Question posée au Premier ministre Bart De Wever, en séance plénière du 12 mars 2026. Le compte-rendu intégral est à retrouver ici.

Ma question : 

Monsieur le premier ministre, avez-vous entendu les 100 000 manifestants et manifestantes qui ont marché ce matin dans les rues de Bruxelles ? Je n’ai pas l’impression.

Pour vous raconter un peu, ce matin, il y avait des profs, des fonctionnaires, des pensionnés, des ouvriers, énormément d’ouvriers. J’ai parlé avec des ouvriers notamment du secteur de la sidérurgie, qui n’en peuvent plus. Il y avait des travailleurs sociaux évidemment, des travailleurs des arts mais aussi des travailleurs et des travailleuses du secteur de la santé. Tous me parlent d’une chose: de l’injustice des mesures que vous portez.

Ils me disent: « Mais comment peuvent-ils ne fût-ce que décider de cela ? D’où cela leur vient-il ? » Monsieur le premier ministre, en réalité, ce matin, vous étiez au salon de l’armement.

Donc, non, vous n’avez pas entendu, ni vu, ni rencontré les manifestants, parce que vous étiez en train de vous demander comment vous alliez dépenser leur argent. Je vais alors aussi vous dire qui n’était pas là ce matin.

C’est vrai, des gens n’étaient pas là. Les patrons de la Fédération des Entreprises de Belgique (FEB) n’étaient pas là. Eux sont en effet contents de vos réformes. Ils ne devront plus payer l’index pour certains travailleurs, les primes de nuit ainsi que certaines cotisations patronales.

Je continue de vous parler, monsieur le premier ministre! Je vous raconte la manifestation de ce matin, vu que vous n’y étiez pas. Vous êtes un peu distrait. Essayez de l’intégrer alors dans la réforme des pensions. Votre côté féminin pourrait s’avérer utile.

Je vous disais que quelques personnes sont contentes, mais ce n’est pas la majorité de la population, des travailleurs et des pensionnés qui, eux, sont aujourd’hui frappés de plein fouet par vos réformes.

  • Monsieur le premier ministre, que répondez-vous à ces manifestants ?
  • Avez-vous rencontré une seule fois les représentants des travailleurs et des travailleuses dans ce pays depuis le début de votre mandat ? Répondez à la question !

 

Réponse du Premier ministre :

Monsieur le Président, chers collègues, « les choses peuvent changer », disait Bredero. La semaine dernière, j’ai dû venir dans cette enceinte pour répondre à toutes sortes d’interventions, dont la principale critique était que tout allait beaucoup trop lentement. Des efforts supplémentaires seraient nécessaires pour remettre le budget sur les rails. Tout cela n’était pas suffisant et trop compliqué. Je peux en fait encore accepter cette critique. Elle me semble en partie justifiée. Il y a en effet encore beaucoup de travail à faire.

Aujourd’hui, une semaine plus tard, j’entends exactement le contraire. Tout va beaucoup trop vite. C’est beaucoup trop radical. On fait trop d’économies. Le tissu social se défait. Certains parviennent même à affirmer les deux contraires dans une seule intervention, il faut le faire. Il y a toujours une certaine tendance au sein des grands partis. Je le comprends. Tant que ces deux commentaires s’équilibrent, j’ose y voir la preuve que, dans l’ensemble, nous suivons une ligne équilibrée.

Il est vrai que le gouvernement procède à des réformes en profondeur dans le domaine des prestations sociales, des pensions, du marché du travail, mais aussi de la fiscalité. Nous le faisons au profit de ceux qui travaillent ou qui entreprennent. Je pense que nous n’avons d’ailleurs pas d’autre choix, car les problèmes dont nous avons hérité, notamment au niveau du budget, sont colossaux. Nous agissons toujours en concertation. La société civile et les partenaires sociaux sont toujours impliqués. Cela se fait en premier lieu au sein du Groupe des Dix. Je l’ai en effet déjà rencontré, et même plus d’une fois, Madame Schlitz. Cela se fait également de manière très régulière et intensive dans le cadre de la concertation avec les cabinets.

