement-santé (NEHAP) a développé un plan d’action spécifique reposant sur trois phases: vigilance, avertissement et alerte. Les critères d’entrée et de sortie de ces différentes phases sont établis exclusivement sur base de leur impact sur la santé.
Chaque année, à l’issue de la période d’activation du plan pics d’ozone et fortes chaleurs, une évaluation est réalisée. En ce qui concerne l’épisode exceptionnel que nous venons de connaître, je demanderai à la prochaine conférence interministérielle Environnement-Santé du 14 juillet – que je préside – de lancer sans attendre une évaluation spécifique de cette vague de chaleur exceptionnelle. Cette évaluation devra permettre de moderniser les seuils de déclenchement des différentes phases du plan, d’améliorer le suivi du monitoring et de renforcer la communication à destination des citoyens.
L’objectif de cette évaluation n’est donc pas de constater ce qui s’est passé, mais de tirer toutes les leçons possibles de cet épisode afin que notre pays soit mieux préparé lors des prochaines vagues de chaleur qui, selon les scientifiques, seront plus fréquentes et plus intenses.
En conclusion, la politique climatique du 21è siècle ne consiste plus uniquement à réduire nos émissions, mais également à préparer nos sociétés à vivre dans un climat qui change déjà. Réussir cette transition suppose une même méthode: s’appuyer sur la science, investir plutôt que réparer et agir ensemble dans le respect des compétences de chacun. Mieux vaut prévenir que guérir.
Le changement climatique nous impose en effet aujourd’hui un double devoir: le premier est de poursuivre sans relâche la politique destinées à réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Cette ambition demeure indispensable. Elle est au cœur des engagements européens et internationaux que la Belgique continue de soutenir.
Le second est de préparer notre pays aux conséquences d’un changement climatique dont les effets se font déjà sentir aujourd’hui: atténuation et adaptation ne s’opposent pas, elles sont complémentaires.
Dans ce contexte, le rôle du gouvernement fédéral est clairement défini. Il consiste à exercer pleinement les compétences qui lui sont confiées, à soutenir les politiques menées par les autres niveaux de pouvoir lorsque cela relève de ses responsabilités, et surtout à favoriser la coopération lorsque les défis dépassent les frontières institutionnelles. C’est exactement le sens de l’initiative que j’ai prise, comme vous l’avez compris.
Le plan interfédéral prévu par l’accord de gouvernement n’a pas vocation à remplacer les stratégies régionales ni à créer un niveau supplémentaire de décision. Il vise à renforcer la cohérence de notre action collective, à partager les connaissances scientifiques, à mieux coordonner les dispositifs existants et à préparer ensemble notre pays à des phénomènes qui seront, selon l’ensemble des experts, plus fréquents et plus intenses au cours des prochaines décennies. Je suis convaincu que cette approche est la bonne.
Les citoyens n’attendent pas que les différents niveaux de pouvoir débattent de leurs compétences lorsqu’il survient une catastrophe naturelle. Ils attendent que chacun exerce pleinement les siennes et que nous soyons capables d’agir ensemble lorsque la situation l’exige. Les citoyens ne jugeront d’ailleurs pas les responsables politiques sur la manière dont les compétences sont réparties, mais bien sur la capacité à protéger leur santé, leur sécurité, leur qualité de vie et leur vie même.
C’est cette responsabilité qui guide l’action du gouvernement et qui continuera à guider la mienne. Et c’est précisément l’esprit de notre accord de gouvernement. C’est également l’esprit dans lequel j’entends poursuivre ce travail avec l’ensemble des gouvernements du pays. Car préparer la Belgique aux conséquences du changement climatique n’est pas une responsabilité qui incombe à un seul niveau de pouvoir. C’est, je le répète, une responsabilité collective.
Ma réplique :
Merci monsieur le ministre pour vos réponses. J’entends la volonté d’avancer concrètement sur une dizaine d’axes. C’est plutôt une bonne chose. Néanmoins, je déplore quand même la manière dont cette séquence s’est déroulée. Je pense que cela traduit un contexte politique qui surfe sur des populismes, où on agit davantage en faisant des calculs électoraux plutôt qu’en réagissant à une situation de crise et d’urgence qui demande des actions concrètes sur le court, le moyen et le long terme. Parce qu’en fait, ici, j’ai l’impression que chacun a joué sa partition et se dit finalement qu’il s’en sort plutôt bien,.
