Question posée en commission au ministre de l’Intérieur, Bernard Quintin. Le compte-rendu intégral est à retrouver ici.

Ma question : 

Monsieur le ministre, cela fait maintenant un mois que les Fagnes brûlent. C’est la deuxième fois que nous nous rencontrons pour faire le point sur la situation, mais surtout pour essayer de comprendre comment nous avons géré – ou plutôt pas si bien géré – cette situation et comment nous pouvons mieux nous préparer à l’avenir face à ce type d’événements.

 Évidemment, vous n’êtes pas le seul concerné et, à cet égard, je regrette que nous n’ayons toujours pas pu avoir d’entretien avec le ministre Crucke qui, pourtant, s’exprime largement dans la presse et ailleurs sur les solutions qu’il conviendrait de mettre en place, mais n’est toujours pas venu devant le Parlement. Aujourd’hui, nous avons enfin obtenu un échange de vues, qui n’aura toutefois lieu que le 29 septembre. En tout cas, je vous remercie d’être déjà venu à deux reprises devant le Parlement pour échanger avec les députés.

 Monsieur le ministre, j’ai quelques questions précises qui font suite à l’échange de vues que nous avons déjà eu au mois d’août.

 Premièrement, disposez-vous d’une cartographie précise des zones naturelles à risque, avec les indications pertinentes en termes d’accès pour les pompiers, d’accès aux réserves d’eau et de zones à protéger prioritairement?

 Deuxièmement, la Belgique est-elle en mesure de suivre le niveau de risque à l’aide d’indices validés scientifiquement, de les diffuser quotidiennement à la population et ainsi de développer la culture du feu qui nous fait défaut, à l’instar de la France avec le site feuxdeforet.fr, qui permet d’indiquer au jour le jour à la population où se situent les feux de forêt ainsi que leur niveau de dangerosité?

 Quel mécanisme comparable à la « météo des forêts » mise en place par Météo-France existe en Belgique? À défaut, comment pourrions-nous mettre en œuvre un tel système à l’aide de nos propres outils? Quelles sources satellitaires alternatives sont disponibles lorsque le système européen n’est pas accessible, ce qui, m’a-t-on dit, arrive régulièrement? Pourrions-nous mieux collaborer avec nos pays voisins sur cet aspect?

 Enfin, le rapport du Belgian Wildfire Network (BWN) met en évidence l’absence d’harmonisation des signaux destinés à informer la population. Il explique qu’en Flandre, l’Agentschap voor Natuur en Bos (ANB) évalue le risque d’incendie de forêt à l’aide d’une échelle à quatre niveaux, similaire à celle utilisée par l’IRM: vert, jaune, orange et rouge. Pendant la saison des feux de forêt, le code de risque est déterminé chaque semaine. L’ANB dirige la communication à destination du public, laquelle est renforcée par plusieurs intervenants, tels que les services de planification d’urgence et de gestion de crise, les services d’incendie, les municipalités et les gestionnaires de réserves naturelles.

 En Wallonie, en revanche, il n’existe pas de système uniforme de codification des risques. Dans les Hautes Fagnes, un drapeau est utilisé pour signaler le risque d’incendie de forêt, tandis qu’ailleurs, des panneaux d’affichage sensibilisent la population à la situation du moment. Certaines provinces ont déjà élaboré des dépliants pour expliquer la signification du code de risque d’incendie de forêt afin de sensibiliser la population, mais ce n’est pas une mesure uniforme.

 Quelles initiatives allez-vous prendre, en tant que ministre fédéral, pour standardiser les annonces de risque d’incendie et ses différents niveaux, et prendre des mesures d’interdiction de circulation, de feu ou de toute combustion?

 N’est-il pas temps de sortir du bricolage et d’harmoniser, déjà au niveau belge et puis ensuite au niveau européen, ces différents signaux? On sait également que les signaux en forêt concernent également des touristes – des touristes wallons en Flandre, des touristes flamands en Wallonie, mais également des touristes étrangers. Il me semble que l’harmonisation des signaux au niveau européen serait évidemment le plus efficace. À cet égard, s’appuyer sur l’expérience de nos voisins français, qui sont beaucoup plus confrontés aux incendies et feux de forêt, me semblerait utile à cet égard.

 Ma question suivante concerne les effectifs de pompiers et de Protection civile et leurs équipements. Pouvez-vous me dire combien de pompiers et de membres de la Protection civile sont-ils formés à la prévention et à l’extinction des feux de forêt et de milieu naturel? Combien sont-ils réellement disponibles en été? Par ailleurs, combien assument-ils une double casquette avec celle de pompier volontaire? À combien estimez-vous que nous devrions être pour être prêts à faire face aux épisodes vécus cet été?

 Parmi eux, lesquels sont-ils spécifiquement en charge de ce type d’incendie?

 De quels moyens techniques, en particulier aériens, devrions-nous disposer pour être les plus efficaces? Pouvez-vous m’indiquer combien de temps il a fallu pour obtenir et coordonner les aides reçues de pays voisins? Envisagez-vous de mieux équiper et former notre Protection civile aux feux de végétation?

 Quelles mesures sont-elles prises pour mieux protéger la population et les forces d’intervention des effets de la fumée des incendies de milieu naturel, sachant qu’en France, 700 décès sont attribués en moyenne chaque année aux particules fines qui en résultent?

 Une autre question concernant la santé et l’usage des produits retardants contenus dans les extincteurs et autres dispositifs: une analyse est-elle faite en la matière? Un travail est-il mené pour éviter les contaminations de l’environnement par les produits contenus dans les dispositifs visant à éteindre les feux?

 Ma question suivante porte sur les coûts engendrés par la gestion spécifique de la maîtrise de l’incendie des Fagnes. Il me revient des acteurs de terrain que la zone de secours Vesdre-Hoëgne & Plateau ne dispose que de deux camions 4×4 adaptés au relief des Fagnes. Est-ce correct? Certains camions « classiques » mobilisés pour l’intervention auraient été très fortement endommagés pendant les opérations. Le confirmez-vous? Des lances d’incendie auraient également été détériorées, notamment en raison du fait qu’elles ont dû puiser de l’eau en milieu naturel, alors qu’elles sont conçues pour être raccordées à des canalisations. Du matériel a aussi été simplement perdu ou endommagé durant les opérations. À quel montant se chiffrent les dégâts? Qui va prendre en charge les réparations?

 Les agriculteurs belges et allemands mobilisés jour et nuit pendant des jours avec leur propre matériel seront-ils dédommagés? Pour quel montant? Selon quels critères? Par qui?

Les équipes de plusieurs zones de secours, en dehors de la zone concernée, ont été mobilisées pendant des jours voire des semaines. Quelles sont précisément les zones qui ont été mobilisées? À combien se chiffrent les montants dus? Qui va payer pour cette mobilisation?

 Quant aux renforts européens, on sait malheureusement que ce n’est pas la Pat’Patrouille qui vient aider gratuitement les petits Belges pas suffisamment préparés aux risques d’incendie. Cette solidarité européenne se paie et, à ce qu’on me dit, elle se paie cher. À combien se chiffre le montant que nous devront payer pour financer ces renforts européens qui sont venus nous soutenir et qui étaient indispensables dans cette gestion des feux?

