La réforme du chômage limitant le versement des allocations à maximum deux ans, entrée en vigueur le 1er janvier 2026, suscite une forte inquiétude parmi les aidants proches, en particulier les parents d’enfants en situation de handicap sévère ou de maladie grave. Ces situations d’aidance lourde appellent la mise en place d’un véritable statut social, assorti de droits, dont des droits sociaux, clairs et effectifs, permettant notamment aux parents concernés d’assumer financièrement leur existence et celle de leur famille dans des conditions dignes.

Le régime de l’assurance chômage ne constitue ni une réponse adéquate ni une solution structurelle à ces réalités, qui nécessitent un cadre spécifique, stable et protecteur. Or, en pratique, de nombreux parents confrontés à ces situations (des centaines, voire des milliers selon les associations) dépendent aujourd’hui des allocations de chômage pour subvenir à leurs besoins. En l’absence d’un tel statut, le calendrier actuel est particulièrement inapproprié; l’exclusion du chômage crée un vide de protection sociale aux conséquences immédiates et irréversibles. Certains parents ont déjà été exclus depuis le 1er janvier 2026 et d’autres le seront lors de la deuxième vague d’exclusion prévue le 1er mars 2026. À défaut de statut, il est dès lors indispensable de geler l’exclusion du chômage pour ces publics, à titre transitoire, afin de garantir la continuité des revenus et des droits sociaux jusqu’à la mise en place d’un dispositif adapté.

C’est dans ce contexte qu’une pétition soutenue par une cinquantaine d’associations (dont la Ligue des familles, l’ASBL Aidants Proches, la Fondation SUSA et l’asbl Inclusion) demande la suspension en urgence de l’exclusion du chômage pour ces familles, au motif que la création d’un véritable statut d’aidant proche exigera du temps, alors même que l’échéance des exclusions est imminente et que les conséquences sociales seraient immédiates. À cet égard, les associations contestent l’idée selon laquelle les mécanismes existants (tels que la dispense de recherche d’emploi pour aidant proche dans le régime du chômage, les congés thématiques et le crédit-temps pour les travailleurs) suffiraient à protéger les parents confrontés à des situations d’aidance lourdes et durables. Elles soulignent en particulier les limites de la dispense de recherche d’emploi accordée à certains demandeurs d’emploi en qualité d’aidant proche; celle-ci est strictement limitée dans le temps (quatre ans maximum), très peu mobilisée, et associée à un niveau d’allocation très faible, de l’ordre de 350 euros par mois en moyenne, et diminuant encore après deux ans (environ 317 euros mensuels), ce qui ne permet pas de couvrir les charges du quotidien ni les coûts spécifiques liés au handicap ou à la maladie. Selon les chiffres de l’ONEM, 305 personnes en moyenne par mois ont bénéficié d’une dispense de recherche d’emploi en parallèle d’un chômage complet. Les mesures transitoires de la réforme du chômage prévoient que les aidants proches reconnus et bénéficiant d’une dispense depuis plus de six mois peuvent prolonger leur droit aux allocations jusqu’à douze mois supplémentaires, sous conditions. Ces éléments ne répondent toutefois pas à la question de fond; l’architecture actuelle ne sécurise pas les situations d’aidance lourde, souvent structurelles, et ne prévient pas la bascule vers la précarité au moment des exclusions.

Les témoignages relayés dans le débat public et lors des interpellations parlementaires convergent; de nombreux aidants proche voudraient pouvoir travailler. Beaucoup sont aptes et souhaitent maintenir un lien avec l’emploi, mais se heurtent à l’incompatibilité matérielle entre un temps de travail “standard” et une présence requise 24h/24 ou des interruptions imprévisibles dues à l’état de santé de l’enfant ou du proche.

