Intervention en séance plénière ce 13 octobre en l’absence du Premier ministre et du traditionnel discours sur l’état de l’Union.

Pour la deuxième année d’affilée, le premier ministre a décidé de venir demander une cote de présence pour son examen. En réalité, c’est encore pire: il n’est même pas venu signer, mais passe directement en deuxième session. C’est zéro pointé. Quel bel exemple pour les jeunes qu’il essaie, à travers ses discours autoritaires, de renvoyer à leurs cahiers!

Dans ce cas, l’échéance était pourtant bien connue. Ce n’est pas comme s’il s’agissait d’une crise à gérer ou d’un événement imprévu. Non, cette date était connue et est la même chaque année. Le travail attendu, lui aussi, est parfaitement connu. Ce que l’on constate, chers collègues, c’est simplement que vos ministres ne se donnent pas les moyens d’aboutir à un budget capable de répondre aux enjeux de notre société. 

En réalité, tout cela n’est qu’un petit jeu. Bart De Wever est de toute façon gagnant à tous les coups dans ce petit jeu, qui est moins confortable pour les autres partis. S’il n’y a pas d’accord budgétaire, il prétendra que l’État fédéral est ingouvernable. Dans le cas contraire, il se fera passer pour un héros qui est parvenu, malgré tous ces partis qui ne s’entendent pas et se chamaillent, à fédérer tout le monde et à aboutir à un accord budgétaire. Évidemment, cela ne place pas ses partenaires de majorité dans les meilleures conditions pour négocier, mais cela les regarde.

Ce qui est plus grave, en revanche, c’est que ces décisions sont vitales pour beaucoup de citoyens. Ces derniers attendent des réponses, une réaction et des solutions aux enjeux qui se présentent et qui sont nombreux. Nous ressentons toutes et tous le malaise qui existe aujourd’hui dans la population, que ce soit chez les jeunes, chez les travailleurs âgés qui ne parviennent pas à retrouver un emploi lorsqu’ils ont perdu le leur, chez les enseignants ou encore chez les travailleurs qui, parfois, vivent eux-mêmes dans la précarité.

D’autres enjeux arriveront encore. À l’approche de l’hiver, avec la baisse des températures, nous risquons de nous retrouver une nouvelle fois confrontés à une grave crise de précarité énergétique. Or, aujourd’hui, aucune mesure n’est sur la table et aucune solution n’est proposée pour rassurer les citoyens.

Je dirais dès lors que la seule chose positive dans ce retard, c’est qu’il est désormais possible d’identifier les choix budgétaires opérés par les entités fédérées.

Cela au moins permet de clarifier le jeu, et l’on peut dire qu’il s’agit d’une masterclass de ce qu’il ne faut pas faire. Que cela vous serve au moins de leçon pour orienter les discussions des prochaines semaines. À Bruxelles, on décide de supprimer 7 millions d’euros dans la transition et de retirer 75 millions d’euros aux politiques de l’emploi. En Wallonie, on coupe dans les budgets de la santé et dans ceux des maisons de repos, ces mêmes structures où les travailleurs ne savaient plus quoi faire en période de canicule et qui ont cruellement besoin d’investissements. On parle également de définancer le TEC, alors que nous avons aujourd’hui besoin d’investir dans les transports en commun. On coupe aussi dans les budgets des communes, déjà à la corde en raison des différentes mesures prises précisément par votre gouvernement.

Par ailleurs, on constate une absence totale de prise en compte de l’enjeu climatique. Pourtant, nous venons de passer un été meurtrier qui a tué près de 3 000 personnes et lors duquel 3 300 hectares des Fagnes sont partis en fumée. Malgré cela, il n’y a pas de réaction; le silence est assourdissant. Mais on ne peut pas simplement ignorer cette question et passer à autre chose. On ne négocie pas avec le climat!

Ne pas agir pour le climat est un enjeu de sécurité. C’est exposer nos citoyens à des dangers, c’est exposer leur santé et c’est aussi exposer nos finances. Les inondations de 2021 ont coûté 737 millions d’euros aux finances publiques wallonnes et 2,3 milliards d’euros aux assurances. Jusqu’à quand ces dernières accepteront-elles de payer, alors que les pouvoirs publics n’agissent pas? Rien que cet été, les vagues de chaleur ont coûté 6 milliards d’euros à la Belgique.

Alors, chers collègues, ne vous trompez pas de choix politiques aujourd’hui. Car ce sont bien des choix politiques que vous devez poser. Allez chercher l’argent là où il se trouve pour financer la transition, pour protéger les citoyens, pour protéger les entreprises et pour faire en sorte d’atteindre vos propres objectifs budgétaires. Je vous remercie.