Ensuite, concernant la préparation, cet incendie a mis en lumière un manque de préparation assez flagrant. Lors de mes échanges avec des acteurs de terrain, ces derniers m’ont rapporté qu’auparavant, des porte-drapeaux étaient répartis aux quatre coins du parc et équipés de drapeaux rouges qui pouvaient être rapidement déployés en cas d’interdiction de circulation sur le site. De même, des miradors abritaient des observateurs chargés de guetter les départs de feu. Aujourd’hui, on m’informe qu’il ne subsiste plus qu’un seul mirador et qu’il n’y a plus aucun guetteur. Pour quelles raisons ces installations ont-elles été démontées? Envisagez-vous de les réinstaller ou de poser des caméras, à l’image de ce qui se fait en France pour détecter les départs de feu? Cette situation me paraît assez incroyable. Les Fagnes ont pourtant déjà été touchées par deux incendies importants par le passé, bien que de moindre ampleur que celui-ci. Or, force est de constater qu’aujourd’hui, nous sommes moins bien équipés que lors des précédents incendies. Les leçons du passé, notamment de l’incendie de 2011, n’ont manifestement pas été tirées.

Ensuite, le risque d’incendie dans le pays était en réalité connu. En effet, deux rapports permettaient d’attirer notre attention sur ces risques.

Le rapport du SERAC, en 2025, alertait sur le risque d’événements extrêmes, tels que des incendies de plus en plus fréquents et d’une ampleur de plus en plus grande. Un autre rapport, celui de l’AWAC, publié quelques mois plus tard – il y a donc quelques semaines – établissait des cartes qui montraient les endroits en Wallonie qui étaient les plus à risque d’incendie et de feu de forêt, dont les Fagnes.

 Monsieur le ministre, est-ce que les zones identifiées dans le rapport – le Nord de Mons, le parc naturel de Gaume, la forêt de Soignes – font aujourd’hui l’objet d’une attention particulière et d’une coordination de votre part, en lien évidemment avec les entités fédérées, pour assurer une préparation et une réaction plus rapide et organisée que celle que l’on a pu voir pour l’incendie des Fagnes? Les effectifs et équipements des zones de secours concernées seront-ils renforcés pour faire face plus efficacement à ces événements climatiques extrêmes?

 Je vous remercie pour vos réponses et je remercie d’ores et déjà toutes les équipes qui ont travaillé dur pour pouvoir apporter un maximum de réponses à nos questions.

Réponse du ministre : 

Mesdames et messieurs les députés, en effet, le 20 août, devant cette même commission et alors que le feu ravageait encore nos Hautes Fagnes, je vous ai livré une chronologie complète et détaillée de la gestion de cet incendie d’une ampleur inédite pour notre pays.

Je vous rassure, je ne vais pas reprendre cette litanie. Aujourd’hui, quatre semaines et un jour plus tard, je pense qu’il est crucial de répondre à deux questions: quelle est la situation actuelle sur le terrain et quelles politiques entendons-nous maintenir, adapter ou fondamentalement transformer pour faire mieux demain?

Comme vous l’avez peut-être vu, je me suis rendu hier à Sourbrodt, où j’ai rencontré les pompiers, la protection civile et les responsables du dispositif, mais où j’ai surtout vu que nos soldats du feu restaient mobilisés. J’aimerais donc, avant toute chose, réaffirmer, en mon nom et au nom du gouvernement de tous les Belges, ma reconnaissance à toutes celles et tous ceux qui se sont mobilisés, et notamment aux plus de vingt zones de secours et aux nombreux pompiers, à la protection civile de Crisnée et de Brasschaat, à la police locale et fédérale, à la défense, aux services du gouverneur, aux opérateurs de centrales, aux agriculteurs, évidemment, aux entreprises et à tous les citoyens.

Concernant la situation sur le terrain, depuis lundi, l’incendie est circonscrit, mais pas encore éteint. Il est probable que le gouverneur lève dans les heures ou les jours qui viennent la phase provinciale.

Je vais maintenant répondre à vos multiples questions précises en les décomposant par thématique, si vous m’y autorisez. On parle beaucoup d’avions et d’hélicoptères, j’y reviendrai, mais j’aimerais tout d’abord parler de ce que la protection civile a permis pour que le feu soit combattu au sol pendant toute la durée de la crise, sans interruption.

La protection civile a assuré les norias de camions-citernes alimentant les véhicules « feux de forêt » des zones de secours et les citernes-tampons garantissant la continuité de ces norias. Elle a assuré une alimentation en eau depuis le lac de Robertville, l’interdiction de prélever sur le réseau de distribution rendant cette solution indispensable.

Elle a également assuré la mise en place, le remplissage et le déplacement permanent de citernes et de réserves souples permettant l’écopage par Bambi Bucket des hélicoptères. Autrement dit, sans ce travail au sol, certains moyens aériens dont on a tant parlé n’auraient tout simplement pas pu voler en continu.

Elle a également assuré la mise à disposition et la gestion technique du PC-Ops multidisciplinaire, ainsi que des vols de drones de jour comme de nuit pour détecter les points chauds et alimenter la cartographie des zones à risque. Enfin, un directeur logistique était présent au PC-Ops et un directeur D4 au centre de crise, ainsi que la liaison entre la Host Nation Support Cell et le PC-Ops pour l’intégration des moyens internationaux.

Je m’arrête un instant sur le point d’eau, madame Schlitz, parce qu’il répond directement à votre question sur la cartographie. Le fait qu’il ait fallu, en pleine crise, organiser une alimentation depuis Robertville parce que le réseau de distribution n’était pas mobilisable, c’est exactement le type de solution qui doit être identifiée, documentée et testée avant la crise, pas pendant. Je le dis parce que c’est l’un des enseignements les plus concrets de cet événement, et qu’il ne faudra pas une commission spéciale pour déterminer ce genre d’amélioration.

La direction générale de la sécurité civile et les sapeurs-pompiers de Belgique ont déjà entamé une cartographie des moyens disponibles, qui devrait être finalisée pour la fin de l’année, ainsi qu’une analyse de l’appui logistique.

J’en profite quand même pour rappeler que les zones de secours ne sont pas sous l’autorité du ministre de l’Intérieur. J’ai entendu beaucoup de choses encore aujourd’hui dans les questions. Qu’on le veuille ou non, les zones de secours sont aux mains des bourgmestres, à travers les collèges… On peut me demander beaucoup de choses. À l’instar des zones de police, d’ailleurs, je n’ai aucun moyen légal pour mettre une forme de tutelle, comme vous semblez le suggérer, en cas de crise.

Madame Schlitz, c’est vous qui faites les lois. Je vous invite à les relire. Je n’ai aucun moyen légal. C’est comme cela. Il y a quand même un moment… On peut me demander beaucoup de choses, mais les lois sont les lois, et les lois, c’est vous qui les votez.

L’unité de Crisnée a mobilisé 100 % de son personnel disponible, renforcé par une partie du personnel de Brasschaat. Pour pouvoir continuer à fonctionner sans interruption, le service a dû travailler avec trois équipes successives, les prestations pouvant atteindre 30 heures consécutives.

Au total, l’engagement représente, pour la seule Protection civile, plus de 4 000 heures supplémentaires. Ces chiffres disent deux choses.