Ces situations sont aggravées par l’insuffisance de solutions d’accueil spécialisées, de répit, d’aide à domicile, et par le caractère souvent morcelé des dispositifs de soutien. Il convient de rappeler que cette situation n’est pas le fruit d’un choix individuel, mais bien d’un choix politique collectif; faute de places suffisantes dans les institutions spécialisées, de services d’accompagnement adaptés et de solutions de prise en charge accessibles et pérennes, la société fait reposer sur les familles (et en leur sein, le plus souvent sur un parent) la responsabilité principale de l’accompagnement du handicap ou de la maladie grave. En l’absence de politiques publiques à la hauteur des besoins, ces parents n’ont souvent pas d’autre alternative que d’assumer eux-mêmes, à temps plein ou quasi à temps plein, une charge de soins lourde, continue et non substituable. Le renvoi vers le CPAS est une réponse inadaptée; pour ceux qui pourraient y prétendre, il mènera dans tous les cas à une perte de revenu du parent aidant, à des démarches administratives supplémentaires et à une instabilité des revenus sans régler l’impossibilité concrète de se conformer à une disponibilité “classique” pour le marché du travail. Il est également anormal que les CPAS se retrouvent à devoir financer la survie d’aidants proches qui sont dans cette situation en raison de défaillances des autres niveaux de pouvoir. Enfin, l’accord de gouvernement fédéral 2025-2029 reconnaît l’importance du rôle des aidants proches et l’engagement à mieux les soutenir, à renforcer leur statut et leurs droits, et à mieux prendre en compte leur situation dans le cadre du droit du travail et de la sécurité sociale. L’urgence impose que ces engagements se traduisent immédiatement par une mesure transitoire de protection et, structurellement, par la création d’un statut social fédéral garantissant un revenu décent et des droits sociaux effectifs. Dans ce contexte, il est nécessaire d’agir avant le 1er mars 2026, à la fois pour prévenir des exclusions manifestement inéquitables et pour enclencher, avec un calendrier contraignant, la construction d’un statut protecteur, lisible et cohérent, articulé avec les politiques de santé, de handicap et de soutien aux familles.

Nos demandes :

1. de suspendre, avant le 1er mars 2026, l’application de l’exclusion du chômage aux aidants proches confrontés à des charges de soins lourdes le temps de la création et de la mise en œuvre d’un statut social adapté;

2. de réintégrer dans le système de l’assurance chômage les aidants proches exclus au 1er janvier 2026 le temps de la création et de la mise en œuvre d’un statut social adapté;

3. de geler l’écoulement de la durée limitée du droit aux allocations de chômage pendant les périodes reconnues d’aidance donnant lieu à une dispense ou à un dispositif équivalent, afin que l’exercice d’une responsabilité de soins ne pénalise pas le maintien des droits sociaux;

4. d’élaborer et de déposer, dans un délai contraignant, un projet de statut social fédéral des aidants proches, inscrit dans le droit du travail et la sécurité sociale, garantissant:

4.1. une protection financière suffisante assurant une vie digne à l’aidant proche et à la, ou les, personne(s) aidée(s);

4.2. des droits sociaux effectifs (assurance maladie, pension, protection contre la précarité);

4.3. une lisibilité et une simplification des démarches administratives;

4.4. une adaptabilité aux situations d’aidance, en tenant compte notamment de la gravité du handicap ou de la maladie, du caractère structurel ou évolutif de l’aidance, et des réalités des familles monoparentales;

5. d’organiser sans délai une concertation structurée avec les associations représentatives, les organisations syndicales, les mutualités et les administrations concernées (dont l’ONEM), afin de co-construire les critères, garanties et modalités d’un dispositif transitoire et du futur statut;

6. de produire et de publier, à bref délai, des données consolidées permettant d’objectiver les publics concernés (nombre de personnes en situation d’aidance lourde, profils, risques d’exclusion, impacts budgétaires et sociaux), et de mener une étude d’impact sur les conséquences sociales et financières de la limitation dans le temps des allocations de chômage pour les catégories nécessitant des protections spécifiques, dont les aidants proches;

7. d’assurer une articulation opérationnelle entre les instruments fédéraux (chômage, congés thématiques, protection sociale) et les politiques relevant des Régions et Communautés (aide à domicile, répit, accompagnement, offre d’accueil), sans que cette articulation ne serve à différer les mesures fédérales urgentes requises avant le 1er mars 2026.

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