Question orale jointe posée au ministre Rob Beenders en commission Affaires sociales le 4 février 2026. Le compte rendu intégral peut être lu ici.

Ma question :

Monsieur le ministre, 

vous n’êtes pas sans savoir que les impacts de la réforme du chômage portée par le ministre Clarinval suscitent beaucoup d’inquiétude parmi les aidants proches. La situation est maintenant extrêmement urgente. Depuis des semaines, ou plutôt des mois, on alerte le ministre sur les conséquences pour ces personnes qui prennent en charge un proche en situation de dépendance en raison d’un handicap ou à la suite d’une maladie, ou un proche âgé. Aujourd’hui, ces personnes vont être exclues des allocations de chômage. Certaines l’ont déjà été au 1er janvier et d’autres le seront au 1er mars. La situation est urgente.

Ces personnes vont perdre leur revenu, alors qu’elles assurent une mission essentielle pour la société et qu’elles n’ont pas d’autre choix. Elles ne sont effectivement pas disponibles pour le marché de l’emploi, c’est clair, mais elles n’ont en tout cas pas la disponibilité d’une autre personne, qui, elle, n’est pas dans cette situation d’aidance. Par contre, je pense qu’on est tous d’accord sur le fait que ces personnes sont légitimes à percevoir une allocation leur permettant de vivre dignement, elles et leurs familles.

Voici maintenant des mois que les associations alertent, que nous vous alertons. La Ligue des familles, l’ASBL Aidants Proches et une cinquantaine d’autres associations ont lancé une pétition qui vous demande, qui demande à ce gouvernement d’agir pour protéger les aidants proches.

Monsieur le ministre,

la réponse du ministre Clarinval en séance plénière de la semaine dernière est tout simplement hallucinante. Il continue à tourner autour du pot, à nous dire que le travail est le meilleur rempart contre la pauvreté. Cela fait une belle jambe aux aidants proches d’entendre des réponses pareilles. Aujourd’hui, le ministre de l’Emploi continue à sortir du bois sur les solutions structurelles qu’il va apporter pour ces personnes. En tant que ministre de l’Égalité des chances, quelles solutions souhaitez-vous pousser au sein de votre gouvernement ? Quelles pistes sont-elles éventuellement sur la table en vue d’un statut à long terme ? Selon quel calendrier ? Et, à plus court terme, mettrez-vous en place un moratoire pour geler les exclusions des aidants proches du chômage ?

La réponse du ministre : 

Chers collègues, je voudrais répondre à votre question concernant les aidants proches, qui jouent un rôle très important dans la société. Le ministre Clarinval est toutefois compétente en la matière. En tant que ministre de l’Égalité des chances et des Personnes handicapées, je ne peux pas élaborer de statut pour ces personnes. Vous le savez aussi, en tant que bons parlementaires, et une certaine honnêteté intellectuelle est de mise. Nous examinerons bien sûr de manière très constructive toute proposition de la ministre Clarinval. Je ne peux malheureusement pas résoudre tous les problèmes dans le cadre de mes compétences. La limitation dans le temps des allocations de chômage pour ces aidants familiaux a fait l’objet de discussions légitimes ces dernières semaines. Je demanderai certainement au ministre compétent quelles instances seront mises en place et je réfléchirai autant que possible à des solutions, mais je ne peux pas prendre les choses en main ici. J’ai attentivement suivi les interpellations en séance plénière concernant les conséquences de la réforme du chômage sur les aidants proches. J’ai entendu que mon collègue, le ministre Clarinval, a proposé plusieurs pistes de réflexion pour renforcer le soutien à ces personnes. J’attends ces initiatives dans le gouvernement, et je suis bien évidemment prêt à collaborer avec lui – ce que j’ai dit en avant. Si je peux faire quelque chose de concret avec mes compétences Égalité des chances ou Personnes de situation de handicap, je suis disposé à collaborer avec lui; mais l’initiative lui revient, parce que, que je le veuille ou non, je n’ai vraiment pas de compétence propre en la matière en ce moment. Je vais faire tout mon possible pour faire pression sur M. Clarinval en vue d’avoir des solutions. Tout le monde sait en effet que les aidants proches doivent bénéficier d’un soutien maximal. Je serais donc ravi de soumettre une proposition, mais cela dépasserait mes compétences. Je ferai toutefois tout mon possible au sein du gouvernement pour trouver une solution dans les plus brefs délais et soutenir la ministre Clarinval. Ce n’est pas la réponse que vous attendiez, mais c’est la réponse la plus honnête intellectuellement que je puisse vous donner.

Ma réplique : 

Monsieur le ministre,

je suis désolée, mais cette réponse qui consiste à dire « ce n’est pas moi, je n’ai aucune compétence, je suis dépendant du travail du ministre Clarinval », n’est pas acceptable. Vous êtes membre de cette coalition et vous pouvez susciter, par exemple, la réunion de la CIM Handicap, afin de remettre tous les acteurs belges autour de la table afin de trouver des solutions.

Je pense que votre vice-premier ministre, le ministre Vandenbroucke, peut inscrire ce sujet à l’ordre du jour du prochain kern et dire que, désormais, on arrête de tergiverser, on met en place un moratoire visant à éviter l’exclusion au 1er mars de ces profils, car il y a urgence. On n’attend pas que le ministre Clarinval décide de ne rien décider.

Par ailleurs, la situation devient de plus en plus claire. Aujourd’hui, le président du MR, sur la Première, a bien expliqué qu’il ne comptait pas bouger d’une ligne sur ce sujet. Il continue à confondre les différents statuts en matière d’aidance. D’une part, il y a ceux qui bénéficient d’une dispense de recherche d’emploi. D’autre part, il y a des personnes non déclarées qui bénéficient d’une allocation complète et se retrouvent aujourd’hui dans un no man’s land en termes de statut. La société s’en accommode bien, puisqu’elle peut se reposer sur ces personnes à moindre coût.

S’il fallait rémunérer des infirmières, des institutions ou des professionnels pour s’occuper de personnes en situation de grande dépendance, cela coûterait beaucoup plus cher à la société. Il est donc temps d’apporter des solutions, à la fois à court terme et à long terme. Cela fait des années que l’on parle de ce sujet sans que ce dossier n’avance.

Au moment de l’adoption de la réforme, votre parti aurait pu, dans les inter-cabinets, mettre un holà et dire qu’il y avait des catégories oubliées. Vous ne l’avez pas fait. Aujourd’hui, il est de votre responsabilité de rattraper la situation.