Premièrement, cela montre la valeur ajoutée d’une capacité fédérale spécialisée. La Protection civile a pu renforcer la zone de secours pendant une période prolongée, précisément parce qu’elle n’est pas simultanément absorbée par la gestion des interventions urgentes quotidiennes. Deuxièmement, cela montre également à quel point les effectifs disponibles du service sont limités. Ces deux constats sont vrais à la fois. C’est précisément pour cette raison que la question de l’avenir de la Protection civile ne peut rester indéfiniment sans réponse. J’y reviendrai.

Monsieur Meuleman, vous m’interrogez sur la pression qui pèse sur les pompiers volontaires. Nous devons reconnaître honnêtement que, lors de cet incendie, plusieurs plafonds légaux ont été dépassés et que notre législation ne prévoyait pas cette situation. Comme vous le savez, la réglementation applicable aux pompiers professionnels permet de dépasser les 60 heures par semaine dans des situations exceptionnelles, mais elle impose que les heures supplémentaires prestées soient récupérées dans les 14 jours.

Autrement dit, les efforts fournis en août se traduisent, en septembre, par une disponibilité réduite. Pour le personnel professionnel de la Protection civile, les règles prévoient une moyenne de 38 heures par semaine, un maximum de 24 heures par prestation, sauf en cas d’urgence, et un repos compensatoire dans les 14 jours. Le volume des heures supplémentaires a largement dépassé ces plafonds.

La réglementation laisse ici au service du personnel le choix entre la récupération et le paiement. Cela offre une certaine flexibilité. Je peux vous confirmer que le service d’encadrement Personnel et Organisation en est informé et qu’il est en mesure de couvrir les coûts qui en découlent.

Pour les volontaires, qu’il s’agisse des pompiers ou de la Protection civile, la situation est plus complexe. Un plafond de temps de service de maximum 24 heures par semaine, ou de 1 248 heures sur 12 mois en moyenne, est fixé. Un plafond fiscal annuel est fixé à 7 310 euros. Les heures qui dépassent ce plafond sont donc imposées. Et surtout, un plafond ONSS trimestriel de 1 804,74 euros existe, au-delà duquel les cotisations personnelles et patronales sont dues sur la totalité des indemnités, et pas seulement sur le dépassement.

Heureusement, les prestations exceptionnelles ne sont pas soumises à ce plafond ONSS et sont toujours exemptées de cotisations ONSS. Les prestations liées aux Fagnes tombent, pour la plupart, dans cette catégorie exceptionnelle et mes services analysent actuellement ce dossier. C’est un travail technique, mais essentiel, car il détermine très concrètement si l’engagement de ces femmes et de ces hommes leur coûte de l’argent ou non. Je ne doute pas que les services, dont certains ne relèvent pas de mes compétences, qui sont chargés de l’analyse de cette situation en tireront les conclusions nécessaires.

Je tire, pour ma part, de tout cela une conclusion politique et je la formule sans détour: ces plafonds sont légitimes et protègent la santé et la sécurité de nos intervenants, mais ils ont été conçus pour un rythme d’activité ordinaire, et non pas pour un événement d’un mois particulièrement exigeant en termes de capacités. Au-delà de la réforme structurelle du statut que je porte, il faudra donc examiner si des mesures ponctuelles s’imposent pour des événements de cette nature.

Concernant les réquisitions, madame Schlitz, vous me demandez qui paie. Je vais vous répondre avec précision. Les contacts entre mon administration et les services du gouverneur chargés de la phase provinciale ont été fluides et, à la connaissance de mes services, le cadre réglementaire a été respecté. L’ensemble des demandes de réquisition a été validé: le carburant, le catering et les agriculteurs. Aucune demande n’a été refusée.

Sur les montants, je vous donne le chiffre dont je dispose aujourd’hui, en précisant qu’il est bien entendu provisoire: les services du gouverneur estiment le montant des réquisitions à une fourchette haute de 1,6 million d’euros. Ce montant sera consolidé dans le cadre de l’évaluation. La loi est claire et je l’ai appliquée sans attendre: les réquisitions opérées par le gouverneur sont prises en charge par l’autorité fédérale. Les agriculteurs formellement réquisitionnés, belges comme allemands, seront donc indemnisés.

Sur ce qui pourrait être amélioré, madame Vandeberg pose la question au bon niveau: celui de la solidarité nationale. Un engagement de cette durée, au bénéfice d’un territoire autre que celui où les personnes opèrent habituellement, ne relève plus de la gestion courante. Il n’existe aujourd’hui aucun financement structurel dédié à la gestion de crise sous la forme d’une provision activable rapidement.

À défaut, les montants à payer sont imputés sur les crédits du fonctionnement ordinaire de la direction générale Sécurité civile, ce qui pourrait évidemment avoir un impact sur ses capacités d’action.

Une proposition visant à constituer une telle provision avait été formulée sous la législature précédente. Elle n’a pas abouti. Je compte remettre la question sur la table.

Comme je l’ai déjà indiqué ailleurs, la réglementation actuelle en matière de personnel n’est pas adaptée à une crise de cette ampleur et de cette durée. Nous devrons examiner cela et, si nécessaire, procéder à des ajustements.

Comme je l’ai indiqué récemment, il est fort probable que notre pays soit confronté, dans les prochaines années, à des événements critiques, qu’il s’agisse de menaces hybrides, d’une inondation ou de nouveaux incendies. Une provision de crise permet précisément de prendre rapidement des décisions, sans devoir se demander, à ce moment-là, qui paiera quoi. Dans une situation de crise, c’est une préoccupation dont nous devons autant que possible décharger les personnes sur le terrain.

Vous êtes également plusieurs à évoquer la nécessité de produire des circulaires. M. Thiébaut avait suggéré de demander aux zones de secours d’élaborer un plan d’intervention spécifique pour les zones boisées. Je veux rappeler ici qu’il appartient à chaque zone d’élaborer une analyse des risques réaliste et de la réviser régulièrement.  La cartographie des moyens disponibles est, en outre, un élément qui permettra de venir compléter ces exercices et d’assurer qu’en fonction des besoins identifiés, les moyens soient disponibles.

Sur un autre volet, et puisque nous parlons de réquisition, je peux vous annoncer une seconde initiative. Il existe un projet de circulaire relatif aux réquisitions, élaboré sous la législature précédente par mon administration et le Centre de crise national. Comme cela n’a jamais été signé, j’ai décidé de relancer ce dossier qui sera enrichi de trois manières différentes. D’abord, il le sera par les conclusions de l’évaluation en cours, de sorte que le texte reparte de ce que nous venons de vivre. Ensuite, il contiendra un rappel clair des limites de l’article 181 de la loi du 15 mai 2007, relative à la sécurité civile, quant au caractère exceptionnel de la réquisition et des alternatives qui doivent être privilégiées en amont (l’anticipation, les procédures de marché, le recours au hub logistique national). La réquisition constitue un instrument puissant, mais c’est un instrument de dernier recours. Le dire clairement protège aussi les autorités locales. Enfin, j’ai demandé qu’on y ajoute un volet qui n’était pas prévu: la gestion des bénévoles et des volontaires spontanés. C’est l’un des points d’amélioration que j’avais moi-même identifiés dès les premiers jours.

Des solutions ad hoc ont été trouvées sur le terrain, y compris des attestations délivrées aux agriculteurs par la police fédérale. Je ne veux plus que cela relève de l’improvisation. Quand quelqu’un met son bien et son temps au service de la collectivité, il doit savoir à l’avance quel est son statut, qui l’assure et qui, le cas échéant, l’indemnise.

