Depuis ce 1er Mars 2019, les pensions minimales pour les salariés.es et les indépendants.es ont augmentés de 0,7%. Une bonne nouvelle non ?

On aurait pu effectivement s’en réjouir si cette augmentation respectait également le principe d’égalité. Car le diable se cache dans les détails : ce rehaussement ne s’applique qu’aux carrières complètes, c’est-à-dire aux travailleurs.euses qui ont comptabilisé au minimum 14.040 jours de travail. Un paradoxe lorsqu’on observe la multiplication des statuts précaires et flexibles qu’a proposée ce même gouvernement…

Inégalités de genre

En conditionnant l’augmentation aux carrières complètes, les principales pénalisées sont une fois de plus les femmes qui sont le moins concernées par ces carrières pleines. Les chiffres parlent d’eux même : le travail à temps partiel concerne 44% des femmes en Belgique contre 11,13% des hommes. Cette mesure reste ainsi complètement aveugle d’une part à tout le travail effectué dans la sphère privée que réalisent encore majoritairement les femmes, et d’autre part à la sociologie du marché du travail en dévalorisant les carrières a temps partiel.

« Privilégiez l’éducation de vos enfants à votre carrière et vous payerez la note plus tard », voilà le signal que renvoie cette augmentation inique. Les montants actuels des pensions témoignent bien de cette situation d’injustice : pour les salarié.e.s, une femme touche en moyenne une pension de 918,20 €, un homme, lui, perçoit 1.531,10€. Ces inégalités persistent quel que soit le type de statut du travailleur ou de la travailleuse.

A la lumière de ces chiffres, on se rend aisément compte qu’une augmentation générale des pensions contribue à faire perdurer l’inégalité au lieu de la résorber. Attention donc à ces effets d’annonce « généreux » qui laissent insidieusement une frange de la population sur le bord du chemin.

De manière plus globale, cette discrimination genrée se fait ressentir dans tous les aspects du monde professionnel. Quelques repères chiffrés à garder en tête :

  • le taux d’emploi des femmes est de 58,1%, contre 66,5% pour les hommes.
  • Et l’écart salarial s’élève à 7,6% sur la base des salaires horaires et jusqu’à 20,6% sur une base annuelle!

Des pistes de solution pour l’égalité salariale

L’indignation que soulèvent de tels chiffres ne doit pas rester lettre morte. C’est la raison pour laquelle le groupe Ecolo-Groen a déposé une proposition de loi visant à combattre cette injustice salariale. Concrètement, celle-ci entend rendre de façon beaucoup plus effective l’égalité théorique inscrite dans la loi. Avec mon homologue Evita Willaert, nous pousserons cette proposition de loi sur l’égalité salariale. Nous en faisons une priorité pour qu’elle soit adoptée avant la fin de la législature. Nous avons déjà trop attendu !

Cette proposition porte sur les exigences attendues de la part des entreprises :

1. Actuellement, ces dernières sont tenues de publier un rapport d’analyse des salaires ventilé par genre. Si ce bilan fait état de discrimination, elles peuvent avoir recourt à un médiateur ou rédiger un plan d’action cherchant à rétablir l’égalité salariale. La proposition Ecolo-Groen vise, en cas de discrimination constatée, à rendre les sanctions obligatoires, sans quoi ces dispositions restent de l’ordre du symbolique. Or ce que nous demandons, ce sont des effets réels et concrets en matière de lutte contre la discrimination !

2. Une autre mesure prévoit également de rendre publics ces rapports. Un incitant puissant pour les entreprises à se mettre à jour en la matière. Car si les dirigeants assument le « machisme salarial » en privé, ils éprouveront beaucoup plus de difficulté à s’en accommoder publiquement.

Bref, ce n’est pas un scoop, le chantier de transformation de nos sociétés patriarcales a encore de beaux jours devant lui. Soyez bien assurés.es que je serai là chaque fois qu’il faudra défendre la cause des femmes et toute autre forme de discrimination.

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