Intervention en séance plénière du 27 mai 2026. Le compte-rendu est à retrouver ici.

Chers collègues, j’interviens en complément de mon collègue Jeroen Van Lysebettens, qui a déjà bien exprimé notre position, pour répondre aux explications du ministre Vandenbroucke. Celui-ci nous dit qu’il n’y a pas d’alternative, qu’on n’a pas le choix et qu’on ne peut que procéder de la sorte vu les contraintes budgétaires dans lesquelles nous nous trouvons.

Je pense que la loi-programme est la moins bonne des réponses à ce problème. Aujourd’hui, nous sommes face à un texte qui n’a plus aucun sens dans le contexte actuel. Je rappelle qu’il s’agit de la transposition de l’accord budgétaire 2026, qui aurait dû être adopté avant la fin de l’année précédente – et qui ne l’est toujours pas fin mai 2026. Il manque certains aspects de cet accord, qui étaient présentés comme des éléments d’équilibre vis-à-vis de ce qui nous est présenté aujourd’hui.

Dans cet accord se trouvait une proposition, certes farfelue, d’augmenter la TVA sur une partie de la culture – le rap, mais pas l’opéra –, d’augmenter le prix des plats à emporter – seulement sur le thé fait maison et pas sur un Ice Tea d’une grande marque multinationale. Cette proposition a été supprimée, d’une part, en raison d’une opposition générale du secteur et, d’autre part, à cause de son impraticabilité dénoncée par de nombreuses institutions.

Nous nous retrouvons aujourd’hui face à une loi dont il manque déjà tout un pan. Ensuite, on nous annonce que la taxe sur l’aviation va finalement être annulée. En d’autres termes, on nous demande de voter aujourd’hui une disposition qui, dans quelques mois, va être supprimée de la même main que celle qui l’a faite. Ici, nous aurions souhaité qu’il y ait un correctif et une solution alternative. Or il n’y en a pas.

Par ailleurs, le ministre Vandenbroucke nous dit qu’on ne pourra pas rétablir un équilibre budgétaire sans toucher à certains groupes, et que ceux qui prétendent que c’est possible sont des hypocrites. En réalité, voilà des mois que nous proposons des solutions alternatives. Voilà des mois et des mois que nous alertons, que nous proposons à ce gouvernement des solutions qui sont plus justes, des solutions qui feraient partie d’une véritable réforme fiscale, qui mettraient en avant la justice fiscale dans le pays.

Aujourd’hui, on ne peut pas continuer à faire peser autant d’efforts sur les travailleurs. Et ce n’est pas Ecolo-Groen qui le dit mais des experts, des analystes qui se penchent sur la situation actuelle du marché du travail et qui voient notamment le remplacement d’une énorme masse de travailleurs – une masse qui va d’ailleurs s’accroître – par l’intelligence artificielle. Ils nous disent aujourd’hui qu’il faut que les gouvernements, que les dirigeants intègrent cette dimension-là dans leur logiciel et qu’à un moment, on puisse envisager une taxation des entreprises sur la base des outils de production et pas uniquement sur la base des travailleurs.

En fait, on est en train de réduire la masse salariale au profit d’autres outils qui, par contre, génèrent des bénéfices. Ces bénéfices-là, il faut pouvoir aller les rechercher. Ce sont des possibilités qui existent et qu’aujourd’hui, vous refusez d’envisager.

On sait également qu’en tant que gouvernement, vous êtes censé apporter des réponses aux problèmes de la population. Alors bien sûr, il y a des contraintes et des enjeux. Par exemple, une étude publiée la semaine dernière montre qu’une famille wallonne sur cinq ne pourrait pas faire face à une dépense imprévue de 500 euros. Voilà un enjeu qui vous est adressé en tant que gouvernement. Lorsqu’une telle situation se produit, une alarme doit s’allumer dans votre cerveau pour vous inciter à trouver les moyens d’éviter que ces familles-là ne basculent dans la pauvreté.

Or ce gouvernement est tellement empêtré dans des guerres intestines et dans des tensions terribles qu’en réalité, vous ne parvenez pas à réagir efficacement face à des difficultés. Regardez le temps que vous avez mis pour trouver des solutions dans le cadre de la crise énergétique! Ce sont des solutions qui sont complètement en-deçà des besoins exprimés par la population et qui, par ailleurs, ne tapent pas au bon endroit étant donné que vous n’allez même pas rechercher les surprofits – qui, soit dit en passant, sont une arnaque monumentale. On laisse des entreprises énergétiques augmenter les factures sur le dos du citoyen, qui se retrouve à payer 45 euros en moyenne de trop par mois, et on laisse faire. On laisse faire, on laisse de l’argent échapper à la fois au pouvoir d’achat des citoyens et aux finances publiques.

Nous ne trouvons pas cela normal et nous pensons que des alternatives sont possibles.

Par ailleurs, nous estimons que réforme après réforme, ce gouvernement fait toujours contribuer les mêmes. D’une part, ce n’est pas pour cela que les gens ont voté, ce n’est pas sur cela que vous avez fait campagne. D’autre part, c’est demander trop d’efforts alors que d’autres ne contribuent pas du tout suffisamment à l’effort général qui est demandé ici.

Quand 1 % de la population possède autant de richesse en Belgique que 75 % des plus pauvres, nous pensons que c’est chez ce 1 % qu’il faut aller rechercher des fonds. Oui, nous pensons que c’est de ce côté-là qu’il faut plutôt se tourner. Or vous allez chercher l’argent, par exemple, d’une infirmière qui gagne 3 150 euros net par mois. Elle va être mise à contribution par ce gouvernement dans le cadre du plafonnement de l’index. Il existe des éléments conjoncturels qui font augmenter les prix mais c’est quand même l’indexation qui permet d’y répondre, étant donné que l’augmentation des salaires n’est pas possible en Belgique en raison du blocage par la loi de 96.

Par contre, toute une série de décisions politiques prises par ce gouvernement et par les gouvernements des entités fédérées contribuent à faire augmenter le coût de la vie. Je pense notamment à l’augmentation du minerval, au fait de rendre payants les cours d’académie en dessous de 12 ans à partir de la rentrée. Ces nouveaux coûts vont venir s’ajouter au budget des ménages.

Nous pensons que ce gouvernement fait fausse route en faisant en sorte de diminuer le pouvoir d’achat en même temps qu’il augmente le coût de toute une série de services.

Par ailleurs, en ce qui concerne les pensionnés, nous estimons également qu’il n’est pas raisonnable de toucher ceux qui gagnent 2 000 euros brut par mois et qu’il y avait des alternatives.

Pour toutes ces raisons, nous pensons que ce gouvernement devrait corriger sa copie et adopter aujourd’hui des mesures qui vont véritablement chercher l’argent là où il se trouve et qui répondent aux enjeux qui lui sont adressés par la population. Ces enjeux sont relayés semaine après semaine, mois après mois par différentes instances de monitoring et des associations de terrain. Mais ce gouvernement décide de n’écouter personne et reste bloqué dans des décisions qui sont obsolètes, déjà périmées. Nous nous opposons donc fermement à cette loi-programme. Je vous remercie.