J’ajouterai encore deux précisions pour clore le volet financier et pour répondre à quelques-unes de vos autres questions, madame Schlitz. La répartition des coûts dans le mécanisme européen est tripartite. La Commission européenne peut co-financer le transport de ses moyens depuis le pays d’envoi jusqu’en Belgique. Les rémunérations des membres du personnel restent à charge du pays qui nous les a envoyés. La Belgique, comme pays hôte, prend en charge certains coûts liés à l’accueil et à l’emploi de ces moyens sur notre territoire. Le carburant des vols effectués en Belgique, l’hébergement et la nourriture du personnel européen sont des dépenses supportées par le SPF Intérieur.

J’ajoute que, dans le cadre de RescEU, comme ce fut le cas avec les avions suédois, la totalité des charges budgétaires est supportée par l’Union européenne. Et, comme j’ai eu l’occasion de le dire, cela me paraît un assez bon retour sur investissement. Je rappelle que les fonds européens proviennent des contributions des États membres ainsi que de certaines ressources propres, mais qui sortent toujours d’une manière ou d’une autre des poches du contribuable européen.

Par ailleurs, le gouvernement a décidé d’élaborer une proposition de demande de soutien auprès du Fonds de solidarité de l’Union européenne (FSUE), comme cela avait été fait suite aux inondations de 2021. Cette proposition suit actuellement son parcours institutionnel avant d’être formellement introduite. Pour le surplus, vous êtes nombreux à me demander des chiffres, ce qui est parfaitement légitime. Je vous serais cependant reconnaissant d’adresser vos questions par écrit. Cela me permettra de vous répondre le plus précisément possible.

J’en viens maintenant aux enseignements que nous devons tirer de cette crise. Au regard des connaissances dont nous disposons aujourd’hui, les procédures internes de mise en œuvre du soutien du pays hôte (Host Nation Support) se sont révélées efficaces et, surtout, absolument nécessaires. Grâce à cette cellule, les équipes étrangères ont pu être accueillies, leurs points d’arrivée, leurs approvisionnements et leurs relèves ont pu être coordonnés, et elles ont pu être intégrées dans la structure opérationnelle belge.

Le travail mené main dans la main avec nos partenaires européens, y compris avec la commissaire Hadja Lahbib, que je tiens une nouvelle fois à remercier pour son engagement, tant en Belgique qu’ailleurs en Europe au cours de cet été, a permis de dégager plusieurs bonnes pratiques concrètes en matière de coordination air-sol dans l’utilisation des moyens aériens en Belgique. Ces pratiques pourront être intégrées à l’issue de l’évaluation qui débutera prochainement. Je voudrais ici prendre un peu de hauteur face à ceux qui affirment qu’il suffirait d’acheter un avion ou tel dispositif. La question déterminante n’est pas uniquement de savoir combien d’aéronefs nous possédons, mais aussi de savoir si nous sommes capables de les faire travailler ensemble, en toute sécurité, au-dessus des équipes engagées au sol. Cette compétence, nous avons démontré que nous la maîtrisions en conditions réelles.

La question posée par Mme Vandenberg sur cette thématique souligne qu’une capacité aérienne ne se résume pas à un appareil. Elle suppose également un équipage qualifié et un équipement adéquat. Voler avec une tonne d’eau suspendue constitue un métier à part entière ou, à tout le moins, une spécialisation très particulière. C’est la raison pour laquelle, parmi les nombreuses équipes de pilotes d’hélicoptères de la police fédérale, cinq sont actuellement formées pour accomplir ce type d’opération.

Pour pouvoir voler en continu, il faut des équipages formés. La réponse ne consiste donc pas toujours à dire qu’il faut davantage de matériel. Le véritable enjeu ne réside pas uniquement dans le nombre d’appareils, mais aussi dans la question de savoir si nous devons maintenir en permanence à disposition des équipages qualifiés, l’équipement nécessaire au déploiement de ces appareils et une capacité de commandement. Il serait prématuré de répondre dès maintenant à cette question. Nous devons d’abord examiner, notamment avec la Défense, quelle est la meilleure stratégie à adopter.

Monsieur Bergers, concernant les Chinook et les autres hélicoptères, je souhaite être clair sur deux points. Je voudrais d’abord dire un mot sur les compétences. Les achats de la Défense relèvent de la responsabilité de mon collègue de la Défense.

Ensuite, sur le fond, nous devons examiner dans quoi nous investissons : des hélicoptères ou non, des NH90, des Chinook ou autre chose. Cette réflexion doit partir des besoins opérationnels, et non de l’appareil lui-même. Un hélicoptère lourd sans équipage formé aux largages, sans système disponible pour transporter et larguer la charge, et sans coordination entre les moyens aériens et terrestres ne constitue en effet pas, à lui seul, une capacité.

Pour être très clair: la capacité aérienne constituera un élément essentiel de l’évaluation à réaliser, tandis que plusieurs autres points devront également faire l’objet d’une réflexion approfondie.

Je répète que je n’ai pas encore de religion sur le sujet. Je n’exclus rien par rapport à l’augmentation de nos capacités aériennes, mais il faut d’abord que nous fassions une évaluation et, comme j’ai eu l’occasion de le dire, que nous examinions tous les éléments par rapport à l’acquisition de ce matériel, à la manière de l’utiliser, à la fréquence d’utilisation, à la formation des équipages, etc.

Nous devons aussi mieux gérer les offres spontanées et identifier certains mécanismes qui compliquent les réquisitions sur le terrain. J’ai déjà parlé des limitations au temps de travail, qui sont là pour protéger les agents, mais dont l’application stricte après une crise d’ampleur est de nature à obérer l’opérationnalité en cas de crises successives.

Enfin, j’insiste à nouveau sur la nécessité d’un inventaire précis de nos capacités: accès, praticabilité selon le type de matériel, points d’eau et leur capacité réelle – chantier qui n’avait jamais été mené et que je mène actuellement.

Tous ces enseignements précités seront précieux et seront certainement des pistes de travail pour l’avenir.

Une question importante est de savoir si nous sommes en mesure de faire face à plusieurs catastrophes de grande ampleur. Pourrions-nous affronter deux ou trois catastrophes simultanément ou à peu d’intervalle ? Nous devons répondre à cette question dans le cadre du Plan national de résilience. Ce faisant, nous devons résister à un réflexe bien trop fréquent en Belgique, qui ne concerne d’ailleurs pas uniquement la sécurité : la fragmentation des moyens. Dans le cas présent, il s’agit plus précisément d’une politique de sécurité fragmentée, comme l’a qualifiée monsieur Jelle Janssens. Je suis entièrement d’accord avec lui.

Acheter du matériel ici parce qu’une crise vient de se produire, réorganiser précipitamment un service là parce qu’un rapport le suggère… Nous devons nous adapter, mais de manière intelligente. Nous devons avoir une réflexion globale et faire des choix réfléchis et solidement étayés, afin que les moyens se trouvent au bon endroit et que l’on évite tant les doubles emplois que les déficits structurels.

C’est précisément l’objectif de l’inventaire que j’ai fait réaliser : déterminer, avec les zones de secours et la Protection civile, quels risques sont effectivement couverts, lesquels ne le sont pas et où se situent les chevauchements. Parallèlement, il faudra répondre à la question de savoir à quel niveau une capacité donnée doit être organisée : au niveau local et zonal, au niveau fédéral ou, lorsque cela est pertinent, par l’intermédiaire d’un partenaire privé. Je refuse de conclure d’emblée que tout risque résiduel doit être pris en charge par l’autorité fédérale.

