Intervention en plénière adressée au ministre des Finances, Jan Jambon, compte rendu intégral à retrouver ici.
Mon intervention :
Monsieur le ministre, je suis quand même étonnée de ne pas vous entendre réagir sur la dimension énergie du package de réforme fiscale, alors que c’est pourtant le sujet du moment. La situation actuelle est embarrassante. Vous avez mis des semaines avant d’apporter une petite solution. En réalité, vous espériez que la crise passe toute seule, afin de ne pas devoir ouvrir le portefeuille. Or l’État belge, en ce moment même, en ne faisant rien, gagne de l’argent. Il se comporte comme un rentier qui engrange des recettes grâce, tout simplement, à l’augmentation du prix à la pompe et à l’augmentation des factures énergétiques. C’est de l’argent qui rentre tout seul. Vous avez donc intérêt à laisser la situation se dégrader et à contraindre les ménages à se débrouiller seuls et à trouver dessolutions comme puiser dans leur épargne pour pouvoir continuer à rouler en voiture ou à payer leurs factures d’énergie.
Tout le monde ne peut pas, du jour au lendemain, passer d’une installation au gaz à une installation électrique. Il est incompréhensible que l’on mette en place de telles mesures alors qu’il faudrait accompagner les citoyens. Que font les gouvernements wallon et bruxellois? En fait, ils suppriment les mesures d’accompagnement des ménages qui leur permettraient de s’inscrire dans la transition et de réduire leur consommation. C’est extrêmement grave ce qu’il se passe en matière d’anticipation, d’autonomie énergétique et d’implication des ménages dans cette transition et le fait qu’on fasse payer la facture aux citoyens.
Certes, il y a eu deux ou trois mesures, notamment une mesure particulièrement alambiquée qui passe par des mécanismes via l’employeur. Mais les déplacements nécessaires ne se limitent pas au cadre du travail. Lorsqu’on conduit les enfants au foot, même en covoiturage, il faut de l’essence. Quand on va faire les courses, il faut de l’essence. Mais quand une maman fait le taxi le mercredi après‑midi pour conduire les enfants à la gymnastique, à la danse ou chez le dentiste, ce sont aussi des déplacements légitimes, qui deviennent aujourd’hui impossibles pour certains parents. Quand une mère qui a un enfant en situation de handicap doit le conduire dans une institution située à 100 kilomètres de son domicile, elle est aussi en droit d’attendre un soutien de l’État. Ce sont des déplacements qu’elle doit effectuer et qui l’appauvrissent aujourd’hui.
J’estime que votre manière de gérer cette crise énergétique est catastrophique. Ne parlons même pas des actes commis sur le plan énergétique, avec le retrait de l’appel d’offres pour l’éolien offshore – nous parlerons la semaine prochaine en commission de l’Énergie du lancement de cet appel. C’est quand même un scandale! On a fait perdre à ce projet, dont nous avons pourtant cruellement besoin, des mois voire des années de développement, alors que nous voyons bien quelle crise nous sommes en train de traverser. Et cela ne va pas en rester là. Demain, le prix à la pompe va encore augmenter. Cette crise est donc bien partie pour durer, sans que nous sachions combien d’autres suivront. Je vous le demande: êtes-vous en train de vous préparer à une nouvelle crise dans six mois, dans un, deux ou trois ans? Vu la situation géopolitique et géostratégique, nous avons cruellement besoin d’anticipation et d’initiatives pour éviter que les ménages ne s’appauvrissent sous l’effet des crises. Or, en ce moment, vous êtes uniquement en train de vous servir du portefeuille des citoyens comme d’une marge d’ajustement. Ce n’est vraiment pas correct.
En parallèle, une toute petite mesure vise les plus hauts patrimoines, qui sont à peine mis à contribution. La taxe sur les comptes-titres passe ainsi de 0,15 à 0,3 %. C’est le seul petit effort qu’on demande aux plus gros patrimoines, alors que, selon la FSMA, ils géraient 250 milliards d’euros d’actifs en 2025. Il existe un énorme volume d’argent. On peut donc légitimement demander à ces personnes de contribuer un tout petit peu. Mais vous vous y refusez à nouveau.
Des solutions existent en vue d’une véritable transition et d’une authentique justice fiscale. Toutefois, ce gouvernement continue de refuser de prendre de telles mesures et de récupérer les surprofits sur le plan énergétique.

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