Question d’actualité initialement posée au Premier ministre, qui a refusé de répondre et renvoyé vers le ministre du Climat, Jean-Luc Crucke. Le compte-rendu est à retrouver ici.
Ma question :
Monsieur le ministre, partout dans la presse ce week-end et encore ce matin, nous avons vu Les Engagés dérouler leur discours. M. Coppieters, M. Verougstraete, vous nous contez votre impuissance dans les coalitions dont vous faites partie. « J’voudrais bien, mais j’peux point » nous chantez-vous à l’unisson.
Monsieur le ministre, ne trouvez-vous pas toutefois la ficelle un peu grosse? Ces coalitions, c’est vous, Les Engagés, qui les rendez possibles. C’est vous qui avez négocié ces accords, qui sont en effet totalement en deçà de ce qu’il faudrait faire. Et je ne vous parle pas de sauver la planète dans 50 ans, mais de faire en sorte de protéger les Belges dès maintenant.
C’est vrai que vous avez une responsabilité écrasante, mais celle-ci va aussi de pair avec un pouvoir d’agir. Cela signifie que vous pouvez soit débrancher les prises, soit activer des leviers politiques.
À côté de ça, le MR joue lui aussi sa partition et, pour flatter un certain électorat, explique qu’il n’est pas nécessaire d’en faire des tonnes pour le climat, qu’il n’est pas nécessaire de se coordonner. M. Quintin – j’en suis hallucinée – nous expliquait à l’instant que tout s’était magnifiquement bien passé ce week-end. Rien à signaler! Selon lui, il est formidable que chacun prenne ses décisions selon les réalités locales. La canicule dont nous parlons traverse toute l’Europe, mais lui trouve cela super que chacun y aille de sa petite consigne: boire de l’eau, porter une casquette ou un chapeau, selon qu’on habite à Uccle ou à Saint-Nicolas. Et finalement, ils vous accusent d’opportunisme, vous singez l’indignation et au final, tout le monde y gagne, n’est-ce pas? Mais tout le monde n’y gagne pas, pas les Belges en tout cas, ni les personnes âgées dans les homes surchauffés, ni les travailleurs en extérieur, en cuisine ou en usine, ni tous ceux qui vivent dans des logements qui sont comme des fours.
Ce matin, vous avez avancé quelques propositions, dont certaines étaient intéressantes, sans doute issues du Plan fraîcheur mais celui-ci est open source, donc n’hésitez pas à vous servir. Vous en avez également avancé d’autres un peu moins bonnes, telles que la mobilisation des militaires, qui ne demandent rien et ne sont pas formés à la chose. Passons.
Monsieur le ministre, quelles actions concrètes allez-vous mettre en place dès demain? Je vous remercie.
Réponse du ministre :
Chers collègues, je vous remercie.
La semaine dernière, j’ai en effet convoqué les autorités belges à une réunion interfédérale consacrée à la chaleur extrême. Comme vous êtes bons lecteurs, vous aurez remarqué que je n’ai pas convoqué les ministres, mais bien leurs cabinets. Je reconnais que, sur les 21 cabinets, même si tous ne sont pas venus, il y en avait tout de même 19. Vous reconnaîtrez vous-mêmes la performance en la matière. En vérité, il ne s’agit pas de savoir si nous devons nous adapter aux conséquences du changement climatique, mais si nous sommes capables de le faire de manière coordonnée et efficace.
Cette réunion a donc eu lieu. Je souhaite souligner un fait important: tous les niveaux de pouvoir y étaient représentés. Le fédéral, les régions, les communautés, dont la communauté germanophone, ont participé à l’échange. Même si certains ne sont pas venus à la réunion – sans les stigmatiser, nous sommes en démocratie, et chacun peut avoir son opinion – le fait essentiel est que les phénomènes climatiques extrêmes ne connaissent ni frontières administratives ou nationales, ni répartition des compétences. L’Union européenne est en train se coordonner. Il serait donc malheureux que, sur le plan belge, nous ne puissions pas le faire.
Je remercie tous les participants pour leur venue. Selon le procès-verbal, leur participation a été constructive. Surtout, cette réunion n’était pas un simple exercice de concertation: elle devait déboucher sur des mesures que j’espère concrètes. Il me semble que cela a été fait.
Premièrement, nous avons décidé d’engager l’évaluation et la révision du plan fortes chaleurs et pics d’ozone. Nous disposons de systèmes de gestion de crise et de santé publique solides, mais les épisodes récents, comme l’a rappelé le ministre Vandenbroucke, nous montrent que nous devons adapter nos outils aux réalités climatiques à venir. En qualité de président de la Conférence interministérielle Environnement-Santé (CIMES), j’inscrirai ce point à l’ordre du jour de la prochaine CIMES, qui aura lieu le 14 juillet.