Cet exercice est piloté par la Direction générale Sécurité civile et les sapeurs-pompiers de Belgique et sera intégré au projet Morphologie, ce qui lui donnera un caractère récurrent.

Cela devra également s’appuyer sur une évaluation efficace. C’est pourquoi j’ai demandé d’initier sans tarder un retour d’expérience structuré. Les services du gouverneur assureront le pilotage de cette démarche. Je tiens à vous préciser que j’ai mis le Centre national de crise à la disposition du gouverneur, tant en termes de méthodologie que de capacités humaines, afin de mener à bien cette évaluation. Celle-ci est prévue par la réglementation et représente une charge lourde pour les acteurs de terrain, qui sortent de ce mois de prestations, ainsi que pour les administrations. Je suis évidemment ouvert à ce que nous discutions ici ultérieurement des résultats de ces travaux et des mesures qui en découleront.

Mesdames et messieurs les députés, monsieur le président, je m’étais engagé, le 20 août, à présenter rapidement au gouvernement un plan d’action national de lutte contre les feux en milieu naturel. Cet engagement a été tenu. Le cadre de ce plan a été soumis au gouvernement conjointement avec mes collègues en charge de la Défense et du Climat, dans le cadre plus large du Plan national de résilience.

Monsieur Depoortere, vous affirmez qu’un plan n’éteint pas un incendie, et c’est exact, mais les capacités d’intervention ne se développent pas non plus en un tournemain. Elles doivent être constituées sur le plan opérationnel, et cela prend du temps.

Le plan sera articulé autour de piliers directement liés à vos questions, tels que la cartographie opérationnelle, l’approvisionnement en eau, les effectifs et l’expertise spécialisée, la capacité aérienne, le matériel spécialisé, la communication et le commandement.

Le plan s’appuie sur les recommandations existantes du CERAC, du Belgian Wildfire Network et du Livre blanc de la commission Schmitz. Il est conçu de manière à s’articuler avec le plan d’action de la Défense en matière de lutte contre les incendies.

Madame Schlitz, vous me demandez si les autres zones à risque – le nord de Mons, la Gaume, la forêt de Soignes, mais aussi la Campine – font l’objet de la même attention. La réponse est oui, et c’est tout le sens d’un plan national. Nous ne construisons pas un dispositif pour les Fagnes, mais une capacité nationale calibrée sur une analyse de risque qui couvre l’ensemble du territoire.

Concernant la capacité aérienne, j’y reviens, je l’ai dit devant cette commission en août : un feu de milieu naturel s’éteint au sol. Les moyens aériens constituent donc un appui déterminant, mais pas un substitut. La réflexion sur nos capacités propres est ouverte et porte sur trois dimensions: nos moyens existants, les capacités de la Défense dans une logique de dual use et le recours structuré au mécanisme européen et à rescEU. Je ne prendrai pas de décision précipitée, et je l’assume. Je rappelle qu’une capacité aérienne n’est pas un appareil. Un appareil, c’est notamment un équipage, une maintenance, des points de ravitaillement et des officiers formés au commandement des opérations.

Vous m’avez également demandé, madame Schlitz, combien de temps il avait fallu pour obtenir et coordonner l’aide de nos voisins. Le mécanisme européen a été activé le vendredi à 18 h 50, soit 6 heures après le premier appel à une centrale d’urgence concernant l’incendie. Le premier hélicoptère néerlandais s’est posé à Spa le samedi à 17 h 25, soit un peu plus de 28 heures entre le premier appel d’urgence et l’arrivée du premier moyen aérien étranger. La demande a été relevée en cours de route, d’un à trois hélicoptères, avant d’être élargie à des avions bombardiers d’eau. Je rappelle également que les hélicoptères de la police étaient déjà sur place.

Vous avez posé de nombreuses questions sur la Protection civile. Avant la réforme, en 2016-2017, la Protection civile comptait environ 420 agents opérationnels professionnels. L’objectif de 313 agents fixé en 2019 n’a jamais été atteint. Ils seront probablement 197 en 2027. Les volontaires étaient environ 600 avant la réforme et vraisemblablement de l’ordre de 123 en 2026. Des sélections ont récemment été lancées pour 72 volontaires spécialistes. Il s’agit d’une première inflexion.

En ce qui concerne les investissements, les efforts récents ont porté sur les camions porte-conteneurs, le remplacement d’équipements vétustes et le matériel de sauvetage destiné aux inondations. Des investissements importants restent à réaliser, notamment pour les incendies industriels de grande ampleur.

En ce qui concerne les infrastructures, il s’agit de la mise en conformité de l’installation électrique et du remplacement de la chaudière dans le bâtiment multifonctionnel de Crisnée, ainsi que d’adaptations ciblées en matière de sécurité incendie et d’électricité à Brasschaat, une unité qui a besoin d’une modernisation générale.

Concernant la question spécifique des 108 ETP, le chiffre avancé en 2022 ne peut plus être repris comme objectif. Cela ne signifie toutefois pas qu’il est simplement écarté. L’évaluation de 2022 reposait principalement sur les perceptions des partenaires, sans analyse de la couverture réelle des risques, de l’exécution de la mission ou de la coopération effective. L’analyse des écarts de 2023 était une autoévaluation interne. Toutes deux apportent des éléments utiles, mais aucune ne peut, à elle seule, déterminer comment l’ensemble de la chaîne devra être organisé demain.

Ce que l’analyse des écarts a d’ailleurs mis en évidence, c’est un déficit plus large qu’un simple manque de postes. L’incendie des Hautes Fagnes a confirmé que le personnel opérationnel, la disponibilité nocturne, l’équipement, l’entretien, les procédures et la formation restent des défis.

Monsieur Demon, vous m’interrogez sur l’implantation des casernes de la Protection civile et sur la possibilité de la réexaminer à partir d’une analyse approfondie des risques. Ma réponse est affirmative. Ce travail est déjà en cours. Une étude est actuellement menée sur la répartition géographique optimale de la mission de sécurité civile. Je ne souhaite pas anticiper ses conclusions, mais je peux vous confirmer que la localisation des moyens est l’un des paramètres examinés et qu’elle doit découler des risques, et non de choix historiques.

Comme vous l’avez indiqué, ainsi que d’autres membres de cette commission, la Protection civile est un service de deuxième ligne. La première ligne est constituée par les zones de secours.

Même si je n’ai pas été invité à Manifiesta du PTB-PVDA, je parle aussi avec des gens. Cela m’arrive, j’en rencontre. Je discute avec des pompiers, avec des agents de la Protection civile. J’y reviendrai certainement un peu plus loin dans mon intervention.

L’un des éléments d’amélioration, pour être très clair, consiste à développer une plus grande habitude, pour les zones de secours, de se mettre rapidement en contact avec la Protection civile. C’est un élément essentiel. En effet, lorsqu’une zone de secours attend la dernière minute avant de solliciter la Protection civile – et je ne lui en fais pas le reproche, car c’est aussi une question d’habitude –, alors le délai d’une heure ou d’une heure et demie pour arriver sur place devient excessif.