On a donc les nationalistes flamands qui ont fait les nationalistes flamands et qui ont cajolé un électorat nationaliste flamand, en estimant que la Flandre faisait toujours mieux que le fédéral et que le fédéral n’avait rien à lui dire et que, de toute façon, ils géraient très bien comme ça. Et puis on a les libéraux francophones, qui ont commencé à faire d’abord la même chose que la N-VA en disant « Non, on ne va pas venir à votre réunion ». Puis finalement, ils se sont rétractés, tout en disant qu’il ne fallait sûrement pas en remettre une couche en matière de réglementation, parce que nos entreprises en souffrent déjà beaucoup trop.
Mais est-ce qu’ils se rendent compte de la souffrance et des difficultés face auxquelles nos entreprises sont confrontées, avec les épisodes climatiques que nous rencontrons aujourd’hui et que nous continuerons de rencontrer extrêmement fréquemment dans les années qui viennent? Ce risque-là doit être intégré dans le logiciel des libéraux également. Sinon, vous allez passer à côté de mesures absolument nécessaires pour protéger notre économie, pour protéger nos emplois et évidemment pour protéger nos travailleurs et nos travailleuses. Cet élément n’est absolument pas intégré dans la réflexion de certains qui doivent vraiment mettre à jour leur logiciel. Parce que là, on est à côté de la plaque.
Et puis, alors, on a Les Engagés, qui disent partout, dans la presse, en commission, au Parlement: « Mais nous, on aimerait bien, vous savez, on aimerait bien, mais nos partenaires de majorité, ils ne veulent pas. On voudrait bien avancer. » « Regardez ces accords de majorité que nous avons négociés – ça c’est moi qui le rajoute –, ils ne nous permettent pas d’aller plus loin et de faire ce qu’il faudrait faire. Ce qu’il faudrait faire pour faire face, pour anticiper les conséquences du dérèglement climatique et protéger la population. »
Aujourd’hui, vous nous citez un certain nombre de mesures. Et en fait, le Premier ministre ne fait qu’une chose, c’est essayer de ramener à l’agenda politique, en top priorité, les questions budgétaires. Et avec le premier ministre, c’est quoi? C’est toujours le budget pour le budget. Et donc, on dirait qu’il ne vit que pour le budget. Mais un budget, c’est un outil pour résoudre des problèmes auxquels il est confronté en tant que premier ministre. Et ça, on ne l’entend jamais. Comment est-il possible, alors que nous recevons les données du comité de monitoring, d’avoir un premier ministre qui réagit uniquement par des données chiffrées à des données chiffrées sans intégrer dans sa réflexion l’enjeu du dérèglement climatique? Nous savons pourtant aujourd’hui que ne pas investir coûtera cinq fois plus cher aux générations futures.
C’est également inconséquent d’un point de vue budgétaire. Car un budget est un instrument pour répondre à des enjeux, des priorités et des problématiques qui impactent notre population, et le dérèglement climatique en est une. J’espère donc que vous mettrez tout en œuvre pour que cette question s’invite à la table des négociations budgétaires car c’est de cela dont nous aurons besoin. Sans cela, je me demande bien avec quels moyens vous pourrez prendre vos mesures quand on sait que vous prévoyez déjà de couper 680 millions dans le budget de la SNCB alors que c’est un outil essentiel pour la transition.
On nous dit que les nouvelles technologies permettront de résoudre la crise. Mais nous en disposons déjà. Il convient maintenant de les déployer et de mettre en place les politiques publiques pour qu’elles puissent produire leurs effets: isoler les bâtiments et faire en sorte que les habitations soient vivables. C’est ce dont nous avons besoin aujourd’hui et nous avons la capacité de le faire. Nul besoin d’investir des milliards dans la fission nucléaire, ça nous n’en avons pas besoin. Si Les Engagés veulent jouer une carte utile, il s’agit d’inviter ce sujet à la table des négociations budgétaires et de remporter des victoires sans se contenter de visibiliser des batailles perdues.
Voilà ce que je vous demande, monsieur le ministre du Climat, pour les prochaines semaines qui s’annoncent ardues parce que vous allez devoir négocier par temps chaud. Vous serez peut-être dans des locaux climatisés mais les citoyens, eux, continueront dans les semaines qui viennent à vous alerter sur la violence des conséquences du dérèglement climatique qu’ils subissent

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