Deuxièmement, nous avons décidé de poursuivre le renforcement de la communication vers les citoyens, notamment via BE-Alert – comme cela a précédemment été évoqué par le ministre Quintin – afin d’améliorer la qualité et la rapidité des alertes, avec une attention particulière réservée aux personnes les plus vulnérables.
Troisièmement, nous avons confirmé la nécessité d’accélérer la mobilisation des moyens de la Défense lors de catastrophes climatiques majeures. Je m’entretiendrai incessamment sur le sujet avec mon collègue de la Défense. Les travaux se poursuivront afin de permettre un soutien plus rapide aux autorités civiles lorsque les circonstances l’exigent.
Quatrièmement, la protection des travailleurs constitue un enjeu majeur. Un engagement a été pris afin de renforcer la sensibilisation, notamment à travers une campagne annuelle destinée aux employeurs, aux travailleurs et aux indépendants concernant les risques liés aux fortes chaleurs et les règles de prévention applicables.
En Espagne, sous 40°, on travaille. Il y a donc de bonnes pratiques, comme on dit, à l’extérieur et qui peuvent être appliquées chez nous.
Enfin, nous examinerons avec les régions et les autorités locales la création d’un réseau national des lieux de fraîcheur reposant sur une cartographie commune des espaces accessibles à la population lors des épisodes de chaleur extrême. Dans ce cadre, la ministre Matz a posé un premier jalon, avec l’ouverture des musées fédéraux au public durant cette période.
La réunion ne s’est pas limitée aux mesures immédiates. Nous avons également travaillé sur le moyen et le long termes. C’est pourquoi je proposerai la création d’un comité scientifique et académique national chargé d’identifier les priorités d’adaptations sur la base des connaissances scientifiques les plus récentes. Son rapport servira de référence commune à l’ensemble des gouvernements du pays.
Chers collègues, soyons clairs. Des investissements massifs seront nécessaires pour renforcer la résilience climatique de notre pays. C’est pourquoi nous devons ouvrir le débat à l’échelle européenne, sur une meilleure prise en compte des investissements et adaptations dans les rails budgétaires de l’Union.
La semaine dernière, le ministre Prévot indiquait que nos concitoyens n’attendaient pas de nous des débats institutionnels, mais des résultats. Je crois pouvoir dire qu’hier nous avons franchi une première étape importante dans cette direction. Le défi reste immense, mais nous avons désormais, dans le respect des compétences de toutes les entités, une méthode: travailler ensemble, anticiper plutôt que subir et construire progressivement une Belgique plus résiliente face aux conséquences du changement climatique.
Enfin, s’il est une chose que personne ne m’a demandée, c’est de me taire. Je n’ai pas été élu pour me taire. Il y a plus de 15 ans que je dis la même chose et je suis convaincu de ce que je dis. Le climat n’a pas besoin de polémiques; il a besoin que nous soyons conscients que ce que nous vivons aujourd’hui est sans doute l’été le plus frais des 10 années à venir. Et cela, je le dis depuis 15 ans, même à l’égard du gouvernement précédent.
Ma réplique :
Monsieur le ministre, permettez-moi de vous dire que vous n’êtes pas un lanceur d’alerte. D’autres assument déjà cette mission d’alerter le monde politique, et vous ne siégez pas non plus dans l’opposition. Ce que nous attendons de vous, ce sont des actions concrètes. Ce que nous vous demandons, ce n’est pas de devenir une sorte d’agence de communication qui assomme les citoyens de SMS contenant des consignes qui, par ailleurs, ne sont pas vraiment pertinentes. Excusez-moi, mais je pense que chacun a bien compris que, s’il a soif, il doit boire de l’eau. Il faut aller beaucoup plus loin.
Lorsque vous annoncez une réflexion sur une campagne à plus long terme, franchement, cela m’inquiète. Aujourd’hui, nous avons besoin de mesures à court, moyen et long terme, notamment pour protéger les travailleurs. Vous citez l’exemple de l’Espagne où l’on travaille sous 40 degrés. Mais qu’a-t-on fait pour les travailleurs qui ont dû garder leurs enfants à la maison en raison de la fermeture des écoles, et dont on a considéré qu’ils n’avaient qu’à s’en occuper tout en travaillant? Cela ne va pas; il y a un problème de coordination globale auquel il faut s’attaquer, en plus du concret.

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