Le gouvernement Arizona présente sa réforme des pensions comme une réponse aux enjeux budgétaires. Pour Ecolo, il s’agit d’un choix politique clair : faire payer le dérapage budgétaire de ce gouvernement aux pensionnés sans tenir compte des inégalités de parcours.
Le cœur de la réforme est simple : valoriser toujours davantage le « travail effectif », celui qui découle d’un contrat de travail, avec un salaire qui tombe à la fin du mois, en réduisant la prise en compte du travail gratuit (soin des enfants, aidance proche, …), des périodes de maladie ou de chômage. Elle sanctuarise une situation théorique idéale, dans les faits presque impossible à atteindre, de carrière linéaire, à temps plein, sans interruption.
Les femmes seront particulièrement touchées. Parce qu’elles occupent davantage d’emplois à temps partiel, parce qu’elles interrompent plus souvent leur carrière pour le soin aux enfants ou aux proches, parce qu’elles sont surreprésentées parmi les petites pensions. Les personnes malades, les aidants-proches, les travailleurs des arts, les personnes en situation de handicap, les travailleurs âgés exclus du marché du travail paieront eux aussi un prix très lourd.
Dans le même temps, et c’est la que se situe la plus grande hypocrisie de ce gouvernement, le gouvernement multiplie les formes d’emploi qui produisent précisément ces carrières fragmentées – flexi-jobs, extension du travail étudiant, mini contrat de 3,8 heures, heures supplémentaires non-soumises à cotisation. En facilitant le licenciement des travailleurs âgés. Toute une série de mesures qui ne permettent précisément pas de construire des droits solides à la pension. En multipliant les emplois précaires ou qui contribuent faiblement à la pension, le gouvernement fragilise la construction des droits dès le départ.
Rappelons que la pension ne commence pas le jour où on arrête de travailler. Elle commence le premier jour de la carrière. Précariser l’entrée sur le marché du travail, c’est déjà affaiblir la pension de demain.
« Cette réforme ne corrige pas les inégalités de carrière : elle les transforme en inégalités de pension. C’est une double peine pour des milliers de travailleuses et de travailleurs. D’abord, on les enferme dans des carrières précaires, hachées ou pénibles. Ensuite, on les pénalise au moment où ils devraient enfin pouvoir compter sur une pension digne », dénonce Sarah Schlitz, cheffe de groupe Ecolo à la Chambre.
Le mécanisme de bonus-malus illustre parfaitement cette logique. Il pénalisera celles et ceux qui ne peuvent pas prolonger leur carrière, souvent parce qu’ils sont usés, malades, exclus du marché du travail ou coincés dans des métiers pénibles. À l’inverse, il avantagera surtout ceux qui ont la santé, un emploi stable et des marges de choix réelles.
La fonction publique n’est pas épargnée – bien au contraire. Sous couvert d’harmonisation, la réforme en nivelant les droits par le bas démantèle progressivement les spécificités statutaires qui structuraient les pensions des agents publics. Le Conseil d’État l’a dit clairement : l’harmonisation ne justifie pas, à elle seule, un recul aussi significatif. Quand on affaiblit l’attractivité de l’enseignement, de la magistrature, des soins, ce sont les services rendus à l’ensemble de la population qui en pâtissent.
Pour Ecolo, la pension est un mécanisme de solidarité – pas une récompense – un outil au service de la dignité de toutes et tous. Dans une société où les parcours sont inégaux, la pension doit corriger les injustices. En organisant cette double peine, le gouvernement fait le choix d’un système plus dur, plus inégalitaire et plus déconnecté des réalités vécues par la majorité des travailleurs.

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