Le gouvernement Arizona présente sa réforme des pensions comme une nécessité budgétaire. Pour Ecolo, il s’agit de choix politiques et ces choix risquent d’aggraver les injustices déjà présentes dans notre système de pension. Les carrières les plus pénibles, les plus fragmentées et les plus féminisées seront les plus touchées, alors que ce sont déjà celles qui donnent accès aux pensions les plus basses et aux retraites les plus courtes.

Les alertes sur les conséquences néfastes de la réforme sur certains groupes de la population se multiplient depuis des mois de la part de tous les syndicats, des associations comme Vie Féminine, le Réseau belge de lutte contre la pauvreté, Oxfam, la Ligue des Familles, UNIA mais aussi la Cour des comptes. Le Conseil d’État a lui-même pointé l’absence de démonstration suffisante de la proportionnalité de la réforme au regard de l’article 23 de la Constitution. Le Comité d’étude sur le vieillissement a, lui, objectivé une hausse du risque de pauvreté pour les nouveaux pensionnés dès la fin de législature.

« Une pension devrait corriger les inégalités d’une vie de travail, pas les amplifier. Cette réforme transforme les inégalités de carrière en inégalités de pension et refuse de reconnaitre le travail gratuit fourni principalement par les femmes et pourtant indispensable au bon fonctionnement de la société », dénonce Sarah Schlitz, cheffe du groupe Ecolo à la Chambre.

Le projet repose sur une vision fantasmée du travail : il serait continu, régulier, rémunéré, à temps plein. Tout ce qui s’en écarte est dès lors sanctionné.

« Le malus regarde le compteur stricte de jours « travaillés » par an, 156 pour qu’une année compte. Il ne voit pas le mi-temps subi, les périodes de maladie, les proches aidés, les enfants élevés. Il voit un trou dans une carrière, et il sanctionne », résume Sarah Schlitz.

C’est pour répondre à ces injustices qu’Ecolo a déposé 15 amendements au projet de réforme des pensions. Ils visent à corriger les dispositions les plus problématiques pour les salariés, les indépendants et les agents publics.

Ecolo demande la suppression du malus dans tous les régimes, y compris sur la pension minimum. Présenté comme un incitant à travailler plus longtemps, ce malus frappera en réalité de nombreuses personnes déjà fragilisées par la maladie, l’usure professionnelle ou des carrières incomplètes. Pour Ecolo, le malus est une sanction, pas un levier d’emploi. Les chiffres confirment l’ampleur du problème : une travailleuse sur quatre serait concernée par le malus, contre un travailleur sur douze, et 44 % des personnes susceptibles d’être frappées étaient déjà en incapacité de travail avant leur départ.

Nous proposons de corriger les conditions d’accès à la pension anticipée, en maintenant le seuil de 104 jours par an plutôt que les 156 voulus par l’Arizona, et afin de ne pas exclure structurellement les personnes à temps partiel. Nous voulons également revoir la voie de départ à 60 ans après 42 ans de carrière. Censée viser les carrières pénibles, cette voie impose des conditions si dures qu’elle est rendue quasi inaccessibles à celles et ceux qui ont commencé à 18 ans dans des métiers physiques, usants et plus exposés aux maladies, aux accidents et donc aux interruptions.

Ecolo demande que les périodes de congé parental, de congé d’aidant proche, de congé de naissance et de congé d’adoption soient pleinement prises en compte dans l’ouverture du droit à la pension anticipée. Nous proposons aussi un correctif pour les parents qui ont ralenti leur activité sans passer par un dispositif formel.

« Accueillir un enfant, accompagner un proche malade, soutenir un parent en fin de vie, ce n’est pas sortir du travail. C’est une forme de travail que la société ne rémunère pas, mais dont elle dépend entièrement », rappelle Sarah Schlitz.

Ecolo veut protéger les agents de la fonction publique contre une modification brutale des règles en cours de carrière. Nous proposons notamment une clause de non-régression pour les agents en service, le maintien de la péréquation et une évaluation spécifique des effets de la réforme sur les métiers les plus exposés, comme la police, les pompiers, les militaires, les services actifs et l’enseignement.

Enfin, Ecolo demande une évaluation transversale de la réforme dans les deux ans, livre par livre, sur ses effets sociaux, genrés et distributifs, soumise pour avis à l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes.

« Cette réforme n’interroge jamais la manière dont les pensionnés vivent dans notre pays. Pour moi, chaque grand-parent devrait avoir les moyens d’emmener de temps en temps ses petits enfants le mercredi après-midi en visite à l’aquarium et manger une glace. » conclut Sarah Schlitz.