Question orale posée au Ministre de de la Défense Theo Francken, Le compte-rendu complet est à retrouver ici.
Ma question :
Monsieur le Ministre,
Le 4 janvier, le président Trump a menacé le Groenland et le Danemark, déclarant que les US avaient besoin du Groenland « pour leur sécurité nationale ». Ces propos interviennent après l’attaque illégale menée par les États-Unis contre le Venezuela qui a mené à l’enlèvement du président vénézuelien.
Le Groenland est l’un des trois pays constitutifs du Royaume du Danemark. La Première ministre danoise, Mme Fredriksen, a déclaré que ces menaces doivent être prises au sérieux et qu’une attaque américaine contre le territoire d’un allié de l’OTAN signifierait la fin de l’alliance. Elle compte sur le soutien des alliés européens pour garantir l’intégrité territoriale du Danemark et du Groenland. Le Premier ministre groenlandais a également rejeté fermement ces menaces, rappelant qu’il appartient aux Groenlandais de décider de leur avenir.
Une déclaration jointe de la France, l’Allemagne, l’Italie, la Pologne, l’Espagne, le Royaume Uni et le Danemark a d’ailleurs été publiée hier explicitant le positionnement de ces pays, appelant aux États-Unis de respecter la souveraineté de ce territoire.
L’attaque américaine contre le Venezuela démontre que l’administration Trump ne respecte plus le droit international. Soyons clairs : nous refusons toute complaisance envers le régime autoritaire, corrompu et anti-écologique de Maduro, mais cela ne justifie en rien qu’un autre État le destitue par la violence. Le recours à la force armée est interdit hors mandat du Conseil de sécurité de l’ONU ou légitime défense. L’absence de condamnation du gouvernement belge est consternante.
Ne soyons pas naïfs : autre chose se joue derrière cette attaque : l’accaparement de matières premières et des énergies fossiles. Le président Trump a lui-même déclaré que cette attaque était motivée par un meilleur accès au pétrole vénézuélien. Le Groenland abrite également d’importants gisements de terres rares, de cuivre et de lithium.
Monsieur le Ministre,
- Le gouvernement condamne t’il l’invasion récente du Vénezuela et les menaces des États Unis envers le Groenland et le Danemark ?
- Considère-t-il que l’intervention militaire américaine constitue une violation de l’article 2, §4 de la Charte des Nations Unies ? Si oui, quelles conséquences juridiques et politiques en tire-t-il dans les relations bilatérales Belgique–États-Unis ? Si non, sur quelle base juridique précise cette intervention est-elle justifiée ?
- La Belgique est-elle prête à respecter ses obligations de défense collective si le Groenland faisait l’objet d’une agression militaire, y compris de la part d’un allié ?
- Le Danemark a-t-il déjà pris contact avec la Belgique en vue d’une éventuelle activation de l’article 5 de l’OTAN ou de l’article 42§7 du Traité sur l’Union européenne ?
- Le gouvernement pourrait-il soutenir l’établissement d’une présence militaire européenne permanente au Groenland, en accord avec le Danemark, comme mesure de dissuasion et de prévention ?
- Si non, comment justifie-t-il ce refus face à une menace crédible sur un territoire européen stratégique ?
- À la lumière de cette intervention américaine unilatérale, votre gouvernement maintient-il toujours que l’achat des F-35 garantit l’autonomie stratégique et la sécurité de la Belgique ? Une réévaluation de cette dépendance militaire vis-à-vis des États-Unis est-elle envisagée, oui ou non ?
Je vous remercie.
Ma réplique :
Monsieur le ministre, je vous remercie pour vos réponses.
En complément de la réplique de mon collègue Van Hecke, je soulignerai que vous avez en effet été clair sur certains aspects. Par contre, je suis étonnée par les propos de certains collègues qui continuent de marteler à quel point les États‑Unis sont et restent notre meilleur allié. Aujourd’hui, continuer à penser que le salut de la Belgique et de l’Europe passe par cette Alliance est de l’aveuglement complet au regard de ce qui est en train de se passer. La situation actuelle est très claire: nous constatons un non‑respect du droit international et de la territorialité du Groenland, et donc de l’Union européenne. Nous devons agir en conséquence.
L’enjeu en matière d’autonomie, en particulier d’autonomie énergétique, est évidemment énorme. Et c’est précisément l’un des enjeux des prochaines années: parvenir à être davantage résilients et autonomes, tant au niveau européen qu’au niveau belge, en la matière.
Plus spécifiquement, même si nous ne serons jamais d’accord sur la question des F‑35, il est évident qu’il ne s’agit pas d’une bonne option d’en racheter pour 1,6 milliard d’euros d’argent public – l’argent des citoyens belges – pour un résultat tel que celui qui se produit aujourd’hui et qui se reproduira sans doute à l’avenir. Comme vous le disiez, le Danemark a acheté des F‑35; nous voyons bien la situation dans laquelle il se trouve et la façon dont le président Trump le traite.
Monsieur le ministre, si vous voulez flatter l’ego de Trump, offrez‑lui un Manneken-Pis plaqué or, mais ne lui offrez pas, sur un plateau d’argent, 1,6 milliard d’euros d’argent public pour des avions qui ne garantissent en rien notre sécurité ni notre autonomie! Ce dont nous avons besoin, c’est d’une défense européenne et d’une coordination au niveau des achats; aujourd’hui, entre les différents pays européens, c’est la zizanie concernant les différentes sortes de chars, de tanks et d’avions. Par ailleurs, il faut être ferme. En effet, dans un monde où prévaut la loi du plus fort, c’est en faisant preuve de fermeté et en traçant des lignes rouges très claires que nous parviendrons à nous faire respecter, et non en nous mettant à plat ventre.

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