Il s’agit donc aussi d’une question d’appréciation, d’anticipation et de meilleure coordination, en particulier dans le cadre de notre politique de sécurité fragmentée (organisation fragmentée de la sécurité). Cette réflexion vaut également pour les zones de secours.

Quant à un rapprochement structurel avec la Défense et aux modèles étrangers, comme les Unités d’instruction et d’intervention de la sécurité civile françaises (UIISC) ou l’Unité militaire d’urgence espagnole (UME), je ne les écarte pas. Une analyse comparative de ces modèles peut nourrir le choix final, et les exemples de coopération civilo-militaire ne sont pas exclus d’emblée. J’ai d’ailleurs demandé un rapport via nos postes diplomatiques, un réseau que je connais un peu. Une limite que je pose clairement, quelle que soit la formule retenue, est que le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, ainsi que son administration au sens large, doivent conserver la maîtrise de l’activation et du déploiement des capacités fédérales de sécurité. J’y reviendrai.

Concernant les échéances d’une future réforme de la Protection civile, j’ai indiqué le 20 août que trois options étaient à l’étude, que nous en examinions la faisabilité ainsi que le coût et que je reviendrais vers vous à ce sujet. Je vous confirme que ce travail se poursuit et qu’il porte bien sur plusieurs scénarios distincts.

Quant au calendrier, nous sommes à la mi-septembre. La réflexion se poursuit et comporte des arbitrages importants, que je ne trancherai pas seul. Je peux toutefois dire une ou deux choses devant cette commission. Le gouvernement soutient le principe selon lequel il faut améliorer notre chaîne de sécurité civile, y compris les capacités de la Protection civile. Ce point ne fait plus débat. Pour ma part, le renforcement des capacités de la Protection civile n’est plus un sujet de débat. La question qui demeure est celle du « comment ». Je prépare actuellement un dossier en vue de le présenter au gouvernement dans les prochaines semaines afin d’aboutir aux décisions nécessaires, d’inverser la tendance et d’offrir des perspectives à l’organisation ainsi qu’à son personnel. Vous avez entendu les chiffres que j’ai cités, qui sont évidemment préoccupants.

Je le dis, et je l’ai encore dit hier, aux femmes et aux hommes de la Protection civile, dont une unité entière a été engagée à 100 % pendant quinze jours: ils ont le droit de savoir dans quelle direction leur service évolue. Ils méritent une décision juste, et non une décision précipitée. Ils méritent également qu’elle ne soit pas repoussée indéfiniment.

Pour l’avenir de la Protection civile, trois grandes options existent. On peut renforcer la Protection civile et poursuivre son développement. Cela nécessite des investissements considérables, surtout si l’on tient compte des besoins supplémentaires en capacités qu’entraîne la situation sécuritaire actuelle. Dans le contexte budgétaire actuel, ce ne sera pas un exercice simple.

Je répète ce qui sera le British understatement rule: dans la situation budgétaire actuelle, cette option 1, qui est une reconstruction de la société civile as such comme on la connaît aujourd’hui, n’est pas la plus évidente. Je ne peux être plus clair que cela avant d’aborder le sujet au sein du gouvernement et d’en parler avec mes collègues.

Une autre option est l’intégration de la Protection civile à la Défense. Cette piste peut être examinée plus en détail. Il existe d’ailleurs des modèles de ce type dans d’autres pays européens. Je pense, par exemple, à la France et à l’Espagne. J’étudie le fonctionnement de ces modèles. Il s’agit en effet de pays ayant une structure politique et institutionnelle différente.

Je dois également tenir compte de cela. Le modèle français est toujours basé sur celui d’une république jacobine extrêmement centralisée. Il ne vous aura pas échappé que cela ne correspond pas tout à fait au modèle institutionnel belge. Comme on le dit, « comparaison n’est pas raison »: il faut pouvoir comparer différents modèles et voir comment on peut les faire fonctionner.

Voilà donc la deuxième option sur la table. La troisième option est l’intégration dans les zones de secours. Je tiens à préciser d’emblée que cette option ne me paraît pas réalisable. Nous fragmenterions ainsi davantage encore les moyens spécialisés, l’expertise et les capacités au niveau local.

Outre un renforcement de la Protection civile, l’accord de gouvernement prévoit également une spécialisation et un soutien mutuel accrus entre les zones de secours, ainsi qu’un rôle plus important pour la Défense lors de catastrophes et dans le cadre de l’aide à la nation. Pour moi, la discussion doit donc aller au-delà de l’organisation de la Protection civile. Nous devons évoluer vers une sécurité civile intégrée, dans laquelle les zones de secours, la Protection civile et la Défense coopèrent de manière complémentaire et renforcent leurs capacités respectives, le tout dans l’intérêt de nos citoyens.

Enfin, un dernier point de clarification: le plan d’action relatif aux feux de végétation et la réforme de la Protection civile sont deux dossiers distincts. Le premier ne préjuge donc pas du second.

En ce qui concerne le statut des pompiers volontaires, mon administration élabore, avec les syndicats et les instances représentatives des zones de secours, des propositions visant à l’améliorer. Je ne souhaite pas anticiper l’issue de cette concertation, mais je peux citer trois axes de travail concrets, outre la question des plafonds que j’ai déjà expliquée. Une circulaire relative au temps de garde est actuellement en cours de finalisation, afin de tenir compte de l’évolution de la jurisprudence concernant la qualification des gardes avec rappel possible, un risque dont les conséquences sur le fonctionnement des services d’incendie seraient considérables. Concernant l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne à Luxembourg, la question est de savoir s’il s’applique uniquement à ce cas précis ou s’il est devenu une jurisprudence constante.

J’examine avec le ministre de l’Emploi comment nous pouvons offrir aux volontaires davantage de flexibilité vis-à-vis de leur employeur dans les situations de crise. J’examine également, avec la ministre de la Fonction publique, la situation des volontaires qui sont fonctionnaires fédéraux, car il serait paradoxal que l’autorité fédérale n’applique pas à ses propres agents ce qu’elle attend des employeurs privés. C’est une réponse concrète à votre question sur l’interruption de carrière, monsieur Meuleman. L’objectif est simple : rendre durablement compatible l’engagement comme pompier volontaire avec les réalités professionnelles et personnelles d’aujourd’hui.

Je souhaite ajouter un autre point d’attention. Le cumul d’une fonction professionnelle dans une zone de secours avec un engagement volontaire dans une autre zone et d’autres activités constitue une réelle préoccupation en matière de sécurité. Un pompier ou une pompière qui fait bien son travail est aussi un pompier ou une pompière qui dort suffisamment. Ces questions seront au cœur de la réforme qui sera mise en œuvre cette année.

Monsieur Meuleman, concernant la facture de l’engagement supralocal, je comprends vos préoccupations, mais je ne souhaite pas réduire cette question à un différend comptable entre les zones et l’autorité fédérale. Les zones bénéficient d’un financement fédéral en forte croissance. Depuis 2016, la dotation de base est passée de 32 millions d’euros à 48,3 millions d’euros. Les dotations complémentaires sont passées de 105 millions d’euros à plus de 158 millions d’euros. À cela s’ajoutent les 17,5 millions d’euros liés à la loi SIAMU, ainsi que l’indexation automatique, désormais inscrite dans la loi et approuvée au cours de cette législature.

