Question posée au Ministre de l’Intérieur Bernard Quintin en commission le 11 mars 2026. Le compte-rendu intégral est à retrouver ici.
Outre des dégâts matériels importants, l’explosion qui s’est produite devant la synagogue de Liège a renforcé le climat d’anxiété présent dans la communauté juive de Liège, où le vivre-ensemble est pourtant une valeur centrale. Le parquet fédéral a annoncé l’ouverture d’une enquête pour infraction terroriste. Alors que les discours de haine et les actes antisémites sont en recrudescence en Europe, la protection des lieux de culte et la lutte contre la haine antisémite constituent des enjeux majeurs pour la cohésion sociale.
- À ce stade, que savez-vous des circonstances de cette explosion ?
- Où en est l’enquête ?
- Une analyse de la menace a-t-elle été réalisée sur la sécurité des lieux de culte juifs et d’autres sites sensibles ?
- Quelles mesures le gouvernement envisage-t-il pour prévenir de tels actes de violence ?
- Quelles actions envisagez-vous pour lutter contre la montée de l’antisémitisme, des discours de haine et des idéologies fascisantes ?
- Quelles initiatives sont-elles prises pour lutter contre la diffusion d’idées antisémites et de théories du complot en ligne ?
- Êtes-vous associé aux travaux du Plan national de lutte contre le racisme (NAPAR) ?
- Quelles mesures avez-vous proposées ?
Réponse du ministre :
Il s’agit d’un acte antisémite abject, visant la communauté juive de Liège et du pays. Je condamne ces faits avec la plus grande fermeté. L’antisémitisme n’a pas sa place en Belgique, même si on voit augmenter le nombre des faits que nous devons combattre.
Ce gouvernement continuera à lutter contre la haine et la violence visant la communauté juive. La sécurité de chaque citoyen, quelle que soit son origine ou sa conviction, est ma priorité absolue.
Une instruction est en cours pour des faits potentiels de terrorisme. La surveillance de sites juifs, entre autres, a été renforcée depuis le début de la guerre en Iran. L’OCAM a effectué immédiatement une nouvelle analyse de la menace après l’explosion survenue devant la synagogue de Liège. Le niveau de la menace est maintenu à 3, soit l’avant-dernier niveau.
L’analyse est assurée en permanence par tous les services de sécurité sous la coordination de l’OCAM. Il a dès lors été décidé de maintenir la menace au niveau 3.
Néanmoins, des mesures adaptées peuvent toujours être prises en fonction de l’actualité. Dès lundi, les mesures de sécurité autour des sites liés à la communauté juive ont été renforcées, comme ce fut d’ailleurs également le cas au début de la guerre en Iran. Je ne peux divulguer davantage de détails sur ces mesures mais les moyens nécessaires pour garantir la sécurité sont déployés.
Je souhaite aller plus loin dans la sécurisation des sites juifs de notre pays. Je considère qu’il s’agit d’une priorité nationale et j’espère que des militaires pourront être mis à disposition. Mais je n’attends pas l’arrivée de ces militaires pour renforcer les dispositifs.
L’arrivée de ces militaires poursuit un double objectif : tout d’abord, ils permettront de libérer des forces de police pour d’autres missions. Je rappelle quand même que le manque de policiers est une situation dont j’ai hérité.
Le deuxième message est politique : l’État doit montrer à sa population qu’il met tout en œuvre pour assurer sa sécurité.
Il en va de la sécurité de tous nos concitoyens. Les administrations locales doivent également se demander quelles initiatives elles peuvent prendre pour renforcer la surveillance et la détection, par exemple en installant des caméras supplémentaires. Elles peuvent utiliser à cette fin les moyens prévus dans le cadre du plan Grandes Villes. Le Conseil national de sécurité continue d’assurer le suivi des appels à la haine sur les réseaux sociaux et les infractions sont signalées au parquet.
Il est normal que les citoyens se sentent concernés par les conflits internationaux. La manifestation pacifique est un droit constitutionnel qu’il convient de respecter.
Notre tolérance s’arrête là où commence la haine, la radicalisation ou la violence. Les conflits à l’étranger ne peuvent jamais être importés ici et conduire à des tensions ou à des violences.
Quant aux mesures particulières de ce point de vue, je n’en vois pas si ce n’est le bon sens et un engagement politique transpartisan. Il faut s’abstenir de jeter de l’huile sur le feu comme ce fut trop souvent le cas ces derniers mois.
La lutte contre les discriminations doit être permanente et la lutte contre le racisme et la xénophobie doit s’intensifier. La lutte spécifique contre l’antisémitisme doit être une priorité nationale partagée. La lutte contre les discours de haine ne peut incomber au seul gouvernement. Chacun doit s’abstenir des amalgames et les dénoncer s’ils ont lieu.
Concernant l’appui fédéral, la police fédérale appuie en permanence les polices locales, selon le principe de la police intégrée. Vu la situation internationale, les services de renseignement et de sécurité sont en alerte permanente.
Je répète que si la lutte contre l’antisémitisme, comme contre toutes les formes de racisme, n’est pas un objectif partagé par tous les partis, le gouvernement seul n’y arrivera pas. Ce n’est pas la tâche du seul gouvernement.
Le gouvernement prend des mesures mais tout le monde doit condamner les discours d’amalgame et de haine sans équivoque.
Ma réplique :
Je n’ai pas obtenu beaucoup de réponses, notamment sur la haine en ligne ou les théories du complot antisémites, qui sont régulièrement à l’origine de passages à l’acte. Qu’avez-vous fait dans le cadre du plan NAPAR? Depuis un an, le ministre Beenders dit y travailler mais on n’a aucun élément concret sur son évolution. On peut déjà avancer sur des mesures concrètes et élaborer le plan interfédéral en parallèle. J’ai porté un tel plan, sous la précédente législature, avec deux collaborateurs à temps plein, mais la N-VA nous a bloqués. Au niveau fédéral, aujourd’hui, on n’avance plus, on recule ! La CIM rassemble maintenant à la fois la lutte contre le handicap, l’égalité des chances et la lutte contre le racisme ! C’est un recul pour la lutte contre les discriminations et les discours de haine. Votre gouvernement ne peut pas se dédouaner de sa responsabilité dans la lutte contre la propagation de la haine.

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