Le ministre de l’Économie et de l’Emploi, M. Clarinval, qui est présent ici, le ministre des Affaires sociales et le ministre des Finances et des Pensions se sont déjà entretenus à plusieurs reprises avec les acteurs concernés. Cette concertation porte ses fruits, car elle conduit également à des ajustements. Le ministre Jambon répondra certainement tout à l’heure à un certain nombre de points spécifiques qui ont été soulevés ici.

Le front syndical commun a également remis une lettre à mon cabinet tard hier soir, demandant une nouvelle concertation. Je n’avais pas encore vu cette lettre lorsque j’ai entendu tôt ce matin à la radio que je n’y avais pas répondu. Permettez-moi de dire que je trouve quelque peu ironique que les syndicats attendent du cabinet qu’il travaille de nuit et que nous devrions donc répondre à leurs lettres pendant la nuit. Je peux toutefois les rassurer, car j’ai entre-temps reçu et lu la lettre. Nous répondrons aujourd’hui, pendant les heures de travail prévues, Monsieur Hedebouw. Cela vous fera plaisir. Je ne vais pas faire faire des heures supplémentaires à mes collaborateurs, en tout cas pas pour cela.

Dans cette réponse, je leur ferai savoir qu’ils peuvent s’attendre prochainement à une invitation pour le Groupe des Dix. Que les nombreuses réformes socio-économiques puissent laisser un goût amer à certaines personnes, je peux le comprendre, d’autant plus que la désinformation ne tarit pas sur le sujet. Certains n’hésitent pas à déformer les propos des ministres afin d’attiser les tensions. Le droit de grève est un droit important dans ce pays et chacun est libre d’en faire usage. Mais il faut être honnête, faire grève ne changera pas la réalité, bien au contraire.

La seule solution au marasme socio-économique et budgétaire dans lequel nous nous trouvons est la création de prospérité, pas sa destruction. Nous ne pouvons donc plus nous accrocher à des recettes du passé qui nous ont conduits à une dette colossale et à une vulnérabilité géopolitique sans précédent. Il revient à mon gouvernement de laisser ce pays dans un meilleur état que celui dans lequel nous l’avons trouvé.

C’est pourquoi nous ne devons pas nous laisser paralyser par l’opposition qui tente toujours de bloquer l’action d’un gouvernement qui veut mener les réformes nécessaires. Le gouvernement doit avant tout maintenir le cap, tout en restant ouvert aux remarques pertinentes et en demeurant prêt à ajuster les choses lorsque cela est justifié. Nous l’avons d’ailleurs démontré au cours de l’année écoulée.

Notre devoir est de maintenir le cap. Y faillir serait faire preuve d’un immense égoïsme vis-à-vis de nos enfants et petits-enfants.

Je vous remercie.

Ma réplique : 

Monsieur le premier ministre, aujourd’hui, vous nous présentez vos réformes comme une modernité, mais c’est précisément l’inverse!

Ce sont ces mesures qui représentent un retour vers le passé.

Travailler plus la nuit, travailler le dimanche, travailler toujours plus pour moins, travailler plus vieux, avec moins de protection sociale. Travailler plus jeune, également. Aujourd’hui, on peut travailler dès 15 ans; demain, est-ce que ce sera 14 ans, comme aux Pays-Bas, vu qu’apparemment, c’est votre modèle? Nous sommes face à une dégradation des conditions de travail, dignes d’il y a un siècle.

Monsieur le premier ministre, vous nous dites: « Vous ne nous arrêterez pas. » Ce que vous faites, c’est passer en force en continuant d’ignorer les réalités du terrain et les véritables conséquences de vos actes.

Nous ne sommes pas les seuls à vous y rappeler: quand la Cour des comptes vous dit à quel point vous êtes en train de vous planter, quand le Conseil d’État recale certaines de vos mesures, ce sont des échecs de votre gouvernement que vous auriez pu anticiper si vous aviez écouté plus tôt.