Le principe de l’aide adéquate la plus rapide implique que la territorialité ne fasse pas obstacle à l’engagement des moyens les plus appropriés. Les zones peuvent d’ailleurs conclure entre elles des conventions de renfort.

Nous pouvons toujours discuter du financement des zones, et je ne doute pas que vous le ferez. La question est de savoir comment faire face aux coûts des événements exceptionnels, notamment aux heures de récupération. Je pense que la piste d’une provision de crise doit être sérieusement envisagée.

J’ajoute une autre piste d’efficience que je continuerai à porter: la mise en place d’une centrale d’achat efficace, afin de coordonner l’acquisition du matériel de base des pompiers et de la Protection civile. Une autopompe classique, comme je l’ai déjà dit, coûte plus cher en Belgique qu’en France, pour la seule raison que la France dispose d’une centrale d’achat unique.

Vous connaissez mon appel à sortir, de temps en temps, de notre sous-localisme. Cela vaut pour la coordination comme pour les financements. Je dois d’ailleurs rappeler que les zones de secours sont placées sous l’autorité du collège de zone, composé des bourgmestres. Je fixe le cadre légal de travail, comme je le fais d’ailleurs pour la police, ainsi que les dotations. Mais les choix qui sont faits, notamment en matière de matériel, relèvent de chaque zone, sous la responsabilité de son collège. Le choix qui est fait d’engager, le staffing: ce sont des décisions prises par les zones, sous l’entière responsabilité des bourgmestres.

Chacun et chacune doit donc assumer ses responsabilités de ce point de vue-là. Si nous voulons changer le système, je suis ouvert à toutes les discussions. Mais vouloir avoir le beurre, l’argent du beurre et le sourire de la crémière, je vous avoue que je commence à avoir un peu de mal. Quand tout va bien, c’est au niveau local; quand cela devient compliqué, le fédéral doit reprendre la main, mais sans surtout venir dire comment le local doit s’organiser. À un moment donné, il faut savoir ce que l’on veut. Soit nous restons dans notre politique de sécurité fragmentée, et on en assume à la fois le surcoût financier et le manque d’efficacité. C’est un choix politique que nous devons faire ensemble.

Je reviens à la centrale d’achat pour souligner que, même si l’échelle et les paramètres économiques sont différents en Belgique, les économies que nous pourrions réaliser pourraient être consacrées à du matériel spécialisé ou à du personnel, en fonction de ce que nos retours d’expérience et nos analyses de risques nous permettront d’identifier.

Pour y parvenir, il faut également qu’un maximum de zones participent aux achats en commun. Cela implique de déterminer en amont nos besoins.

Enfin, cette structure faîtière existe déjà. Les zones de secours disposent, par l’intermédiaire de leurs instances représentatives nationales, d’une structure leur permettant de renforcer leur coopération, leur harmonisation et le développement de leurs connaissances, et d’intervenir en tant que discipline dans la planification d’urgence et la gestion de crise au niveau fédéral. Nous ne devons donc pas créer une telle structure, mais la renforcer davantage, et c’est précisément ce que nous faisons.

Je voudrais surtout rappeler un autre principe: il n’existe pas une seule facture de l’incendie des Fagnes qui serait adressée au SPF Intérieur. Une intervention de cette ampleur génère évidemment des coûts, mais ceux-ci, comme je l’ai dit, relèvent des responsabilités de mécanismes de financement différents: les moyens propres des zones de secours, les renforts interzonaux, les éventuelles réquisitions, l’assistance européenne. Chacun prend en charge ce qui relève de sa responsabilité, conformément aux règles applicables.

C’est cette distinction qui permet d’établir un bilan financier correct de l’intervention, sans faire peser immédiatement l’ensemble de la facture sur le budget fédéral. Les montants définitifs seront établis après la consolidation des factures et des justificatifs.

Il est fait état de véhicules et de tuyaux d’incendie qui auraient été gravement endommagés. Je souhaite rester prudent à ce sujet. Je ne dispose en effet pas, à ce stade, d’un inventaire consolidé me permettant de le confirmer. Un engagement d’une telle ampleur peut évidemment entraîner des dégâts, une usure exceptionnelle, la nécessité de réparations importantes ou la perte de certains équipements. Ces éléments doivent toutefois être recensés objectivement par les zones de secours concernées.

Je rappelle que les zones de secours disposent de la personnalité juridique, de leurs propres organes de gestion et d’un budget propre. La gestion, l’entretien et le remplacement de leur matériel relèvent de leur responsabilité. Cela ne signifie toutefois pas qu’il ne faut pas tenir compte de ces coûts, mais il n’appartient pas au ministre de l’Intérieur de dresser, après chaque intervention, la liste des véhicules qui doivent être remplacés dans chaque zone.

Nos moyens d’intervention sont destinés à être déployés dans des conditions parfois extrêmes. Le fait qu’un véhicule soit endommagé au cours d’une intervention ne révèle pas, en soi, une défaillance du système.

Certains d’entre vous m’interrogent sur la cartographie des zones à risque, l’harmonisation des codes de risque, les drapeaux, les postes d’observation et les caméras de détection. Je vais y répondre concrètement.

La coopération entre les différents niveaux est indispensable, et elle a fonctionné sur le terrain. La Région wallonne a pris sa part, et le Département de la Nature et des Forêts (DNF) a été un acteur essentiel de cette intervention. Il ne m’appartient toutefois pas, en tant que ministre de l’Intérieur, de me prononcer sur ce que devraient faire les autres autorités compétentes. Je me limiterai à rappeler ceci, et cela vaut pour toutes et tous: chaque autorité doit prendre les mesures adéquates pour gérer les risques qui relèvent de ses compétences.

La gestion des forêts et de la végétation, l’aménagement du territoire, les coupe-feux, la signalisation et l’équipement des sites naturels, les codes de risques, les interdictions d’accès ou encore les règles relatives à l’usage du feu relèvent essentiellement des Régions et des autorités locales. Ce que je peux faire, et ce que je fais, c’est améliorer la convergence. C’est précisément l’objet du volet du plan d’action consacré à la connaissance du risque, à la modélisation, à la cartographie, à l’alerte et à la protection de la population et son intégration au Plan national de résilience qui est, par définition, un instrument interfédéral.

Pour ce qui relève directement de mes compétences, à savoir l’intervention en temps de crise, les vols de drones de la Protection civile de jour comme de nuit ont permis d’identifier les points chauds et d’alimenter la cartographie des zones à risque. Il s’agit d’une capacité fédérale qui a fonctionné. La question de son dimensionnement fait d’ailleurs partie du plan d’action. Il en va de même pour les dispositifs de détection fixe que vous évoquez et qui, en revanche, relèvent des gestionnaires de site.

Madame Schlitz, vous m’avez interrogé sur le nombre d’intervenants formés à la lutte contre les feux en milieu naturel. Comme je l’ai déjà indiqué, nous ne sommes pas partis de zéro le 14 août. Depuis les grands incendies de 2011, des pompiers et des membres de la Protection civile ont été formés à l’École d’Application de Sécurité Civile (ECASC) de Gardanne (France). Une procédure opérationnelle standardisée a été développée et du matériel spécialisé a été acquis. Ces formations avaient pour objectif d’adapter nos propres formations internes.

En ce qui concerne les chiffres, je rappelle ceux que j’ai communiqués en commission le 20 août: depuis 2023, on dénombre 4 220 participations à la formation spécifique organisée par la Direction générale de la Protection civile sur les feux de forêt. Nous ne disposons toutefois pas encore d’un relevé consolidé et fiable des effectifs formés et réellement disponibles durant la période estivale zone par zone. C’est précisément l’un des objectifs de l’inventaire des capacités que j’ai demandé.

Concernant la protection contre les fumées, la Protection civile a mis des masques FFP3 à disposition des intervenants dès le premier jour. Une ambulance a été prépositionnée à titre préventif, et la population a été alertée bien au-delà du périmètre immédiat de l’incendie.

Vous avez également évoqué la question des produits retardateurs. Votre interrogation est légitime, et ma réponse est claire. Nous sortons à peine d’un dossier dans lequel l’utilisation de certaines mousses extinctrices a exposé les zones de secours à d’importantes conséquences juridiques et financières. En outre, le règlement européen REACH (Registration, Evaluation, Authorisation and Restriction of Chemicals) impose désormais des restrictions, d’une période transitoire de 18 mois pour les services publics d’incendie. Nous devons éviter de reproduire cette erreur. C’est une responsabilité qui repose sur des zones. Par ailleurs, la question des produits retardateurs a été évoquée. Ils n’ont pas été utilisés, notamment en raison de la présence d’une nappe phréatique particulièrement importante sous la zone concernée.

Mesdames et Messieurs les députés, après toutes ces réponses détaillées, permettez-moi une conclusion axée autour de trois convictions.

La première, c’est que notre système a fait ce pour quoi il est conçu: monter en puissance. Les femmes et les hommes de terrain ont fait ce qu’il fallait, et au-delà, et ils continuent à le faire. Cela démontre, me semble-t-il, un bon degré de préparation des professionnels de tout le pays.

La deuxième, c’est qu’un système qui fonctionne n’est pas pour autant un système qui ne peut être amélioré – que du contraire. Nous devons nous adapter, mais intelligemment, en réfléchissant aux choix que nous faisons pour que, demain, les moyens soient déployés rapidement au bon endroit, et en évitant tant les doubles emplois que les manques structurels.

La troisième, il me semble la plus importante, est de savoir si nous pourrions affronter deux ou trois crises simultanées ou consécutives. C’est cette question que le plan national de résilience doit soulever, et c’est elle qui doit orienter nos décisions et nos investissements dans un cadre plus global. Notre résilience dans les semaines, mois et années à venir dépendra des choix que nous faisons aujourd’hui.

Un pays mieux préparé est un pays mieux protégé. C’est mon objectif, et c’est à cela que je travaille et que je continuerai de travailler. Je vous remercie.

Ma réplique : 

Je vous remercie, monsieur le ministre, pour vos réponses.

 J’aimerais vous remercier de reconnaître que nous n’étions pas prêts. Nous ne l’étions en effet pas. Les femmes et des hommes qui étaient sur le terrain pour pallier ce manque de préparation expriment leur colère. Ils attendent des actes. Ils n’attendent ni remerciements ni fleurs, mais bien des actes pour ne plus devoir pallier une impréparation liée notamment aux coupes budgétaires du passé et à un manque de coordination générale. Ils doivent alors mettre leur vie et leur santé en danger pour compenser ces manquements.

 À cet égard, je pense que nous avons tous été interloqués par l’interview de M. Lambert, commandant des pompiers de Waimes. Il y explique qu’une cartographie existe et qu’il l’alimente lui-même depuis 2011. Il affirme qu’elle reprend « tous les chemins, les dimensions et les revêtements de sol ». Ce sont exactement les informations dont les services de secours auraient eu besoin pour intervenir et progresser dans l’environnement particulier que constituent les Fagnes. Il se demande pourquoi cette carte n’a pas été utilisée lors de l’intervention. Sa question est légitime et doit obtenir des réponses.

 Vous m’affirmez qu’il ne s’agit pas d’une tutelle, mais bien d’une coordination. Vous vous adressez à une écologiste: évidemment, nous sommes favorables à la collaboration et au fait de faire travailler les gens ensemble plutôt que de simplement leur donner des ordres de manière top-down.

 Je vous remercie également de reconnaître qu’il faut développer de meilleures habitudes de travail pour les pompiers qui doivent être en contact avec la Protection civile. C’est effectivement absolument nécessaire.

 Le point du cumul des fonctions et des pompiers volontaires est un élément important sur lequel vous mettez l’accent.

 Pour ma part, un autre élément me préoccupe: la question des flexi-jobs. Une évaluation devrait également être menée à ce niveau et il faudrait envisager une revalorisation des salaires. Le fait que des pompiers utilisent leur temps de repos pour travailler dans d’autres secteurs n’a pas de sens. Nous avons besoin de professionnels qui soient en forme et en capacité d’agir lorsque cela est nécessaire. Il faut également veiller à ce qu’ils ne se retrouvent pas dans des difficultés financières les contraignant à s’épuiser à la tâche dans différents boulots.

 Vous nous dites également que vous êtes déterminé à inverser la tendance concernant la Protection civile. Je pense en effet que c’est une bonne nouvelle. Le définancement et la diminution des moyens et du nombre de casernes qui ont été mis en place sous la Suédoise à l’époque ont considérablement affaibli la Protection civile. C’est donc une bonne nouvelle d’entendre que vous souhaitez faire machine arrière par rapport à cela.

 Ce que vous nous dites reste quand même assez inquiétant. Vous nous présentez trois options, mais vous nous dites que les deux dernières ne sont pas possibles. Renforcer structurellement la Protection civile serait, selon vous, budgétairement impossible. Quant à son intégration dans les zones de secours, vous nous dites également que ce n’est pas possible. Vous misez donc sur la Défense.

 Aujourd’hui, ne faudrait-il pas prendre un peu de recul par rapport à cette situation? Nous sommes en train de faire passer toute une série de missions essentielles de l’État et des services publics par la Défense. Ne vaudrait-il pas mieux récupérer certains moyens actuellement alloués à la Défense – dont certains sont, à certains moments, dépensés de manière douteuse – et réorienter une partie de ces budgets vers la Protection civile? Cela me paraît en effet essentiel de pouvoir agir de cette manière-là. Ces moyens peuvent également, en cas de besoin, converger vers un renfort de la Défense. Je pense que mettre tous ses œufs dans le panier de la Défense n’est pas une bonne idée.

Votre vice-premier ministre entre en conclave dans quelques jours. J’imagine que ces discussions seront sur la table. Pour nous, il est évident que cela ne doit pas uniquement se cantonner à la lorgnette de l’incendie des Fagnes. Des conclusions plus globales doivent être tirées de l’été meurtrier que nous avons connu, et il faudra dégager des moyens, dans le cadre de ce conclave, pour tirer les enseignements de l’ensemble de cet été.

Cela concerne notamment l’adaptation de nos hôpitaux aux conditions météorologiques extrêmes que nous allons rencontrer de plus en plus fréquemment dans les années qui viennent, mais aussi la nécessité d’agir sur les causes. Il y a l’adaptation, d’une part, mais il faut également agir sur l’atténuation des émissions. C’est indispensable. Par exemple, faisons d’une pierre deux coups: allons chercher des budgets en réduisant les subsides aux énergies fossiles.

J’espère que cette question sera au cœur des débats budgétaires qui vont encore nous animer dans les prochaines semaines.